L’Ecole-club Migros forme les futurs citoyens suisses

CitoyennetéDes cours de préparation à la naturalisation sont donnés depuis peu en Suisse romande par l’École-Club Migros. Reportage.

Les «faiseurs de Suisse» font peur aux candidats à la naturalisation, qui veulent être le mieux préparés possible.

Les «faiseurs de Suisse» font peur aux candidats à la naturalisation, qui veulent être le mieux préparés possible. Image: Dominique Smaz

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Dans la salle numéro 205 de l’École-club Migros à Lausanne, douze personnes prennent part à un cours un peu spécial en ce samedi matin. Ils ne sont pas là pour apprendre l’anglais ou l’informatique. Ils sont là pour devenir Suisses. L’objectif est inscrit au feutre sur un tableau blanc: «Répondre à des questions sur la Suisse lors de l’audition de naturalisation.» Répartie sur trois demi-journées, cette formation insolite qui coûte 240 francs est dispensée depuis l’an dernier en Suisse romande. Histoire, institutions politiques, droit, économie, géographie, culture, santé: tout est passé au crible.

Peur de l’audition

Comme à l’école, les participants sont assis en «U» autour du professeur Nicolas Gury, un formateur d’adultes diplômé en lettres et sciences humaines. Tour à tour, chacun d’entre eux se présente et livre ses motivations. La plupart sont en Suisse depuis longtemps et veulent normaliser leur situation. Il y a Martine, une Française installée dans le pays depuis 50 ans, qui a entamé le processus de naturalisation il y a un an et qui appréhende l’audition. «Je ne sais pas ce que je dois étudier!» s’inquiète-t-elle. Les «faiseurs de Suisse» et le durcissement de la loi depuis le 1er janvier 2018 font peur. Notre voisine de table nous chuchote que c’est en partie suite aux affaires de candidats recalés à Nyon (VD) qu’elle s’est inscrite…

Il y a aussi Chitsanu, un Thaïlandais qui effectue un post-doc à l’EPFL. Il vit en Suisse depuis 15 ans et s’y sent davantage chez lui qu’en Thaïlande. Pour Ivana, une Serbe dont les deux enfants sont nés en Suisse, c’est pareil. «Quand je vais en Serbie, j’ai l’impression d’être une étrangère», confie-t-elle sous les rires approbateurs de la classe. «La Suisse, c’est mon pays», dit l’Italien Mirco, qui se prépare au brevet fédéral d’ingénieur géomètre. «Ce sont de beaux projets, nous allons y arriver ensemble», encourage le prof («Vous m’appelez Nicolas»), avant de citer Kennedy: «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays.»

Au menu de la matinée: histoire suisse, vaudoise, et présentation des institutions politiques. «Qui a des notions d’histoire helvétique?» interroge Nicolas Gury. João, un père célibataire originaire d’Angola, lève timidement la main: «Le 1er Août?» «Le serment du Grütli!» lance Claire, la bonne élève du groupe. Martine: «Les trois cantons fondateurs de la Suisse.» L’enseignant hoche la tête. La première page de son Power Point est justement consacrée au Pacte de 1291. Il va dans le détail, n’hésite pas à s’attaquer aux mythes: «Le 1er Août ne figure pas dans le traité, c’est bien plus tard que le Conseil fédéral a décidé d’en faire le jour de la fête nationale.» Guillaume Tell? Il n’a jamais existé en tant que personnage historique.

Les aspects sensibles de l’histoire suisse ne sont pas évités. Les juifs refoulés aux frontières pendant la Seconde Guerre mondiale, les achats d’or nazi et les fonds en déshérence sont évoqués. «On reproche aux Suisses d’avoir prolongé le conflit», expose en toute honnêteté le formateur. D’autres questions sont plus anecdotiques mais franchement pointues, comme celle de savoir ce que signifie tunnel «de base» du Gothard. Si c’était nous à l’audition, nous aurions séché…

En un peu moins de deux heures, toute l’histoire suisse est résumée, de l’époque des mercenaires à l’adhésion à l’ONU, en passant par les conséquences de la Révolution française et la grève générale de 1918. Reste une heure pour survoler l’histoire vaudoise et aborder le fonctionnement des institutions. Le découpage administratif de la Suisse et le fédéralisme donnent des sueurs froides aux participants. «C’est quoi cette histoire de demi-cantons?» demande Mirco. «Pourquoi y a-t-il quatre langues officielles? Ce n’est pas un peu compliqué?» interroge quant à elle Eva, une Espagnole. Réponse la prochaine fois, lors du cours de géographie. Pour aujourd’hui, c’est terminé.

«La Suisse m’a guéri»

À la sortie, João tient absolument à nous parler. «Quand je suis arrivé en Suisse en 2004, j’étais malade, vraiment malade, raconte-t-il avec émotion. La Suisse m’a accueilli, m’a guéri, m’a nourri et m’a donné un toit. Tout ce que j’ai reçu, j’aimerais le donner en retour. Je voudrais travailler dans l’humanitaire, m’occuper des personnes âgées. J’ai un certificat de la Croix-Rouge. Mais j’ai de la peine à trouver du travail dans ce domaine. Obtenir la nationalité m’aiderait à réaliser mon rêve.» (24 heures)

Créé: 09.04.2018, 07h31

«Pas de futur au Liban»

Titulaire d’un permis C, Oussama, marchand de voitures, est arrivé du Liban en 2005 et a effectué sa demande de naturalisation en novembre.


Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter le Liban?

Le Liban n’est pas un pays stable. Il y a beaucoup de problèmes, la guerre peut éclater du jour au lendemain. J’ai fini mes études de droit en 2000 et je n’ai pas trouvé de futur là-bas.


Pourquoi avoir choisi la Suisse plutôt qu’un autre pays?

Parce que j’ai rencontré une Suissesse avec qui je me suis marié. La Suisse, c’est tranquille et sûr. Pour les enfants, c’est beaucoup mieux.


Qu’attendez-vous de la naturalisation?

Je le fais d’abord pour mes trois enfants. Et parce que je ne me reconnais plus dans la culture du Liban. Quand je m’y rends, je me sens comme un étranger.

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