L’état d’urgence sanitaire va enfin unifier les règles

CoronavirusLe Conseil fédéral prend le pouvoir et imposera sa loi aux Cantons de façon uniforme. Tous les partis politiques applaudissent.

Simonetta Sommaruga (au centre) s’adresse aux médias, accompagnée de ses collègues du Conseil fédéral Viola Amherd, Karin Keller-Sutter et Alain Berset, ainsi que du porte-parole André Simonazzi (de g. à dr.).

Simonetta Sommaruga (au centre) s’adresse aux médias, accompagnée de ses collègues du Conseil fédéral Viola Amherd, Karin Keller-Sutter et Alain Berset, ainsi que du porte-parole André Simonazzi (de g. à dr.). Image: Keystone

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Fini le chaos helvétique où chaque Canton y va de son plan de bataille contre le coronavirus. Le Conseil fédéral constate que c’est un échec. Des restaurants sont ouverts avec des personnes qui rigolent à quelques centimètres l’une de l’autre, des crèches veulent continuer de fonctionner comme d’habitude et des Cantons annoncent toutes les heures des nouvelles mesures urgentes qui partent dans tous les sens. Vaud a ainsi interdit lundi les rassemblements de plus de 10personnes, Genève les réunions de plus de 5.

Pour mettre un terme à cette cacophonie qui désoriente la population, le Conseil fédéral a enfin décidé de décréter l’état d’urgence sanitaire, qui lui donne les pleins pouvoirs. Il l’a fait, la mine grave, lors d’une conférence de presse suivie en ligne et à la TV par des centaines de milliers de personnes. «Nous devons absolument ralentir l’épidémie pour qu’il reste des places dans les hôpitaux à destination de tous, déclare Simonetta Sommaruga, la présidente de la Confédération. S’il y a trop de malades du coronavirus, le motard accidenté ne pourra pas être amené à l’hôpital, l’enfant cancéreux ne pourra pas être soigné, les opérations à cœur ouvert ne pourront pas être réalisées, les tumeurs au cerveau ne pourront pas être enlevées.» Voilà pourquoi le gouvernement annonce toute une série de nouvelles mesures entrées en force lundi à minuit (voir article ci-contre).

L’armée à la rescousse

Pour bien montrer que la situation est très sérieuse sur le front du système de santé, le Conseil fédéral appelle l’armée à la rescousse. Ce ne sont pas 800 mais 8000 hommes qui seront mobilisés. Viola Amherd, la cheffe du Département militaire qui avait pris la place occupée par Guy Parmelin vendredi, annonce mettre à disposition quatre bataillons hospitaliers ainsi que cinq compagnies sanitaires. Ils seront engagés à la demande des Cantons, en priorité dans le domaine sanitaire. Mais ils pourront aussi être utilisés dans le secteur logistique ou sécuritaire.

Avant d’en arriver là, le Conseil fédéral a tenu dimanche et lundi deux réunions extraordinaires. Et il a arrêté sa décision de passer au niveau le plus élevé de la loi sur les épidémies. En langage fédéral, cela signifie que la Suisse est désormais en «situation extraordinaire». Qu’est-ce que cela change concrètement? Tout. Désormais, le Conseil fédéral a les pleins pouvoirs pour imposer des mesures drastiques. Les Cantons doivent s’y plier au minimum… et au maximum. Cela veut dire qu’ils ne peuvent pas décider de leur propre chef de mesures supplémentaires. Le Valais, par exemple, a annoncé lundi la fermeture des hôtels. Eh bien, il devra lever son interdiction car le Conseil fédéral a décidé de les laisser ouverts pour ne pas entraver les travailleurs qui devraient se loger.

Et après?

«Une réaction forte s’impose dans le pays, conclut Simonetta Sommaruga. J’en appelle à tous pour respecter les nouvelles mesures. Sinon nous serons obligés d’en prendre de nouvelles encore plus drastiques.» À quoi pourraient-elles ressembler? À un confinement général de la population à la maison, sauf pour le personnel des services vitaux. L’appel solennel du gouvernement a été entendu par les partis. Fait exceptionnel, ils signent un communiqué commun pour faire bloc derrière le Conseil fédéral. «La devise de la Confédération, «Un pour tous, tous pour un», inscrite dans le hall de la Coupole du Palais fédéral, prend aujourd’hui tout son sens», clament-ils.

