La justice classe l'affaire Obiang

AfriqueLe vice-président de Guinée équatoriale, poursuivi pour blanchiment à genève, est mis hors de cause.

Teodorín Obiang (avec les lunettes noires) a été mis hors de cause par la justice genevoise.

Teodorín Obiang (avec les lunettes noires) a été mis hors de cause par la justice genevoise. Image: DR

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Le Ministère public classe l’affaire Obiang. Les trois prévenus, Teodorín Obiang (le vice-président de la Guinée équatoriale) et deux intermédiaires suisses ayant travaillé pour cet État d’Afrique centrale, sont mis hors de cause, a appris la «Tribune de Genève».

Un coup de tonnerre. La justice genevoise avait ouvert une instruction à leur encontre pour blanchiment d’argent similaire à une autre procédure, en France, dans laquelle Teodorín Obiang a été condamné à verser 30 millions d’euros (la Guinée équatoriale a fait appel).

Le Ministère public va déséquestrer les 25 voitures et les deux yachts saisis dans cette affaire. Son ordonnance de classement fait état d’un accord.

Notre long format sur la présence à Genève de la famille au pouvoir en Guinée équatoriale

Malabo (la capitale équato-guinéenne) s’engage à débourser 1,3 million d’euros pour les frais d’entretien du «Ebony Shine», le navire de plaisance retenu dans un port néerlandais par les procureurs du canton. Son entretien coûtait 2000 euros par jour, jusqu’à présent payés par le contribuable genevois.

La justice n’avait pas pu physiquement saisir l’autre bateau, le «Ice», actuellement au Maroc. Il sera tout de même officiellement libéré, ce qui doit permettre une éventuelle vente.

Quant aux voitures, stockées dans le canton, Malabo a accepté qu’elles soient vendues et que l’argent soit remis à une organisation internationale pour un projet humanitaire en Guinée équatoriale, sous l’égide du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Dix d’entre elles sont très rares. Une Koenigsegg et une Lamborghini Veneno vaudraient plusieurs millions de francs.

Un accord avec la Berne fédérale

«La République de Guinée équatoriale a souhaité que ces véhicules soient vendus afin de permettre de trouver une issue à une situation qui aurait pu se prolonger inutilement, pour autant que le produit de la vente revienne en Guinée équatoriale. Le fait que ce processus intervienne avec l’aide du DFAE permettra de renouer un dialogue constructif entre les deux pays», expliquent Laurent Moreillon et Miriam Mazou, chargés de la défense des intérêts de l’État équato-guinéen en lien avec ces véhicules.

Dans l’instruction française, un immeuble à Paris et des bolides de luxe avaient été saisis. Des biens qui n’appartenaient souvent pas à l’État mais à Teodorín Obiang lui-même, ce qui rendait plus probable une condamnation pour blanchiment, son salaire ne devant pas lui permettre de telles dépenses.

À Genève, les procureurs ont buté sur le fait que les biens saisis appartiennent à la Guinée équatoriale. Selon Malabo, les yachts devaient permettre l’essor du tourisme dans cette région côtière. Aucune explication n’a par contre été fournie concernant les voitures. «La République de Guinée équatoriale a toujours affirmé et prouvé que les véhicules appartenaient à l’État. L’instruction n’a pas établi le contraire», précisent Laurent Moreillon et Miriam Mazou.

Instruction douloureuse

«Il est dommage qu’il ait fallu plus de deux ans de procédure et l’engagement de moyens considérables pour aboutir à un classement qui constate exactement ce que ma mandante n’a eu de cesse d’affirmer et de démontrer par pièces depuis le tout début de cette affaire: ces deux bateaux – qui ne voguaient pas dans la rade de Genève! – appartiennent bien à l’État équato-guinéen et aucune infraction n’a été commise», indique Me Alain Macaluso, avocat de la République de Guinée équatoriale, qui salue néanmoins le fait qu’il ait été possible de trouver une issue pragmatique avec la direction du Ministère public.

L’instruction, ouverte en octobre 2016, a été douloureuse. Le Ministère public a voulu vendre le «Ebony Shine», son entretien coûtant cher. Mais la justice l’en a empêché. Dix voitures séquestrées, mal entretenues par l’autorité séquestrante, ont été transférées du Bureau des autos à un local d’une société spécialisée aux Acacias pour une remise en état. Claudio Mascotto, un procureur qui n’aurait pas été suffisamment impartial, a aussi été récusé.

Pendant ce temps, Teodorín n’a rien changé de son train de vie fastueux. Il évite certes l’Europe, mais il a été aperçu en Inde, au Brésil, dans les Émirats, à New York, en Russie et, plus récemment, à bord d’un autre yacht.

Créé: 07.02.2019, 17h01

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