La distribution ouvre la chasse aux sacs plastique

ConsommationLes sacs à usage unique ne sont plus offerts, sauf exceptions, dans le secteur alimentaire. Il faudra aussi payer pour les sacs réutilisables employés dans les autres secteurs.

Les sacs plastique ne devraient plus être distribués gratuitement aux caisses.

Les sacs plastique ne devraient plus être distribués gratuitement aux caisses. Image: KEYSTONE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

À de rares exceptions près, obtenir gratuitement un sac plastique dans un magasin va bientôt appartenir au passé. Swiss Retail et la Communauté d’intérêt du commerce de détail suisse ont annoncé ce mercredi que l’accord de branche passé en 2016 va être étendu. Désormais, les sacs en plastique à usage multiple ne pourront plus non plus être distribués gratuitement. Et le secteur non alimentaire va jouer le jeu.


Lire aussi: L’écologie, ce n’est pas toujours compliqué


En 2016, les deux organisations avaient signé un accord pour réduire les sacs plastique à usage unique dans le commerce alimentaire. Selon leur communiqué, cela a permis de diminuer leur consommation de 86% dans les entreprises participantes. Désormais, d’autres secteurs vont suivre et les entreprises signataires ont jusqu’au 1er janvier 2021 pour s’adapter. Coop, Manor et Migros ont annoncé qu’ils appliqueraient cette extension dès le 1er janvier 2020. Elle va concerner leurs succursales, comme Coop Brico + Loisirs, Interdiscount, Import Parfumerie, SportXXX, Melectronics, Digitec Galaxus, etc. Patrick Marty, directeur de la Communauté d’intérêt du commerce de détail suisse, estime que la consommation de sacs plastique réutilisables va diminuer d’un tiers.

Effet domino espéré

Il devrait toutefois rester des exceptions. «En 2016, nous avons exclu les convenience shop (où l’on peut faire des achats rapides, par exemple dans une gare) de la première mesure, mais la plupart de nos membres ont suivi sur une base volontaire, explique Patrick Marty. Nos deux organisations représentent autour de 80% de la branche. D’autres entreprises ne sont pas obligées de nous suivre, mais sont cordialement invitées à le faire.» Dagmar Jenni, directrice de Swiss Retail, ajoute que des contacts ont été pris avec Veledes, qui représente les détaillants indépendants. Elle espère enfin que l’annonce du jour va créer une pression supplémentaire, et qu’il y aura une sorte d’effet domino.

«Cette annonce va évidemment dans le bon sens, mais elle doit s’étendre encore»

Dominique de Buman, conseiller national (PDC/FR)

Cette affaire remonte à 2010. À l’époque, le conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR) avait déposé une motion demandant au Conseil fédéral d’interdire la distribution de sacs plastique à usage unique. Cette intervention avait abouti au premier accord conclu par la branche en 2016. «L’annonce de ce mercredi va évidemment dans le bon sens, réagit le démocrate-chrétien. Le plastique garde un intérêt pour un objet utilisé dans la durée. Mais il faut limiter son emploi pour tout ce qui est jetable. La société en a d’ailleurs pris conscience.»

Pour la nouvelle conseillère nationale Sophie Michaud Gigon (Verte/VD), «tout cela montre l’importance de la pression politique pour faire avancer un dossier». Également secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs (FRC), elle estime que «les consommateurs sont tout à fait prêts à participer à cet effort contre la surconsommation de ressources que représentent les sacs en plastique à usage unique en les payant lorsqu’ils n’en ont pas pris avec eux». Elle appelle aussi à la transparence dans la redistribution du produit de la vente des sacs.

«Évolution inévitable»

Le changement annoncé mercredi s’inscrit dans un mouvement plus global. L’UE va interdire le plastique à usage unique (lire encadré). Diverses mesures sont également annoncées dans des villes suisses, notamment Genève. «Les distributeurs s’adaptent à une évolution inévitable», estime Dominique de Buman. Le Fribourgeois espère que les stations-services, notamment, vont adhérer au mouvement. Il pense aussi à la suite, en mentionnant les autres emballages, comme ceux qui entourent nos fruits et légumes. «Là, le problème est qu’il faut trouver une solution étanche pour éviter que les produits ne coulent.»

Si l’on en croit Dagmar Jenni, d’autres mesures devraient suivre. «Pour l’instant, nous ne pouvons rien communiquer, mais nous avons des discussions, notamment au sujet de l’emballage, plastique ou autre.»



Quels emballages choisir pour faire ses courses?

Avec quel sac vaut-il mieux faire ses courses? «Il faut privilégier ceux en tissu ou en PET. On peut les laver et ils sont faciles à glisser dans son sac», recommande la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’libérale/VD). «Cela peut être un sac en plastique, si vous le réutilisez. Plastique n’est pas un gros mot, mais il faut éviter l’usage unique.»