Créé: 16.03.2020, 22h24

L’arsenal pour lutter contre l’épidémie

Rassemblements interdits et fermetures en cascade

Ce qui doit fermer. Au vu de l’accélération de la propagation du coronavirus, toutes les manifestations publiques ou privées sont interdites jusqu’au 19 avril. Seule exception: les enterrements, qui doivent toutefois se tenir dans l’intimité. Tous les marchés, restaurants, bars, discothèques ou autres établissements de divertissement ou de loisirs comme les musées, les bibliothèques, les cinémas, les salles de concert, les théâtres, les centres sportifs, les zoos ou les piscines sont fermés. Doivent également boucler leurs portes les établissements dont les prestations impliquent un contact rapproché avec les clients. On pense ici aux coiffeurs, barbiers, salons de tatouage ou de massage, et autres centres esthétiques. «Il faut rester à la maison et évitez les contacts, insiste Alain Berset. Nous ne pouvons plus arrêter le virus, mais nous pouvons ralentir sa progression.»

Ce qui reste ouvert. «La vie doit ralentir, mais elle doit continuer», ajoute Alain Berset. Les magasins d’alimentation ainsi que les pharmacies restent ouverts. Pas besoin de dévaliser les étals, «les stocks sont assurés», précise Simonetta Sommaruga. Les stations-services, les gares, les banques, les offices de poste, les hôtels, les administrations publiques et les services du domaine social ne doivent pas non plus fermer. Les entreprises de moyens de transport continueront également de fonctionner, mais le service sera réduit. Les hôpitaux, cliniques et cabinets médicaux restent évidemment ouverts, mais doivent renoncer à tous les traitements et interventions non urgents. Les entreprises aussi restent ouvertes. Mais les employés doivent respecter les recommandations en matière d’éloignement et d’hygiène. Toutefois, les personnes particulièrement à risque doivent travailler à domicile. Si c’est impossible, elles doivent être mises en congé; le versement de leur salaire est maintenu. Le Conseil fédéral règle aussi la question des crèches. Les Cantons doivent garantir des offres d’accueil pour les enfants qui ne peuvent pas bénéficier d’une solution de garde privée. Les crèches ne peuvent être fermées que s’il existe des offres de remplacement adéquates.

La frontière se ferme. Comme il l’avait déjà fait pour l’Italie vendredi, le Conseil fédéral a décidé d’étendre les contrôles aux frontières allemandes, françaises et autrichiennes et d’interdire partiellement l’entrée sur sol suisse. Depuis ces quatre pays, l’entrée sur le territoire helvétique n’est possible que pour les citoyens suisses, les personnes ayant un permis de séjour en Suisse ainsi que celles qui doivent voyager en Suisse pour des raisons professionnelles. «30'000 frontaliers français travaillent dans le secteur de la santé», rappelle Alain Berset. «Le transit et le transport de marchandises restent autorisés», précise encore Karin Keller-Sutter, ministre en charge des Douanes. Afin de canaliser les flux vers les postes de frontière principaux, plusieurs douanes secondaires seront fermées. À noter que les passages aux frontières ont connu une très forte baisse ces derniers jours: moins 58% ce lundi au Tessin.

L’armée se déploie. 8000 militaires seront progressivement appelés en renfort. D’abord pour aider dans le domaine sanitaire, puis en logistique. L’armée pourra aussi assurer des tâches sécuritaires dévolues à la police ou aux douanes. S’agissant du soutien aux services de santé, les 3000 militaires disponibles entrent directement en action. L’armée puisera dans les écoles de recrues ou les soldats déjà en service. Si cela ne suffit pas, les bataillons d’hôpital peuvent être mobilisés en quatre jours. «Une mobilisation de cette ampleur est inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, et je sais ce que représente ce signal», reconnaît la ministre de la Défense, Viola Amherd.

Florent Quiquerez

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