La spectaculaire revanche du nouveau Monsieur Europe

Roberto BalzarettiEn nommant un Tessinois aguerri, le Conseil fédéral solde l’héritage de Didier Burkhalter. Mais les grands problèmes restent

Roberto Balzaretti (à g.), diplomate madré et chevronné, est le nouveau secrétaire d’État aux Affaires européennes. Il est Tessinois comme son chef, Ignazio Cassis.

Roberto Balzaretti (à g.), diplomate madré et chevronné, est le nouveau secrétaire d’État aux Affaires européennes. Il est Tessinois comme son chef, Ignazio Cassis. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C'est dans les vieilles casseroles qu’on réchauffe les meilleures soupes. Voilà ce qu’a dû se dire le Conseil fédéral. Pour sortir de la mélasse européenne, il a fait appel à un diplomate madré et chevronné: Roberto Balzaretti. L’homme est connu comme le loup blanc au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). L’ancienne ministre Micheline Calmy-Rey l’avait pris comme secrétaire général avant de l’envoyer diriger la mission suisse à Bruxelles.

Tessinois comme son chef politique Ignazio Cassis, Roberto Balzaretti portera le titre de secrétaire d’État aux Affaires européennes. Il cumulera deux fonctions pour l’instant distinctes: celle de super-négociateur avec l’UE, qui était occupée jusque-là par Henri Gétaz, et celle de coordinateur du dossier dans toute l’Administration fédérale, qui était géré par la secrétaire d’État Pascale Baeriswyl.

«Un seul chef avec une mission claire, voilà le «reset» organisationnel que nous avons décidé», clame mercredi soir à Berne Ignazio Cassis, fier comme Artaban de pouvoir mettre quelque chose de tangible sur son expression fétiche. Cette petite révolution de Palais ne manque effectivement pas de sel. Elle ne signifie rien de moins qu’un enterrement de première classe de l’héritage de Didier Burkhalter.

La revanche
La nomination de Balzaretti sonne en effet comme un désaveu et une revanche. Il y a un peu plus d’un an, Didier Burkhalter avait écarté le Tessinois pour le poste de secrétaire d’État. Il avait promu à la surprise générale Pascale Baeriswyl, bien moins capée. Et il avait surtout humilié les recalés en louant l’heureuse nominée: «Il n’y avait pas photo avec les autres candidats.» Mercredi, Balzaretti savourait sa revanche au côté… de Baeriswyl. Cette dernière conserve son poste de secrétaire d’État mais amputé de toutes les affaires européennes. Ce rétrogradage est-il dû à son étiquette socialiste alors que Cassis fait ces temps des risettes à l’UDC? Le nouveau chef du DFAE le dément formellement. Il relève que Baeriswyl «s’occupera du reste du monde et qu’il y a assez à faire».

Balzaretti aura donc la haute main sur un dossier européen qu’il maîtrise parfaitement. Il connaît les forces et les faiblesses de l’UE, ses grands principes et ses petites compromissions. Il connaît par cœur aussi la tactique européenne culpabilisante qui consiste à dire, comme l’a fait encore récemment le président français, Emmanuel Macron, que la Suisse essaie toujours de vouloir le beurre et l’argent du beurre. On se souvient de Balzaretti faisant lui aussi la leçon à l’UE en l’accusant d’ériger la libre circulation des personnes en dogme absolu et intangible.

Le nouveau Monsieur Europe de la Suisse va être confronté à un problème bien plus épineux. Du côté suisse cette fois. De quoi parle-t-on? De la division du Conseil fédéral sur sa stratégie européenne. On le sent depuis des années. Et cela apparaît au grand jour depuis que Bruxelles a décidé de punir la Suisse en la plaçant sur liste grise des paradis fiscaux ou en lui refusant une équivalence boursière non limitée. Il y a les durs qui, comme Ueli Maurer, veulent en découdre en déposant plainte contre l’UE et en mettant au congélateur l’accord institutionnel. Il y a ceux comme Schneider-Ammann qui jouent la montre en se calant sur le Brexit. Et enfin il y a ceux qui veulent avancer rapidement avec l’UE, mais pas à n’importe quel prix.

L’impasse
La séance du Conseil fédéral de mercredi devait permettre d’aplanir les choses et de dégager une stratégie claire. Elle a duré longtemps et ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’Ignazio Cassis est venu en présenter les (maigres) résultats. Il a reconnu de but en blanc que le gouvernement n’avait pas encore arrêté ses priorités sur les accords sectoriels à signer avec l’UE. «Or, si nous n’avons pas cette clarté, comment nos négociateurs pourront-ils faire leur travail?» Il a aussi reconnu que la question du règlement des différends sur l’accord institutionnel «se trouvait dans l’impasse».

L’Union européenne souhaite justement un accord institutionnel d’ici au printemps. Possible? Ignazio Cassis l’exclut d’emblée. Pour le gouvernement, il y a deux solutions: soit on arrive à un accord d’ici à la fin de l’année, soit tout sera reporté en 2020. «Un accord en 2019 est exclu car il y aura des élections en Suisse et dans l’Union européenne.» À ceux qui, comme l’UE, estiment que la Suisse joue la montre et ne veut pas vraiment signer un accord-cadre, Cassis répond. «Le Conseil fédéral reste convaincu qu’il faut un accord d’accès au marché car cela contribue à la prospérité suisse. Mais le gouvernement ne veut pas signer n’importe quel accord-cadre.»

La presse coupable
Dans cette partie de «je te tiens, tu me tiens par la barbichette», Cassis a identifié un autre facteur déstabilisant: les journalistes. En montant en épingle les divisions, ou prétendues telles, du gouvernement, les médias affaiblissent selon lui la position de négociation de la Suisse. «C’est peut-être un vœu pieux mais j’en appelle à votre responsabilité pour le bien de la Suisse», lance-t-il aux représentants des médias.

En attendant que cette union sacrée politico-médiatique se mette en place, Cassis a annoncé que le Conseil fédéral tiendra une séance spéciale sur l’Europe le 21 février prochain. Le gouvernement devrait y fixer ses grands caps de négociation, ses lignes rouges, voire ses mesures de rétorsion. On l’a peut-être déjà oublié mais Doris Leuthard, fin décembre 2017, avait chargé Ueli Maurer d’élaborer une riposte fiscale suite aux mesures discriminatoires de l’UE. Cela comprenait notamment la suppression du droit de timbre. (24 heures)

Créé: 31.01.2018, 22h56

Articles en relation

La Suisse se dote d'un nouveau «Monsieur Europe»

Libre circulation Le CF se donne 10 mois pour sortir de l'impasse avec Bruxelles. Il a désigné mercredi Roberto Balzaretti, ancien ambassadeur auprès de l'UE, pour mener les discussions. Plus...

Une femme deviendrait le bras droit de Burkhalter

Affaires étrangères A la place d’Yves Rossier, Didier Burkhalter aurait choisi une Alémanique plutôt que le favori tessinois Balzaretti. Plus...

Un nouveau chef pour la mission suisse à Bruxelles

Diplomatie Le nouveau chef de la mission suisse auprès de l’Union européenne (UE) s'appelle Roberto Balzaretti. Ce Tessinois de 47 ans s’est montré optimiste quant au développement des relations entre la Suisse et l’UE. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.