Voilà pour la règle générale. Plus en détail, sachez que les sacs en papier ne sont pas forcément la panacée. «C’est une bonne idée, à condition de l’utiliser plusieurs fois. Vu l’énergie nécessaire pour produire du papier, l’usage unique n’est pas écologique.»

La Vert’libérale recommande aussi les filets en tissu pour les fruits et légumes. Et les sacs biodégradables qu’on trouve par exemple à la Coop ou à la Migros. «Ils sont pratiques pour la viande et le poisson. Sur certains, il est même précisé qu’on peut les mettre dans le compost.» Attention, par contre, aux sacs dits oxodégradables. «On les trouve plutôt chez des petits commerçants. Ils sont parfois présentés comme s’ils étaient bons pour l’environnement. Mais ce n’est pas le cas. Ce sont des sacs plastique normaux, auxquels on a ajouté un produit chimique pour qu’ils se dégradent à la chaleur et à la lumière après quelques années. Cela crée des minuscules morceaux de plastique que l’on ne peut pas ramasser et qui contaminent l’environnement.»

Isabelle Chevalley a déclaré la guerre aux oxodégradables, qui peuvent être confondus avec les sacs biodégradables. Elle a déposé en septembre 2018 une interpellation demandant d’arrêter ce qu’elle appelle une «tromperie». «On ne peut pas demander à tous les citoyens de ce pays de suivre un cours de chimie accéléré pour comprendre la différence», écrit-elle avant de relever que la France a interdit ce produit. Dans sa réponse, le Conseil fédéral précise que des recherches sont menées en Suisse pour connaître l’utilisation de ces matières et leur identité chimique. Il juge qu’il n’est pas judicieux d’édicter des prescriptions avant d’en connaître les résultats. Le gouvernement ajoute que l’Europe examine la pertinence d’introduire des restrictions. Pour lui, il est important d’attendre ces conclusions pour éviter de faire cavalier seul.

Créé: 23.10.2019, 21h05

À l’étranger

Usage unique interdit en Europe

Exit les pailles, touillettes ou gobelets! Dès 2021, l’Union européenne va interdire les objets en plastique à usage unique pour lesquels il y a des alternatives.

«Elle va aller plus loin que nous, c’est certain», commente Dominique de Buman, avant de lancer un appel à la Confédération: «L’Office fédéral de l’environnement se targue toujours de ne pas s’écarter inutilement de la législation communautaire. Maintenant que Bruxelles va plus loin que nous, il serait logique que nous suivions.»

La question a déjà rebondi au Palais fédéral. Le conseiller national Marco Romano (PDC/TI) a déposé en juin un postulat demandant au Conseil fédéral un rapport sur les modifications de lois et d’ordonnances envisageables pour limiter et interdire quand c’est possible un tel usage unique.

Le Conseil fédéral lui a répondu qu’il pourrait déjà prononcer une interdiction. La Confédération attend toutefois que les secteurs économiques concernés prennent des mesures volontaires pour réduire l’emploi de ces articles. «Ce n’est que si ces dernières se révèlent inefficaces ou insuffisantes qu’elle examinera l’opportunité d’introduire des mesures régulatrices.»

En mars 2018, Adèle Thorens (Verts/VD) avait déjà déposé un postulat demandant au Conseil fédéral de montrer de quelle manière il peut assurer à l’avenir une gestion écologique, efficiente et économiquement viable des matières plastiques.

À l’époque, la conseillère nationale faisait déjà allusion à l’Europe. Et rappelait au passage qu’en Suisse, chaque habitant consomme 125 kg de matière synthétique par an, dont 45 kg d’emballages.

La proposition a été soutenue par le Conseil fédéral et le Conseil national. «Un rapport est en cours d’élaboration, conclut Adèle Thorens. Mon but est que la Suisse développe une stratégie de gestion durable des plastiques, en s’inspirant du modèle européen.»

Articles en relation

Ils ont passé l'été à traquer le plastique sur le Léman

Pollution Oceaneye analyse la pollution au plastique dans l’eau. Lundi dernier, son voilier a levé l’ancre pour la dernière fois de l’année. Plus...

Bannir tous les plastiques? Dur, dur...

Environnement En cette journée mondiale sans sac plastique, penchons-nous sur les autres objets en plastique que l’on bannit peu à peu. Plus...

Sacs en plastique, les six alternatives en vogue

Consommation Coton, papier, bioplastique... Quel est le bilan écologique des remplaçants au sachet classique? Tour d'horizon. Plus...

La tromperie du sachet en plastique oxo-dégradable

Environnement Vendus comme une solution plus écologique, les sacs «oxo» sont contestés. À l’inverse de l’UE, la Suisse ne veut pas encore les interdire. Plus...

Le CHUV bannit les assiettes en plastique

Écologie De la vaisselle réutilisable a été mise en circulation dans les restaurants du personnel. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.