L'indépendance des psychologues pourrait coûter jusqu'à un demi-milliard

SantéSantéSuisse, qui a fait ausculter la réforme en cours, s'attend à une facture entre 250 et 500 millions si aucune mesure n'est prise.

En mars 2019, une pétition demandant l’élimination des obstacles à la prise en charge des maladies psychiques était remise à la Chancellerie fédérale.

En mars 2019, une pétition demandant l’élimination des obstacles à la prise en charge des maladies psychiques était remise à la Chancellerie fédérale. Image: Keystone

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L’indépendance des psychologues est au cœur d’un débat politique. Si elle est réalisée, quelle sera la facture pour notre système de santé? SantéSuisse, l’une des deux organisations faîtières des assureurs maladie, a commandé une étude sur le sujet. Plusieurs scénarios sont évoqués avec, dans le cas le plus extrême, une facture pouvant grimper jusqu’à un demi-milliard de francs si aucune mesure n’est prise pour limiter les coûts.

Pour améliorer l’accès à la psychothérapie, le Conseil fédéral propose que les psychothérapeutes-psychologues puissent exercer à titre indépendant en étant remboursés par l’assurance de base. Aujourd’hui, ils doivent travailler sous la surveillance d’un psychiatre (qui a un diplôme de médecin) et dans ses locaux pour être pris en charge dans le cadre de la LAMal. Selon le projet du gouvernement, une prescription d’un médecin suffirait à ceux qui possèdent une qualification appropriée. Ils pourraient ainsi fournir quinze séances au maximum.

Davantage de prestations

L’été dernier, le Conseil fédéral a précisé que, selon ses estimations, «un montant de 100 millions de francs pour des prestations payées aujourd’hui par les patients eux-mêmes sera à l’avenir remboursé par l’assurance obligatoire des soins». Il ajoutait qu’à long terme, ce chiffre pourrait encore un peu augmenter «en raison de l’amélioration de la prise en charge». Selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), cette hausse de volume pourrait atteindre 10%, ce qui entraînerait des coûts supplémentaires de 167 millions de francs au total. Il espère toutefois que l’amélioration de la prise en charge permettra d’autres économies.

SantéSuisse a mandaté le bureau de recherches bâlois BSS pour en savoir davantage. Dans leurs conclusions, les auteurs jugent l’estimation du Conseil fédéral «plausible» dans le court terme, à condition que les tarifs ne soient pas ajustés. «Le calcul qui a été effectué est simple, car il n’y a pas beaucoup d’informations à disposition, commente Boris Kaiser, chercheur au bureau BSS. Mais nous estimons qu’à moyen terme, les chiffres pourraient être plus élevés.»

L’étude penche pour des coûts à moyen terme oscillant entre 120 et 330 millions de francs, selon que les tarifs seront plus ou moins ajustés à la hausse. Boris Kaiser ajoute un dernier élément au calcul: «Actuellement, environ 4000 des 7000 psychothérapeutes formés travaillent dans les soins aux patients. Cette part devrait augmenter à moyen terme, en raison du changement de système.» En tenant compte de cette hausse de l’offre, et également de possibles augmentations de la demande, la facture totale pourrait osciller entre 132 et 575 millions de francs.

«Ce dernier chiffre est vraiment une estimation pessimiste, précise Boris Kaiser. Je pense que le montant le plus réaliste se trouve entre les valeurs extrêmes que nous avançons.» L’étude ne prend pas non plus en compte le fait qu’en traitant des personnes plus rapidement qu’aujourd’hui, on évitera peut-être des complications coûteuses. «Cet effet est possible, mais nous ne pouvons pas le calculer. Mais aujourd’hui, les cas les plus graves sont déjà pris en charge et je ne suis pas certain que la prise en charge de cas moins lourds entraînera des économies», complète Boris Kaiser.

«Selon nous, la Confédération est trop optimiste. Elle sous-estime le fait qu’une offre supplémentaire va augmenter la demande en soins», réagit Christoph Kilchenmann, responsable du département Bases fondamentales chez SantéSuisse. Il s’attend à ce que la hausse des coûts se situe «entre 250 millions et un demi-milliard de francs par année», si aucune mesure n’est prise. Ce qui, selon son calcul, représente environ 1% du montant des primes.

Cautèles demandées

Lors de la procédure de consultation, la faîtière s’est déclarée favorable au projet, «car il permettra notamment d’améliorer la qualité de la prise en charge des patients». Elle demande toutefois d’y ajouter des cautèles «pour protéger les payeurs de primes». Les résultats de l’étude semblent conforter SantéSuisse dans cette position. «Si on restreint les hausses de tarif à l’avenir, on pourra éviter une augmentation trop importante», argumente Christoph Kilchenmann. Pour lui, il faudrait aussi limiter le nombre de médecins qui peuvent prescrire une psychothérapie, en exigeant par exemple qu’ils aient suivi une formation continue. «Il faudrait certainement aussi prévoir des mesures pour limiter les admissions si on voit que, tout à coup, celles-ci augmentent trop», conclut-il.

Créé: 16.01.2020, 21h52

«Il n’y aura pas une telle hausse»

Coprésident de la Fédération suisse des psychologues (FSP), Stephan Wenger n’exclut pas qu’un changement des règles entraînera une hausse des coûts par «effet de rattrapage». Par contre, il conteste que celle-ci pourrait atteindre jusqu’à 500 millions de francs par année. «Nos recherches aboutissent à une augmentation d’environ 130 millions.» Il l’attribue surtout au fait que la Suisse a pris du retard dans ses investissements dans la santé psychique, alors que d’autres pays européens «dépensent bien plus» dans ce domaine. «Une étude commandée par l’OFSP atteste d’une insuffisance générale de la prise en charge. En Suisse, environ 20% des personnes ont un trouble psychique, mais seuls 5% recourent à des soins psy.» Il ajoute: «Un franc investi dans le traitement psychothérapeutique fait économiser à la société, en moyenne, entre 1,8 et 4 francs. Si l’on prend en compte toutes les dépenses de santé, cette réforme devrait plutôt faire baisser les primes d’assurance maladie.»

Le psychologue souligne que, même dans le système actuel, les coûts progressent déjà d’une dizaine de pour-cent par année, en moyenne, en raison des besoins de la population. Faudrait-il accompagner la réforme annoncée de cautèles? «Tout le monde est à peu près d’accord, y compris les associations des psychologues qui l’ont proposé elles-mêmes, qu’il faut introduire en même temps que le nouveau modèle de prescription une possibilité de limitation des coûts par les Cantons ou un autre modèle assimilé», assure-t-il, avant de conclure que le projet actuel prévoit déjà des nouvelles limites aux possibilités de facturer.

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