La délinquance gagne du terrain chez les filles

SociétéA Zurich, la part des filles dans les condamnations a presque doublé en vingt ans. Leurs délits restent moins graves.

Les infractions en lien avec les réseaux sociaux sont souvent commises par des filles, constatent les spécialistes.

Les infractions en lien avec les réseaux sociaux sont souvent commises par des filles, constatent les spécialistes. Image: Keystone

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L’égalité entre les sexes se retrouve-t-elle dans les délits? Dans le canton de Zurich, la part des filles dans l’ensemble des condamnations de mineurs a augmenté ces dernières années. Alors qu’elle se situait à 15% en 1995, elle dépasse 20% depuis 2008 et atteignait 25,1% en 2016, selon des statistiques du Tribunal zurichois des mineurs révélées par la NZZ.

De façon générale, la délinquance juvénile a pourtant baissé ces dernières années. Ainsi, les délits violents ont diminué de 55% entre 2009 et 2016 à Zurich. Selon Marcel Riesen-Kupper, directeur du Tribunal des mineurs zurichois, il n’y a pas d’explication définitive aux statistiques féminines. «L’une des raisons est peut-être qu’aujourd’hui les jeunes filles ont les mêmes droits que les garçons et qu’on les retrouve davantage dans des lieux publics.»

Evolution des délits
Le criminologue Martin Killias avance une autre hypothèse: «Cela est probablement lié à une évolution des délits. Les filles sont davantage impliquées dans des intimidations sur les réseaux sociaux ou sur les portables.» En 2016 à Zurich, 40% des condamnations pour diffamation concernaient en effet des adolescentes. En 2015, cette part était de 52%. «Les garçons ont tendance à filmer une bagarre et à la poster sur Internet, décrit Daniel Favre, responsable de la prévention de la criminalité à la police neuchâteloise. Les filles, elles, prononcent plus d’insultes.»

Faut-il s’inquiéter du comportement des jeunes filles? «Nous suivons naturellement cette évolution, répond Marcel Riesen-Kupper. Mais elles restent moins punies que les garçons et la plupart du temps pour des raisons moins graves.» Trois fois sur quatre, les Zurichoises commettent de petites infractions. Resquille, petits vols… Chez elles, une amende sur cinq est liée à la loi sur les stupéfiants. La violence, en revanche, reste masculine: moins de 13% des condamnations dans ce domaine étaient prononcées contre des adolescentes en 2016.

L'art de la manipulation
Le profil de celles qui sont les plus difficiles est aussi différent. «Des études montrent que celles qui commettent régulièrement des délits ont un passif familial plus lourd, détaille Marcel Riesen-Kupper. Par rapport aux garçons, elles ont été plus souvent victimes d’abus et leur délinquance est davantage liée à la consommation de drogues.» Enfin, elles sont plus régulièrement traitées pour des raisons psychologiques ou psychiques. Et les jeunes filles se montrent plus manipulatrices.

Au niveau national, les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) ne montrent pas une tendance aussi claire. En 2015, 20,6% des mineurs condamnés étaient des jeunes filles, contre 18% en 1999. Ce pourcentage fluctue mais il a dépassé la barre des 20% en 2005 et n’est jamais retombé en dessous. Précisons que l’OFS se concentre sur les infractions des mineurs au Code pénal, à la loi sur les stupéfiants, à celle sur les étrangers et à la circulation routière. Il ne prend pas en compte, contrairement à Zurich, les délits contre des lois cantonales. Ces chiffres ne peuvent donc pas être comparés.

Stabilité lémanique
Selon les données de l’OFS, la tendance est stable à Genève où, contrairement à ce qu’on voit au niveau national, la délinquance juvénile n’a pas baissé ces dernières années. En 1999, 18% des condamnations concernaient des jeunes filles. En 2015, ce pourcentage était de 17,8%. Dans le canton de Vaud, on est passé de 12,6% à 20,6%. Comme à Genève, les chiffres varient d’une année à l’autre.

«Au Tribunal des mineurs, nous n’avons pas senti une augmentation significative de la délinquance des jeunes filles, réagit le juge vaudois Patrick Auberson. La situation n’évolue pas de façon linéaire, mais on voit que les filles sont bien représentées dans les infractions en lien avec les réseaux sociaux.» Leur prise en charge, ajoute-t-il, est parfois plus compliquée. «Notre impression est qu’elles se mettent plus facilement en danger, notamment sur le plan sexuel.» (24 heures)

Créé: 26.05.2017, 18h00

Interview

«Comprendre les raisons est essentiel»

Qu’en est-il des femmes adultes? «Tous délits confondus, les femmes représentaient 24% des personnes prévenues pour une infraction au Code pénal en 2016 et 18% des personnes condamnées», répond la psychologue Véronique Jaquier, auteure d’un récent ouvrage sur la place des femmes adultes dans le monde du crime.


– La criminalité des femmes augmente-t-elle?
– Les statistiques disponibles en Suisse ne le mettent pas en évidence. Toutefois, plusieurs pays européens font état d’une augmentation du nombre de femmes incarcérées depuis les années 2000. On observe les mêmes tendances aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Amérique du Sud depuis les années 1990 déjà. Ces chiffres reflètent en partie l’activité judiciaire, cela ne signifie pas nécessairement que le comportement des délinquantes a changé.

– Certains crimes sont-ils typiquement féminins?
– En tant que groupe, les femmes commettent les mêmes délits que les hommes. Elles commettent toutefois moins d’infractions qu’eux, et leurs infractions sont globalement moins violentes que celles des hommes. Dans notre statistique policière, 14% des prévenus d’homicides (tentatives incluses) étaient des femmes. L’infraction qui totalise le plus grand nombre de femmes est logiquement l’exercice illicite de la prostitution (76% des adultes en 2016). Les femmes sont aussi assez représentées parmi les prévenus de diffamation (43%), l’enlèvement de mineurs (58%) ou encore la violation du devoir d’assistance ou d’éducation (47%). Mais ce sont là des délits rares, comparativement aux atteintes au patrimoine dont un quart est le fait des femmes.

– Ces questions, dites-vous, ont été peu étudiées.
– Les femmes ont avant tout intéressé les scientifiques en tant que victimes. C’est une bonne chose, même si beaucoup reste à faire dans le domaine de la prévention. L’engagement pour les délinquantes est moins évident. Historiquement, la délinquance était considérée comme une solution d’hommes à des problèmes d’hommes. La délinquance féminine s’expliquait de manière caricaturale. Plusieurs études prédisaient que les femmes deviendraient aussi violentes que les hommes à mesure qu’elles gagneraient en égalité. Cela ne s’est pas vérifié. Mais aujourd’hui, les connaissances restent lacunaires.

– Pourquoi de telles études seraient-elles nécessaires?
– Il est indispensable de mieux comprendre les circonstances qui amènent les femmes à enfreindre la loi. Ces connaissances nourrissent nos efforts pour empêcher l’apparition de certains délits, mais aussi pour atténuer leur impact et prévenir la récidive. Il faut pouvoir tenir compte des besoins spécifiques des femmes judiciarisées. Certains facteurs jouent un rôle plus marqué dans les trajectoires criminelles féminines. Les délinquantes seraient, par exemple, plus nombreuses que les hommes à avoir été victimes de violence, à souffrir de problèmes de santé psychique ou d’addictions. Il est essentiel de prendre en compte ces éléments dans leur prise en charge.

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