La burqa s’invite dans les élections fédérales de 2019

InterdictionLe Conseil des Etats ne veut pas d’une loi fédérale pour interdire le voile intégral. Le peuple aura le dernier mot.

Le Tessin a inscrit l'interdiction de la burqa dans sa constitution. Le 1er juillet à Locarno, Rachid Nekkaz, richissime algérien, et Nora Illi, Suissesse convertie au salafisme convoquaient les médias pour dénoncer la nouvelle loi.

Le Tessin a inscrit l'interdiction de la burqa dans sa constitution. Le 1er juillet à Locarno, Rachid Nekkaz, richissime algérien, et Nora Illi, Suissesse convertie au salafisme convoquaient les médias pour dénoncer la nouvelle loi. Image: Keystone

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«Ces gens sont déconnectés de la réalité. On ne peut pas parler de représentants du peuple.» La critique est acerbe, elle est signée Walter Wobmann (UDC/SO), auteur de l’initiative parlementaire qui veut interdire de se dissimuler le visage. Alors que le Conseil national avait accepté son texte de justesse, la majorité du Conseil des Etats l’a sèchement rejeté jeudi. «J’ai donné la chance au Parlement de régler cette question. Il ne l’a pas saisie. C’est désormais au peuple de faire le travail.»

Les antiburqas – car c’est bien de cela qu’il est question – ont en effet misé sur plusieurs chevaux. En parallèle de la démarche parlementaire, le comité d’Egerkingen – dont Walter Wobmann est un membre éminent – a également lancé une initiative populaire reprenant les mêmes exigences. La récolte de signatures est en cours. Les initiants ont jusqu’au 15 septembre pour obtenir les 100 000 paraphes nécessaires. Où en sont-ils? Mystère. On les sent toutefois confiants. Ce sont les mêmes qui avaient réussi à déposer l’initiative antiminarets.

Phénomène marginal
Le thème va même s’inviter lors des prochaines élections fédérales de 2019. Compte tenu du calendrier parlementaire, qui oblige l’Assemblée fédérale à traiter une initiative dans les 30 mois suivant son dépôt, la collusion est inévitable. Les discussions sous la Coupole sur l’initiative antiburqa auront lieu en pleine campagne électorale. De quoi promettre d’intenses passes d’armes, tant le sujet est émotionnel.

Une campagne houleuse sur le thème de la burqa, c’est justement ce que plusieurs élus auraient souhaité éviter. Aussi bien le président du PDC Gerhard Pfister (ZG) que son homologue de l’UDC s’étaient prononcés l’an dernier pour qu’une solution émerge du parlement. Dans nos colonnes, en septembre, Albert Rösti (BE) était très clair à ce sujet. «Je suis évidemment pour cette initiative, mais la Suisse doit s’éviter un grand débat sur ce thème. Il pourrait être vécu comme une provocation.» Une position partiellement reprise ce jeudi devant le Conseil des Etats par l’indépendant Thomas Minder (SH). «D’autres pays ont déjà fait le pas de l’interdiction. La France, la Belgique, et même le Maroc. Le Tessin aussi. Il n’en va pas seulement de quelques cas, mais d’une forte islamisation de la société, qu’il faut combattre.»

«Il ne sert à rien de légiférer à l’échelon fédéral. C’est aux cantons qu’il appartient de prendre des mesures, s’ils le jugent nécessaire»

Que la burqa soit un symbole de l’oppression des femmes, la majorité du Conseil des Etats le reconnaît. Son refus de légiférer au niveau fédéral est lié au respect du fédéralisme. «Le port de vêtements dissimulant le visage pour des raisons religieuses est un phénomène marginal qui n’a rien à faire dans la Constitution, résume Robert Cramer (Verts/GE). C’est donc aux cantons qu’il appartient de prendre des mesures, s’ils le jugent nécessaire.»

Les fronts sont à ce point figés qu’il ne faut pas s’attendre à voir l’émergence d’un quelconque contre-projet lors du prochain traitement de l’initiative populaire. «Quinze cantons connaissent déjà des lois qui empêchent de se couvrir le visage, explique la sénatrice Karin Keller-Sutter (PLR/SG). Je ne vois pas ce qu’un contre-projet peut apporter de plus. Si un canton connaît des problèmes, il peut légiférer.» Elle ne craint pas de débattre de ce thème. «La population est capable de discuter sereinement des valeurs de la Constitution et de s’interroger sur la culture suisse.»

Cacophonie
Les discussions du jour ont en tout cas montré à quel point l’interdiction du voile intégral divise. A l’image du psychodrame vécu en fin d’année par les socialistes, les partis ne savent pas comment empoigner le problème. Entre libertés individuelles et discrimination; entre signal politique et intérêts économiques liés au tourisme des pays du Golfe.

Cette cacophonie sert le comité d’Egerkingen, devenu expert en timing politique. Juste avant les élections de 2015, il s’attirait les projecteurs en annonçant être prêt à lancer son initiative antiburqa. Il sera à nouveau sur le devant de la scène pour le prochain grand rendez-vous électoral. (24 heures)

Créé: 09.03.2017, 21h18

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