La transition énergétique de la Suisse fait les affaires de Pékin

PhotovoltaïqueÀ peine Berne fixait les détails de sa sortie du nucléaire, qu’un géant de l’énergie solaire annonçait sa délocalisation en Chine.

Benoît Genecand (PLR/GE)

Benoît Genecand (PLR/GE) Image: PHILIPPE MAEDER

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L’annonce pouvait-elle tomber à un pire moment? Jeudi, l’entreprise bernoise Meyer Burgener informait que ses panneaux photovoltaïques seraient désormais produits en Chine. Le jour même, l’Office fédéral de l’énergie dévoilait les règles qui accompagneront la production de renouvelables dès le 1er janvier. Parmi elles, un soutien en faveur du solaire.

Voilà qui fait tache. D’autant plus que durant toute la campagne sur la Stratégie énergétique 2050, les partisans ont répété qu’une sortie de l’atome permettrait de créer des places de travail dans les cleantechs. Les Suisses ont dit oui le 21 mai. Or, en ce 2 novembre; la réalité, c’est plutôt la disparition de 180 emplois. Un coup dur pour Thoune (BE), dont l’entreprise Meyer Burgener est un des principaux employeurs.

«Les panneaux solaires sont et seront produits en Chine. Pas d’emplois industriels en Suisse, malgré des centaines de millions de subventions.» Sur Facebook, Benoît Genecand (PLR/GE), un des opposants les plus acharnés à la Stratégie énergétique 2050, ne s’est pas gêné pour pointer du doigt cette contradiction. «Je ne suis pas sûr que ce timing soit dû au hasard, nous explique-t-il. Si ce projet de délocalisation avait été connu avant le scrutin, ça aurait pu avoir des conséquences sur le résultat.» Sur le fond, le Genevois n’est pas surpris. «La Chine cumule trois avantages. Un accès privilégié aux matériaux nécessaires à la construction de panneaux solaires, des ressources, dont elle dispose sur son territoire ou qu’elle peut se fournir auprès de partenaires en Afrique. Ainsi que de faibles coûts pour la main-d’œuvre et surtout l’énergie. La production de photovoltaïque est très gourmande.»

Les défenseurs du tournant énergétique ont-ils menti sur la question des places de travail? «Il y en aura dans les entreprises de toiture. On ne peut pas délocaliser l’installation de panneaux solaires. Pour le reste, la Suisse n’a que peu d’avenir dans la production de masse. On peut imaginer un encouragement dans les laboratoires de recherche. Mais cela créera surtout du savoir-faire et des patentes.»

Soutien infatigable de la stratégie énergétique, Adèle Thorens (Verts/VD) analyse les choses différemment. «La Suisse a été pionnière dans le photovoltaïque dans les années 90, avant de marquer le pas face à d’autres pays, notamment faute de soutien public. Ensuite, lorsque la rétribution à prix coûtant des énergies renouvelables a été instaurée, des milliers de projets sont restés en attente parce que les moyens prévus étaient insuffisants. C’est pour cela que les milieux du solaire réclamaient une mise en œuvre rapide de la stratégie énergétique.»

Elle rappelle aussi que la Suisse a toujours refusé de mettre en place une véritable politique industrielle dans quelque domaine que ce soit, dans les cleantechs ou ailleurs. «La Chine et d’autres pays ne s’en privent pas. C’est un atout supplémentaire pour eux, en plus des prix bas à la production.»

L’Écologiste ajoute toutefois que d’autres domaines de la transition énergétique créeront des emplois non délocalisables, comme l’assainissement énergétique ou l’isolation des bâtiments. «Il ne faut donc en aucun cas remettre en cause l’impact sur l’emploi de la Stratégie énergétique. D’autant plus qu’elle ne commencera à avoir de l’effet que dès 2018.» (24 heures)

Créé: 03.11.2017, 13h48

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