La Suisse avertit l’UE de ne pas jouer avec la sécurité des malades

DavosLa présidente de la Confédération a conseillé à la nouvelle cheffe de la Commission européenne de ne pas se tirer une balle dans le pied.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (à g.) et Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, se sont prêtées au traditionnel jeu de la poignée de main devant l'objectif des photographes.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen (à g.) et Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, se sont prêtées au traditionnel jeu de la poignée de main devant l'objectif des photographes. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Première rencontre au sommet lundi à Davos, à la veille de l’ouverture du Forum économique mondial. Et première rencontre officielle entre deux femmes de tête: Simonetta Sommaruga, la nouvelle présidente de la Confédération, et Ursula von der Leyen, la nouvelle cheffe de la Commission européenne. De quoi a-t-on parlé? Des relations bilatérales, bien sûr, et de la façon de les développer alors que les tensions et les mesures de rétorsion sont toujours plus présentes entre les deux partenaires.

La rencontre s’est merveilleusement bien passée, si l’on en croit les propos officiels tenus par Simonetta Sommaruga lors de la conférence de presse donnée juste après la réunion. «La rencontre était très constructive, sympathique et s’est déroulée dans une atmosphère chaleureuse. Bien sûr, nous n’avons pas les mêmes positions, mais chacun a écouté l’autre. Madame von der Leyen est claire, ouverte et nous aussi.»

Après avoir rappelé le sempiternel chiffre magique de 1 milliard d’euros, soit le volume quotidien d’échanges commerciaux entre la Suisse et l’UE, Simonetta Sommaruga est passée aux choses sérieuses. À savoir la prochaine mesure de rétorsion que compte prendre l’Union européenne contre la Suisse si cette dernière ne signe pas rapidement le nouvel accord institutionnel, combattu actuellement par l’UDC et le PS.

«La reconnaissance mutuelle des dispositifs médicaux n’est pas une simple question juridique. C’est aussi une question de sécurité pour les patients»

Quelle est cette mesure de rétorsion? La non-reconduction de la reconnaissance mutuelle des dispositifs médicaux. Cela concerne les seringues, les implants, les fauteuils roulants, les examens par IRM, etc. L’organisation Swiss Medtech est très inquiète à ce sujet. Elle a diffusé un communiqué lundi matin pour avertir ses membres qu’il leur faut se préparer à la fin de la reconnaissance automatique et au début des procédures bureaucratiques. Une calamité pour la branche. Swiss Medtech a calculé que l’industrie nationale de technologie médicale génère un chiffre d’affaires de 15,8 milliards et exporte à hauteur de 11,3 milliards de francs suisses.

Simonetta Sommaruga a demandé en termes diplomatiques à Ursula von der Leyen de s’en tenir au statu quo. «La reconnaissance mutuelle des dispositifs médicaux n’est pas une simple question juridique. C’est aussi une question de sécurité pour les patients. Pour les patients européens.» En clair, la présidente de la Confédération invite l’UE à ne pas jouer avec le feu. Sa mesure de rétorsion contre la Suisse pourrait se retourner contre ses propres malades si des produits suisses venaient à manquer.

Le flop de l’UE sur l’équivalence boursière

Avec cet avertissement amical sur les dispositifs médicaux, la Suisse montre qu’elle ne compte pas plier devant les menaces de l’UE en 2020 – pas plus qu’elle ne l’a fait en 2019. L’été dernier, l’UE avait puni la Suisse en lui refusant l’équivalence boursière. Depuis juillet, aucun titre suisse ne peut donc être négocié sur une plateforme boursière de l’UE. La Suisse a actionné alors son plan B.

Bilan des courses six mois plus tard? L’UE s’est tiré une balle dans le pied. L’ostracisation des titres suisses a profité à la bourse suisse SIX, qui affiche une santé insolente. «Le volume de transactions a augmenté de 8,5% par rapport à l’année précédente pour atteindre 1477 milliards», se réjouit le service de presse. Qui ajoute aussi que le négoce des titres suisses est pratiquement à 100% dans les mains de SIX. La bourse suisse ne le claironne pas trop fort, car elle souhaiterait plutôt que le conflit Suisse-UE sur l’équivalence boursière cesse.

La Suisse a gagné le premier round contre l’UE. Mais elle ne veut pas irriter le géant. Elle réitère sa volonté d’accorder à nouveau 1,3 milliard de francs aux pays de l’Est sur dix ans. Elle propose aussi son expertise à Ursula von der Leyen pour tout ce qui concerne les questions écologiques et de migration. Il est douteux que cela suffise pour amadouer la Commission européenne, qui s’énerve de l’attentisme suisse sur l’accord institutionnel.

Ce qui est sûr, c’est que le Conseil fédéral ne va pas dévier de sa ligne et faire la moindre concession avant le 17 mai. Ce jour-là, les Suisses voteront sur l’initiative de l’UDC qui veut limiter l’immigration européenne. «L’immigration doit être contrôlée comme le peuple et les Cantons l’ont décidé en 2014 déjà», a martelé vendredi le patriarche Christoph Blocher lors de la grand-messe annuelle de l’UDC à Zurich.

Le dossier européen, qui mêle enjeux économiques, questions migratoires et protection sociale, va rester le thème chaud à Berne ces prochaines années.

Créé: 20.01.2020, 21h29

Articles en relation

Bruxelles «veut collaborer» avec la Suisse

Sommaruga au WEF La présidente de la Confédération et son homologue de la Commission européenne se sont entretenues, lundi, à Davos. Plus...

Bruxelles «veut collaborer» avec la Suisse

Sommaruga au WEF La présidente de la Confédération et son homologue de la Commission européenne se sont entretenues, lundi, à Davos. Plus...

Polices et armée mobilisées pour le WEF de Davos

Suisse Les polices de tous les cantons et l'armée participent aux mesures de sécurité au Forum économique mondial. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 8

Paru le 26 février 2020
(Image: Bénédicte) Plus...