La guerre du transport de chlore est relancée à Berne

Produits chimiquesDes mesures envisagées pour limiter les risques des convois ont été atténuées. Tollé des représentants de l’arc lémanique.

Un accident chimique était survenu à Daillens (VD), le 25 avril 2015.

Un accident chimique était survenu à Daillens (VD), le 25 avril 2015. Image: Keystone

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Le 25 avril 2015, un train transportant des produits chimiques déraillait à Daillens (VD). L’accident, qui n’avait pas fait de blessé, avait toutefois causé d’importants dégâts à l’environnement et rappelé que le risque zéro n’existait pas. Voilà qui relançait la question des convois de chlore qui partent de France pour rejoindre les sites chimiques du Valais, en passant par les zones densément peuplées de l’arc lémanique.

Quatre ans plus tard, la problématique ressurgit à Berne. En cause, la solution trouvée par le consortium formé des CFF, de la Confédération et des milieux économiques pour limiter les risques. Il y a quelques jours, il a été décidé que les 430 obstacles qui pouvaient constituer un danger le long de la ligne seraient peu à peu éliminés dans le cadre de l’entretien courant des installations ferroviaires et non pas en une seule fois comme cela avait été envisagé dans les plans initiaux du consortium, explique l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). «Les obstacles les plus dangereux, les rails-repères, ont été supprimés. Selon l’évaluation que nous avons menée, une correction de l’ensemble des 430 points était disproportionnée», précisait Daniel Bonomi à la SRF, qui a révélé l’affaire mardi.

Ce projet aurait coûté 6,5 millions. Les deux géants de la chimie Syngenta et Lonza auraient dû en assumer le coût. Et si ce point n’est plus d’actualité, c’est que d’autres mesures ont été prises. Les trains de chlore ne circulent plus qu’à 40 km/h. «Sur la base d’études internationales, on peut légitimement supposer que les wagons-citernes ne se renverseront pas à cette vitesse», précise Daniel Bonomi, de l’OFEV.

Poing sur la table

Le consortium qui tarde à agir? Le sang des élus issus de l’arc lémanique ne fait qu’un tour. Des interventions sont prévues dans les Législatifs des cantons de Genève et de Vaud, mais aussi sous la Coupole fédérale. Lisa Mazzone (Les Verts/GE) parle d’une décision «inacceptable». Adèle Thorens (Les Verts/VD) interviendra lors de la prochaine session du National. «On nous a fait tout un discours rassurant et on a créé un groupe de travail ad hoc, mais nous voyons que les suites concrètes restent insuffisantes. Des mesures ont certes été prises, mais des efforts supplémentaires devraient être entrepris. Le problème de fond n’est pas résolu: il faudrait pouvoir produire le chlore sur place. Or la branche n’y est visiblement pas disposée.»

Au Conseil des États, c’est Géraldine Savary (PS/VD) qui exigera des précisions lors de la prochaine séance de la Commission des transports. «Le monde politique a renoncé à légiférer en pariant sur la confiance qu’il accordait aux différents partenaires. Cette confiance est aujourd’hui entamée. Et pour des économies de bouts de chandelles.» Allusion à ce que représentent 6,5 millions pour les géants de la chimie.

Mais il n’y a pas que la gauche qui tape du poing sur la table. «Lorsque l’on sait la catastrophe qu’engendrerait le déraillement d’un convoi de chlore – compte tenu du trajet emprunté – on ne peut pas lésiner sur la sécurité, assène Hugues Hiltpold (PLR/GE), qui rappelle que la députation genevoise est unanime sur ce dossier. Des engagements ont été pris, ils doivent être respectés».

«Erreur stratégique des CFF»

Même du côté valaisan, on est critique sur ce projet. «Je suis très surpris, confie Thomas Egger (PDC/VS). Le chlore est un problème qu’il faut prendre très au sérieux. Il y a des craintes de la population, et si on veut rendre ces transports acceptables, il faut en tenir compte. Cette décision est une erreur stratégique des CFF. Cela ne va pas aider la branche. Au contraire, ça relance les hostilités dans un dossier qui était enfin pacifié.»

