«La Suisse parle» ou comment rencontrer son opposé politique

SondageDes médias helvétiques, dont Tamedia, lancent une opération pour permettre à chacun de débattre en personne avec son antipode idéologique.

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Que se passe-t-il quand deux inconnus aux opinions diamétralement opposées se rencontrent pour discuter de sujets d’actualité sensibles? Le projet «La Suisse parle» va permettre de le savoir. Ce mercredi, plusieurs médias helvétiques lancent un appel à leurs lecteurs dans l'objectif de permettre à chacun de rencontrer son «contradicteur politique». Ce sont notamment «24 heures», la «Tribune de Genève» et d’autres titres de l’éditeur Tamedia, la RTS, les sites alémaniques Watson et Republik ainsi que l’édition suisse du quotidien allemand «Die Zeit».

L’opération commence par un questionnaire en ligne en cinq points. Extraits: «La Suisse devrait-elle accueillir plus de réfugiés?» «Les habitantes et habitants de la Suisse vont-ils moins bien aujourd’hui qu’il y a dix ans?» Seules deux réponses sont possibles: «oui» ou «non». Un algorithme analysera ensuite le sondage pour associer deux personnes majeures vivant à proximité l’une de l’autre et présentant les opinions les plus divergentes possibles. Une déclinaison politique d’une application de rencontre en quelque sorte. Le rendez-vous fatidique est déjà fixé: le dimanche 21 octobre les binômes formés se rencontreront en personne pour débattre.


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C’est le journal «Die Zeit» qui est à l’origine de cette action, qu’il a lancée pour la première fois l’an dernier outre-Rhin. Plus de 20'000 personnes s’étaient inscrites dès la première semaine de la mise en ligne de «Deutschland spricht». L’opération avait permis de former 600 «couples» avant les élections fédérales.

Dépasser l'abstraction virtuelle

A une période où l’on s’écharpe anonymement sur les réseaux sociaux, «La Suisse parle» doit permettre de confronter des visions idéologiques opposées en dépassant l’abstraction de l’espace numérique, explique Matthias Daum, correspondant en Suisse pour «Die Zeit». «Cela répond à un vrai besoin. Les citoyens veulent discuter en face-à-face avec des personnes qui ne partagent pas les mêmes idées. Chacun d’entre nous vit dans une sorte de bulle. Ce projet permet d’en sortir.»

Faut-il s’attendre à des étincelles? En Allemagne, les discussions ont été respectueuses et cordiales et ont permis de mieux comprendre la pensée de son interlocuteur, rapporte Matthias Daum. Ainsi, la rencontre entre une sympathisante du parti anti-immigration AFD et un homme désireux d’apporter son aide aux réfugiés, documentée sur le site de «Die Zeit». Ou celle de Julian et Bernd, qui ont discuté pendant plus de quatre heures en buvant de la bière et qui se sont rendu compte que le fossé idéologique les séparant n’était pas si important que cela.

Professeur à l’Université de Lausanne, le politologue Georg Lutz trouve la démarche prometteuse à l’heure où les débats politiques s’avèrent souvent stériles, surtout en période de campagne. «Les professionnels de la communication – politiciens, entrepreneurs ou groupes d’intérêts – essaient simplement de faire passer un message.

Des émules

Le format proposé par «La Suisse parle» peut permettre une vraie interaction. «Die Zeit» et ses partenaires suisses ne sont pas les seuls à vouloir faciliter la confrontation d’idées. Des Bernois veulent développer une application, nommée Radius, visant à mettre en relation des personnes aux points de vue différents pour discuter politique. Ces échanges «offrent l’occasion de repenser ensemble ses convictions et de comprendre d’autres points de vue. Ce pas en dehors de notre zone de confort favorise l’échange entre les gens et de ce fait, notre démocratie», expliquent les instigateurs du projet.

En Allemagne, une nouvelle édition de «Deutschland spricht» aura bientôt lieu. Plusieurs médias allemands se sont joints cette fois à «Die Zeit». L’opération aura aussi lieu en Autriche, en Norvège et au Danemark et pourrait s’étendre encore, des discussions étant en cours avec des médias basés en Alaska ou en Australie.


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(24 heures)

Créé: 15.08.2018, 16h00

Infos

Conditions : être majeur et vivre en Suisse. Les données personnelles récoltées pour le sondage ne seront pas utilisées à des fins commerciales et seront effacées neuf mois après la fin de l’opération.

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