La ministre va prêter serment à huis clos

Crise de la quarantaineÉlue avec brio au gouvernement jurassien, la socialiste Rosalie Beuret Siess prend ses fonctions ce mercredi, au cœur de la crise.

«Je n’ai pas pu dire au revoir à mes collègues, je ne l'imaginais pas comme ça.» Image: Autoportrait

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Ce devait être un mercredi unique dans l’histoire de la République et Canton du Jura, mais il n’aura pas la saveur des grands jours. Pour la première fois, une seconde femme rejoint le collège gouvernemental. Elle prête serment ce jour, à huis clos, à cause de l’épidémie. Rosalie Beuret Siess, socialiste de 41 ans, fait basculer l’Exécutif cantonal au centre gauche et se retrouve au cœur de la crise sanitaire qui terrifie le monde entier. Le 1er mars dernier, à l’issue de l’élection partielle au gouvernement jurassien, elle a surpris son petit coin de pays en détrônant le PDC et ses deux sièges indéboulonnables.

«La Rosa», comme on la surnomme dans son fief de Porrentruy, n’est pas une débutante. Cette mère de deux adolescentes, fille d’un fleuriste et d’une maîtresse d’école enfantine, baigne dans la politique depuis ses plus tendres années. Quelle a été la clé? Elle joue la carte de l’humilité: «Je suis arrivée au bon moment, au sortir des grèves pour le climat et des mobilisations pour l’égalité entre hommes et femmes. Mes valeurs et mes préoccupations prioritaires sont devenues celles de la population en général. Mon élection s’inscrit dans cette mouvance et celle de mon engagement pour ces questions-là. J’ai le bon profil et ma candidature a fédéré.»

Esseulée pour son serment

Qu’est-ce que ça fait de prêter serment sans public, sans famille? «Nous sommes tous emportés par une immense tornade. Mon assermentation à huis clos est la seule solution pour débuter. Évidemment, j’aurais préféré que cela se passe autrement.» À l’heure de l’interview, elle vient de terminer son mandat à l’Exécutif du chef-lieu ajoulot. «Je n’ai pas pu dire au revoir à mes collègues ni donner les clés symboliquement autour d’un verre de l’amitié. C’est un peu compliqué, je ne le rêvais pas comme ça. Mais face aux difficultés que connaît la population et à la gestion de la crise, cela reste de petits aménagements pratiques.»

Mariée et mère de deux filles de 11 et 13 ans, Rosalie Beuret Siess peut compter sur un mari avec qui partager les tâches quotidiennes. Qu’est-ce qui est le plus difficile? Elle lâche un rire qui vient du ventre: «La gestion des écrans, forcément. Avec mon mari, on essaie d’alterner nos moments de télétravail, mais nous avons surtout la chance d’avoir un jardin où nos filles peuvent se défouler et prendre l’air.» Mais pas question de badiner avec les devoirs. «Nous essayons de mettre en place des horaires de lecture. Mon conjoint supervise les mathématiques, je les coache en français. Nous tentons aussi d’autres choses.» Quoi donc? «Hier, elles ont dû nous présenter un petit exposé sur le thème de leur choix. Comme nous travaillons tous les deux, il est nécessaire que nos préados trouvent aussi une indépendance. Cela passe aussi par des ateliers de cuisine. Nous les associons. Je vous assure qu’il faut chercher des compromis pour cohabiter, mais il y a aussi des moments de partage.»

Comprennent-elles ce qui arrive? «Nous communiquons un maximum pour limiter l’appréhension. Rapidement, elles ont compris que ce n’était pas les vacances et qu’elles ne pourraient plus voir leurs copains-copines. Donc ce n’est pas la fête. Les réseaux sociaux leur permettent de garder un lien.»

Terminé l’insouciance

Quant à la nouvelle ministre, elle n’est pas confinée. «Comme de nombreux travailleurs, je continue à voir des gens, pour des séances de crise par exemple, mais en respectant les mesures de précaution. C’est une responsabilité de, peut-être, contaminer l’entourage, mais sans commune mesure avec les professionnels des soins ou de la vente qui sont en première ligne. On voit cette courbe qui monte, on observe les pays voisins (ndlr: le Jura est proche de la région de Mulhouse, important foyer de Covid-19 en France) où les hôpitaux sont saturés, la situation est très compliquée. Dans un premier temps, il y a eu de l’insouciance. Il faisait beau, la population s’est réunie dans les parcs, a organisé des matches improvisés de football, fait des grillades. Il faut le répéter: même si elles sont au centre de nos vies, nous devons renoncer, pour un temps, à nos libertés individuelles.»

Créé: 25.03.2020, 09h14

Crise de la quarantaine

La série «Crise de la quarantaine» remplacera le portrait en Der durant la pandémie. En cette période de confinement, nous contactons nos interlocuteurs par téléphone ou Skype pour les interroger sur leur vie en quarantaine ou au front. Pour l’illustration, ce sont eux qui s’improvisent photographes, en mode selfie, afin d’éviter au maximum les contacts physiques. Coup de fil.

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