La justice suisse juge les dirigeants du Mondial 2006

Affaire FIFAUn mystérieux paiement de 10 millions de francs est au centre du procès qui s’ouvre ce lundi au Tribunal pénal fédéral.

Franz Beckenbauer, ancien footballeur et président du comité d'organisation de la Coupe du monde 2006, Sepp Blatter, président de la FIFA et Mohammed bin Hammam, président de la Confédération asiatique de football, lors d'un congrès à Doha en 2003.

Franz Beckenbauer, ancien footballeur et président du comité d'organisation de la Coupe du monde 2006, Sepp Blatter, président de la FIFA et Mohammed bin Hammam, président de la Confédération asiatique de football, lors d'un congrès à Doha en 2003. Image: AFP

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Le procès dit de la Coupe du monde 2006, qui s’est disputée en Allemagne, débute ce lundi, au Tribunal pénal fédéral de Bellinzone. C’est le premier cas majeur des procédures ouvertes en Suisse concernant la galaxie footballistique. Pour le Ministère public de la Confédération (MPC), c’est l’un des plus importants procès depuis des années. Voici, en huit questions, tout ce qu’il vous faut savoir.

De quoi s’agit-il?
À la base, il s’agit de versements louches effectués entre le «Kaiser» du football allemand, Franz Beckenbauer, et l’ex-puissant fonctionnaire qatari du football, Mohammed Bin Hammam, ancien vice-président de la FIFA. En 2002, Beckenbauer a versé une somme équivalent à dix millions de francs au Qatari. Beckenbauer avait emprunté l’argent au propriétaire d’Adidas, Robert Louis-Dreyfus, décédé entre-temps. Lorsque celui-ci a réclamé ses fonds, c’est la Fédération allemande de football (DFB, Deutsche Fussball-Bund) qui a mis la main au porte-monnaie. La DFB a remboursé les 10 millions en avril 2005 à Robert Louis-Dreyfus, en faisant transiter l’argent par le siège de la FIFA, à Zurich.

Quelles explications fournit-on pour justifier ces paiements?
Plusieurs théories existent. La version la plus anodine fait état d’une contrepartie pour certains droits TV. Les procureurs prétendent pour leur part que Beckenbauer voulait faire une faveur financière à Bin Hammam. En contrepartie — selon cette version — la FIFA aurait assuré au comité d’organisation du Mondial 2006 en Allemagne une avance de 250 millions de francs. Il faut savoir qu’outre sa fonction de vice-président de la FIFA, le Qatari occupait le poste de président de la commission financière de la FIFA.

Une théorie plus embarrassante voudrait que les 10 millions versés à Bin Hammam aient été destinés à assurer la réélection du président de la FIFA, Sepp Blatter, ou que c’était un pot-de-vin donné ultérieurement relatif au choix de l’Allemagne comme pays organisateur du Mondial 2006.


Edito: Pour sauver la FIFA du naufrage


Qui est accusé par le Ministère public fédéral et pour quels faits?
Trois anciens fonctionnaires de la DFB sont cités au Tribunal, Horst Schmidt, Theo Zwanziger et Wolfgang Niersbach, ainsi qu’un ancien secrétaire général de la FIFA, Urs Linsi. Le Ministère public les accuse d’escroquerie en bande, voire de complicité d’escroquerie. En effet, ils ont usé d’affirmations fallacieuses pour rembourser le prêt de 10millions consenti par Robert Louis-Dreyfus trois ans auparavant à Beckenbauer. Tout en organisant un détour par la FIFA pour brouiller les pistes. Les premiers paiements effectués en 2002 par Beckenbauer à Bin Hammam ne figurent pas à l’acte d’accusation. Car ces faits sont prescrits.

Pourquoi les deux principaux protagonistes, Beckenbauer et Bin Hammam, ne sont pas devant les juges?
Le Ministère public enquête en principe aussi contre Franz Beckenbauer. Mais comme celui-ci a fait valoir très vite son mauvais état de santé, les enquêteurs ont dissocié sa cause de la procédure principale. Beckenbauer, âgé de 74 ans, n’a certainement plus rien à craindre car son cas sera prescrit d’ici à la fin du mois d’avril 2020. Le Ministère public fédéral n’a jamais ouvert d’enquête contre Bin Hammam, le bénéficiaire avéré de ces versements.

Le procès aura-t-il vraiment lieu?
Le Tribunal a refusé de repousser le procès à cause du coronavirus. Les spectateurs n’auront toutefois pas accès à la salle d’audience à cause de cette épidémie. Les représentants des médias pourront suivre les débats retransmis dans une salle annexe par vidéo. Un contrôle est effectué à l’entrée: seuls ceux qui ont une température normale pourront pénétrer dans le bâtiment.

