L’hébergement de montagne fait sa révolution

TourismeAvec quatorze projets sur les rails, le modèle des résidences de tourisme est en plein boom dans les Alpes suisses. Philippe Lathion est à la tête du fonds qui les finance. Il détaille le concept.

La résidence de Zinal qui vient d'être inaugurée compte 534 lits dans 97 appartements.

La résidence de Zinal qui vient d'être inaugurée compte 534 lits dans 97 appartements. Image: SwissPeak Resorts

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En dix jours, l’arc alpin suisse a gagné près d’un millier de lits touristiques. Coup sur coup, deux nouvelles résidences de tourisme viennent en effet d’être inaugurées à Meiringen (BE) et à Zinal (VS). Des structures de 80 à 100 appartements d’un standard de quatre étoiles portant la marque des SwissPeak Resorts. Avec Brighels (GR) et Vercorin (VS), la société mise sur pied en 2014 exploite désormais quatre établissements.

Surtout, l’établissement de Zinal a été autorisé après l’entrée en vigueur de la loi sur les résidences secondaires, dite «Lex Weber», avec laquelle il est compatible et tord le cou au principe selon lequel «on ne peut plus rien construire dans les Alpes». Par ailleurs, il s’agit de lits exclusivement voués à la location et donc «chauds». Le succès est au rendez-vous puisque dix autres résidences de la marque sont à des stades plus ou moins avancés dans tous les cantons alpins. À l’origine de ce concept, on trouve Philippe Lathion, expert fiscal à Genève et ancien président des remontées mécaniques de TéléNendaz

Quatre résidences inaugurées en trois ans, dix autres en projet, comment expliquez-vous ce succès?
Il faut d’abord comprendre que ce modèle ne se finance pas par les banques. Aujourd’hui, si vous voulez bâtir un hôtel, les banques veulent bien vous prêter mais elles vous demandent jusqu’à 60% de fonds propres. Autant dire que c’est du domaine de l’impossible. Quant au modèle des résidences secondaires, qui a permis la croissance de nombreuses stations, il atteignait déjà ses limites avant d’être fusillé par la Lex Weber. D’ailleurs l’idée de ce projet est antérieure à cette loi puisqu’elle date de septembre 2011.

Si ce ne sont pas les banques qui financent, comment ça marche?
Nous avons mis sur pied un véhicule financier, autorisé par la FINMA (ndlr: autorité fédérale de surveillance des marchés financiers), qui a pour but d’attirer les investisseurs institutionnels visant un rendement de l’ordre de 3,5 à 4,5%. Mais contrairement à d’autres fonds, celui-ci reste propriétaire des immeubles, ce qui garantit qu’ils seront voués au tourisme et le rendement provien, non pas de baux ou de loyers mais de l’exploitation touristique. À ce jour, nous avons investi 136 millions de francs dont 80% proviennent d’investisseurs institutionnels comme des caisses de pension.

Finalement, il a fallu la Lex Weber pour voir émerger ce genre de projet complètement tournés vers un tourisme d’exploitation plutôt que de construction
J’ai beaucoup de peine avec l’idée selon laquelle la Lex Weber a favorisé l’intelligence. Je pars plutôt d’un constat clair: pour qu’une destination avec des remontées mécaniques fonctionne, il lui faut des lits. Ce constat aurait pu se faire sans sacrifier tout un modèle, interdire n’est jamais une bonne solution. En revanche, il est bien clair que le tourisme ne se résume pas à la construction de résidences secondaires destinées à quelques privilégiés ni au sacrifice de nos paysages sur l’autel du profit et encore moins aux querelles de clochers et luttes de pouvoir.

Et qu’est-ce qui garantit que ce modèle fonctionnera dans un tourisme de montagne en difficultés ?
Nous estimons qu’il faut trois à quatre ans d’exploitation pour atteindre notre seuil de rentabilité et c’est le cas à Brighels avec 62% de taux d’occupation. À Zinal, nous sommes complets à Noël et Nouvel-An. Ce que nous offrons au client, c’est une expérience complète. Ils n’ont plus à perdre une journée pour trouver des abonnements, louer des skis et s’équiper. Tout est proposé sur place, en collaboration avec les commerçants, du boulanger jusqu’au magasin de sport.

Ce sont des grosses structures, vous ne craignez pas de faire de l’ombre aux petits hébergeurs locaux ?
Il faut arrêter avec cette idée de se tirer dans les pattes. Dès le début, nous avons travaillé avec les acteurs de la région. De la construction jusqu’à l’exploitation, nous ne travaillons qu’avec des entrepreneurs et artisans locaux. Nous sommes allés voir les autorités, les partenaires et tout le monde a accueilli favorablement notre démarche. Le monde attire le monde.

Il y a moins d’un mois, le Tribunal fédéral a annulé un projet de résidences de chalets de luxe à Aminona au nom de la loi sur les résidences secondaires. Il n’y a donc plus de place pour tout le monde?
La loi a changé, il faut faire avec. On ne peut pas faire 100 mètres carrés de salon et le proposer à la location, ce n’est ni crédible ni rentable. De façon générale, je pense malheureusement que les multiples tentatives de forcer la Lex Weber font du tort à tout le monde. Ils ne nous rendent pas service puisque lorsque qu’il faudra réviser la loi, il n’y aura aucune raison d’accorder un peu plus de souplesse. Quant au marché, nous avons choisi de viser des familles avec un certain budget (ndlr : la semaine de Nouvel-An pour quatre personnes se négocie à 2800 francs) mais libre à chacun de viser d’autres segments. Ce modèle de résidence n’interdit ni l’entrée de gamme ni le luxe.

La montagne n’est donc pas «morte», comme le laissent entendre les promoteurs du projet d’Aminona ?
Certainement pas. Par contre il faut un véritable changement culturel. Depuis vingt-cinq ans, on a trop souvent résumé le client à un propriétaire de chalet et on s’est éloigné du touriste. Il est temps de le remettre au centre.

Créé: 19.12.2019, 12h00

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