Face à la polémique, l’OFEV se veut rassurant. Dans un communiqué qui date de février, l’office précise que le nombre de convois a été limité à un par semaine et qu’un nouvel axe d’approvisionnement a été ouvert depuis l’Italie afin de réduire les risques pesant sur l’arc lémanique. À terme, des wagons-citernes équipés des meilleures technologies devraient circuler. «Le risque des transports de chlore par le rail a été réduit d’un facteur 10 aux endroits critiques. Il se situe ainsi en deçà du seuil fixé par les nouveaux critères d’appréciation», précise l’OFEV, qui réfléchit encore à de nouvelles mesures. L’office rappelle par ailleurs que l’industrie chimique va verser 1,2 million aux CFF pour les mesures déjà mises en place.

Pas rentable

Pointés du doigt en tant que membre du consortium, les CFF rappellent qu’ils sont obligés de transporter ce produit, et qu’ils appliquent les normes de sécurité décidées par ce groupe de travail.

Quant aux entreprises chimiques, elles ne craignent pas un dégât d’image. «La Suisse joue un rôle de pionnier en matière de sécurité», assure Michael Gsponer, porte-parole de Lonza, qui précise que les décisions prises l’ont été sur la base d’études internationales. «La sécurité ne s’en trouve pas affectée. De plus, les wagons-citernes de chlore sont équipés de tampons qui peuvent absorber l’énergie en cas de collision à 40 km/h.» Quant à la production de chlore sur place, elle ne serait pas rentable.


Genève s’inquiète, tandis que Vaud calme le jeu

À Genève, le conseiller d’État Antonio Hodgers saluait il y a trois ans les mesures visant «une réduction drastique», d’ici à 2025, des risques d’accident lors de transports de chlore. Aujourd’hui, le magistrat écologiste déchante: «Nous n’avons reçu aucun élément probant dans ce sens. Nous sommes de plus en plus inquiets. D’un côté, il y a les besoins de deux entreprises (ndlr: Syngenta et Lonza), de l’autre, la sécurité de dizaines de milliers de personnes sur l’arc lémanique. La pesée d’intérêts ne joue pas.»

Discours bien plus mesuré à Lausanne, au siège de la Direction de l’environnement industriel, urbain et rural. Son directeur, Sylvain Rodriguez, relève que «la réduction de vitesse à 40 km/h s’accompagne de tout un lot de mesures sécurisant les trains spéciaux dédiés au transport de chlore». Outre les technologies de pointe qui équiperont les wagons, il cite le renforcement des contrôles des convois et des horaires de circulation spécifiques. «La question de la présence d’obstacles le long des voies devient nettement moins aiguë. Suite à l’accident de Daillens en 2015, les CFF ont éliminé de leur propre chef les rails-repères inexploités.»

Ne serait-il pas néanmoins plus simple de fabriquer le chlore en Valais? Antonio Hodgers continue de plaider avec force pour cette solution, au nom de la sécurité de la population. Sylvain Rodriguez, lui, affirme que cette alternative «est étudiée de manière approfondie et que sa faisabilité économique n’est toujours pas démontrée». «Dans cette attente, conclut-il, le Canton de Vaud privilégie la diversification de l’approvisionnement, notamment par l’Italie.» Patrick Monay (24 heures)

Créé: 12.06.2019, 22h06

«Le politique a renoncé à légiférer en pariant sur la confiance donnée aux partenaires. Cette confiance est aujourd’hui entamée»

Géraldine Savary, conseillère aux États (PS/VD)

«Compte tenu du trajet emprunté [par ces convois de chlore], on ne peut pas lésiner sur la sécurité»

Hugues Hiltpold, conseiller national (PLR/GE)

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