Les accusés sont-ils présents?
Il semble pour l’instant que les trois accusés allemands – Zwanziger, Schmidt et Niersbach – ne viendront pas à Bellinzone. Ils ont entre 69 et 78 ans et font valoir leur mauvaise santé. Seul Urs Linsi sera sans doute sur place.

Qui sera interrogé par les juges?
Jeudi et vendredi, le Tribunal prévoit de faire comparaître de célèbres responsables du football. Sepp Blatter et Franz Beckenbauer seront entendus comme personnes appelées à fournir des renseignements. Günter Netzer sera appelé à témoigner. Selon la procédure, les personnes appelées à fournir des renseignements peuvent devenir des accusés.

Pourquoi ce procès est-il si important?
Ce procès est l’une des procédures les plus prestigieuses des affaires de football qu’a ouvertes le MPC depuis 2015. Les limiers fédéraux ont été critiqués à cause de l’absence des deux acteurs les plus en vue, Beckenbauer et Bin Hammam, et de la prescription qui menace. À la suite des rencontres secrètes du procureur de la Confédération, Michael Lauber, avec le président de la FIFA, Gianni Infantino, les enquêtes sur les affaires footballistiques ont subi de graves turbulences. Une défaite de l’accusation dans cette affaire du Mondial 2006 en Allemagne serait un fiasco définitif pour les enquêtes touchant à la FIFA.

Créé: 08.03.2020, 16h43

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Un jeune et discret procureur vaudois mène l’accusation

Trois grands noms du football allemand et un ancien dirigeant suisse de la FIFA sont confrontés à un Vaudois qui a la moitié de leur âge. Cédric Remund, 38 ans, procureur de la Confédération, fera tout pour les faire condamner par le Tribunal pénal fédéral. Theo Zwanziger (74 ans), Wolfgang Niersbach (69 ans), Horst G. Schmidt (78ans) et Urs Linsi (69 ans) sont poursuivis pour avoir transféré, par des transactions douteuses, 10 millions de francs dans une affaire touchant au Mondial de foot de 2006.

Les vieux loups n’ont pas épargné le jeune procureur. Lors des interrogatoires, ils ont exigé qu’il soit récusé. L’ex-patron du football allemand, Theo Zwanziger, a même déposé une plainte contre lui. Toutes ces démarches ont échoué.

Sec et peu accessible, Cédric Remund a une aura d’intouchable. Dynamique, il n’a pas donné prise à ses adversaires, ne faisant jamais de commentaires après les interrogatoires.

Craignant le coronavirus et en petite santé, les trois Allemands ont fait savoir qu’ils ne seraient pas au procès à Bellinzone. Seul le Zurichois Urs Linsi, ex-secrétaire général de la FIFA, y participera. Jusqu’ici, Cédric Remund a épinglé à son palmarès l’expert-comptable Daniel Senn, réviseur chez KMPG, pour délit d’initié.

Cédric Remund est considéré dans son entourage comme un «bosseur qui trime du matin au soir». C’est un brillant juriste à l’esprit très vif. Ses détracteurs lui reprochent son côté introverti et intransigeant, le trouvant presque condescendant, voire figé dans une attitude stoïque durant les interrogatoires.

Ce Lausannois parle parfaitement l’allemand. Il est tombé très jeune dans la marmite de l’accusation.
À 26 ans, il travaillait pour le Ministère public fribourgeois, puis il a passé deux ans chez Ernst & Young comme conseiller fiscaliste, avant d’entrer au Ministère public de la Confédération en 2013.

Rapidement, il a enquêté sur la FIFA et sur l’affaire impliquant l’ancien président de l’UEFA, Michel Platini. Aujourd’hui, il se frotte à une autre légende du foot européen, Franz Beckenbauer. Celui-ci ne sera pas présent à Bellinzone, son cas ayant été dissocié pour raisons de santé.

Cédric Remund devra batailler sur deux plans. D’abord pour que le procès ne soit pas ajourné faute de combattants. Ensuite, il devra se battre contre la montre. Car le temps passe et le spectre de la prescription plane sur cette procédure. Pour un juriste peu aguerri aux grandes audiences comme Cédric Remund, cela risque de peser lourd, estiment certains observateurs. Pour d’autres, ce sera l’occasion pour lui de démontrer toute la gamme de ses compétences. C.B./Th.K.

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