L’initiative contre le mitage du territoire révèle un Röstigraben

Votation du 10 févrierLe premier sondage Tamedia donne l’initiative des Jeunes Verts gagnante. Mais le texte divise les deux côtés de la Sarine.

L’initiative demande que tout nouveau zonage soit compensé par le dézonage d’une surface de taille et de qualité équivalente.

L’initiative demande que tout nouveau zonage soit compensé par le dézonage d’une surface de taille et de qualité équivalente. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En Suisse, l’équivalent de huit terrains de football sont bétonnés chaque jour, martèlent les auteurs de l’initiative «Stop au mitage du territoire». Pour l’instant, une majorité des Suisses est sensible à cet argument, selon le premier sondage effectué sur les sites de l’éditeur Tamedia en vue de la votation du 10 février prochain: 54% approuvent le texte «en faveur d’une politique d’aménagement du territoire durable», contre 44% de non et 2% d’indécis.

L’initiative exige que toute nouvelle création de zone constructible soit compensée par le dézonage d’une surface de taille et de qualité équivalente. Les constructions hors zone à bâtir devront se limiter aux bâtiments d’utilité publique et aux bâtiments nécessaires à l’agriculture dépendante du sol.

Ce premier sondage montre un important écart entre les régions linguistiques. Le texte est largement plébiscité en Suisse alémanique (57% d’intentions de vote favorables), alors qu’il séduit très peu les Romands: seuls 38% le soutiennent. L’initiative est également fortement soutenue dans les milieux urbains (60% de oui), alors que l’enthousiasme est plus modéré en campagne (51%) et dans les agglomérations (52%).

Cliquer ici pour agrandir

Selon l’un des auteurs du sondage, le politologue Lucas Leemann, la différence ville-campagne s’explique par des sensibilités écologiques différentes, celles-ci étant plus marquées en milieu urbain. «Pour ce qui est du Röstigraben, la situation est moins claire, commente-t-il. Une partie du soutien en Suisse alémanique provient de la base électorale UDC. Ce segment est plus faible en Suisse romande.»

Reste à voir si cette tendance persiste dans les semaines à venir. L’électorat UDC est plutôt divisé sur la question. L’initiative est majoritairement soutenue par la gauche et rejetée par la droite. Mais selon le sondage, 55% de la base du parti agrarien soutient le texte, probablement séduite par l’argument de la sauvegarde des terrains agricoles. La protection des cultures, afin que les paysans puissent dans le futur continuer à cultiver des produits régionaux, constitue l’un des arguments principaux des partisans du texte.

Sympathique mais extrême

Mais officiellement, l’UDC s’oppose catégoriquement au texte. «Cette initiative paraît sympathique, mais elle est en réalité dangereuse et extrême, prévient Jean-François Rime (UDC/FR), président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et membre du comité d’opposition. On ne peut pas empêcher certains cantons et communes de se développer! La population augmente, il faut loger ces gens, leur donner du travail.»

Le camp du non craint, entre autres, que la rigidité prévue dans le texte ne corresponde pas aux besoins de la population et de l’économie. Jean-François Rime prend en exemple le secteur de l’industrie. «Avec l’automatisation de la production, les sites prennent toujours plus de place. On ne peut pas prendre une décision pour 100 ans au détriment de l’extension de la population.»


Editorial : Un débat utile sur le territoire


Pour le conseiller national, les normes actuelles, tant la révision de la loi sur le territoire (LAT) que les cantonales, posent déjà des limites. Communes et cantons sont ainsi plus à même de juger et de décider en fonction de leurs besoins. Enfin, les opposants craignent une augmentation des prix de l’immobilier et des loyers. «Ce qui est rare est cher, c’est certain!» renchérit Jean-François Rime.

«La Suisse possède de grandes réserves, tant dans les zones habitées existantes ainsi que dans les zones à bâtir non construites, rétorque Kevin Morisod, coprésident de l’initiative et coprésident des Jeunes Verts suisses. L’augmentation des prix des loyers n’est donc pas à craindre.»

Loyers moins élevés

Selon la statistique suisse des zones à bâtir 2017 de l’Office du développement territorial, entre 11% et 17% des zones à bâtir (25'700 à 40'500 hectares) ne sont pas encore construites. «On compte également plus de 70'000 logements vides en Suisse, ajoute Kevin Morisod. La question est surtout de savoir où se situe la demande et de construire là où sont les besoins.» Kevin Morisod rappelle en outre que l’initiative prévoit aussi le développement de quartiers durables, dans lesquels les loyers sont en moyenne 20% moins chers.

Quant à la question de la compétence des cantons, le jeune militant écologiste dénonce un procès d’intention. «Nous souhaitons inscrire dans la Constitution ce principe de compensation. Mais cela ne signifie pas que sa mise en application doit venir nécessairement de Berne. Nous ne sommes absolument pas opposés à des solutions régionales. Ce n’est pas parce que la mise en application peut être potentiellement mauvaise que le principe en soi l’est également.» (24 heures)

Créé: 28.12.2018, 06h38

Articles en relation

Le «oui» à l'initiative contre le mitage a la cote

Suisse Selon le premier sondage gfs.bern pour la SSR, 63% des sondés se disent plutôt ou très favorables à l'initiative «Stopper le mitage». Plus...

De nouveaux adversaires à l'initiative contre le mitage

Suisse Un comité bourgeois estime que l'initiative populaire fédérale contre le mitage est superflue et nuisible. Plus...

De nouveaux adversaires à l'initiative contre le mitage

Suisse Un comité bourgeois estime que l'initiative populaire fédérale contre le mitage est superflue et nuisible. Plus...

Mitage du territoire: le Parlement rejette le texte

Suisse L'initiative des Jeunes Verts, jugée excessive, a été soumise à un tir de barrage. Après le «non» aux Etats, le National n'en a pas voulu non plus. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.