La visite du pape se prépare en secret à Genève

ProtocoleDans 64 jours, le pape François sera en visite à Genève. Discrètement, sa garde rapprochée a repéré les lieux cette semaine.

Les grandes lignes de la balade lémanique de François sont d’ores et déjà connues.

Les grandes lignes de la balade lémanique de François sont d’ores et déjà connues. Image: Keystone

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Ce n’est pas tous les jours que le Saint-Père se déplace au pays des gardes suisses. Ce genre de visite se prépare avec la garde rapprochée du patron des catholiques. Les forces de l’ordre genevoises ont donc connu un début de semaine papal.

Selon nos informations, le commandement de la Garde suisse pontificale et la gendarmerie vaticane ont minutieusement inspecté les lieux lundi et mardi. Les «hommes en noir du Vatican», guidés par les polices cantonale et fédérale, s’organisent en vue du 21 juin prochain pour sécuriser chaque mètre carré qui sera foulé par le souverain pontife.

Depuis trente-quatre ans

Au sens protocolaire, il ne s’agit pas d’une visite «officielle» puisqu’elle n’a pas lieu à Berne mais dans la Rome protestante, plus grande ville du diocèse de Lausanne, Fribourg et Genève. Le pape François va toutefois briser une absence pontificale de trente-quatre ans sur le sol helvétique. «La visite est millimétrée, confirme l’ambassadeur de Suisse auprès du Saint-Siège, Pierre-Yves Fux. La reconnaissance des lieux doit permettre de régler les aspects sécuritaires, l’organisation avec les médias et le volet liturgique.» Le programme n’a pas encore été rendu public. Nos sources lèvent un coin du voile qui recouvre les quatre grandes étapes de cette journée historique.


1.L’aéroport de Cointrin

L’avion pontifical atterrira le matin du 21 juin sur le tarmac de Cointrin. Dans ce lieu habitué des visites d’État (Genève compte plus d’accueils protocolaires que New York), le pape François sera accueilli par la délégation du Conseil fédéral, emmenée par le président Alain Berset. Le futur président du Conseil d’État genevois devrait aussi être de la partie. Un entretien officiel avec les autorités est prévu dans l’enceinte même de l’aéroport. «Au niveau sécuritaire, c’est un défi sans en être un, estime Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police genevoise. Par sa nature, l’aéroport est déjà ultrasécurisé. Nous avons l’habitude d’accueillir des chefs d’État.» Les chiffres l’attestent. En 2017, la capitale diplomatique de la Suisse en a reçu une centaine.


2. Le Conseil œcuménique

Pour son 24e déplacement en dehors de l’Italie en cinq ans de pontificat, le pape François devrait ensuite se rendre directement au Conseil œcuménique des Églises (COE), qui rassemble 350 communautés à Grand-Saconnex. Il y prononcera un discours très attendu sur l’œcuménisme, répondant à l’invitation du COE, qui célèbre ainsi son 70e anniversaire de la plus éclatante des manières. «Si le Saint-Père vient à Genève, même s’il y aura des rencontres avec les autorités suisses, c’est vraiment pour le COE, commente Nicolas Senèze, correspondant à Rome pour le journal français «La Croix». Ce qui l’intéresse, c’est de rencontrer les minorités. Si on observe de près ses derniers voyages en Europe, il a privilégié les périphéries comme l’Albanie, la Bosnie. Il s’est aussi rendu à Lesbos, en Grèce.»


3. Une escapade vaudoise pour midi

Après cette visite hautement symbolique, selon nos informations, le Saint-Père devrait se rendre dans le canton de Vaud pour le repas de midi. Un dîner dans un lieu tenu secret pour l’instant, mais qui, selon les observateurs du Vatican, devrait logiquement être placé sous le signe de l’œcuménisme, dans la continuité de la journée. Sur le plan de la sécurité, c’est sans doute le déplacement le plus délicat pour les agents helvétiques et les «hommes en noir» qui entoureront le souverain pontife. Car il pourrait s’agir de la plus grande distance.


4. Palexpo et la messe publique

Sauf surprise, le grand défi pour les forces de l’ordre helvétiques, c’est la messe géante et ouverte à tous qui se tiendra à Palexpo, à quelques centaines de mètres de la France, en fin d’après-midi. De quoi donner quelques cheveux gris aux garants de la sécurité du Saint-Père. Jean-Philippe Brandt avoue que le défi est gigantesque. «Cela fait plus d’une génération qu’un pape n’est pas venu à Genève. Nous n’aurons jamais eu autant de monde au même endroit. Nous attendons au moins 50'000 personnes.» Et ces fidèles viendront de Suisse, mais aussi de France et peut-être même du nord de l’Italie. «Si cette jauge est dépassée, nous devons trouver des solutions en amont, en termes sécuritaires, sanitaires, de mobilité et d’évacuation.»

Après la célébration, en début de soirée, François remontera dans son avion. Un conseiller fédéral, selon le protocole, devrait l’accompagner jusqu’à son embarquement. (24 heures)

Créé: 18.04.2018, 06h45

Sauf surprise, François n’ira pas sur la tombe de Borges

L’ex-cardinal de Buenos Aires n’ira finalement pas se recueillir sur la tombe de Jorge Luis Borges. L’illustre poète argentin repose au cimetière des Rois, non loin de la plaine de Plainpalais. L’ambassadeur de Suisse au Vatican, Pierre-Yves Fux, confirme: «C’est une idée qui a été mentionnée dans la phase préliminaire de préparation du voyage à Genève. Nous n’avons pas la preuve que le pape François a émis le souhait lui-même de se recueillir sur la tombe de son compatriote argentin, mais, très vite, l’idée a été abandonnée. J’ignore pourquoi cela a disparu du programme. Sûrement pour une question de logistique.» Selon une source, cette question logistique pourrait bien être la Coupe du monde de football, la plaine de Plainpalais étant située à quelques centaines de mètres du cimetière. C’est là que prendra place la fan zone avec ses centaines de supporters. Anecdote savoureuse car le pape aime le foot. L’ancien archevêque de Buenos Aires est un fervent fidèle du club de San Lorenzo de Almagro.

La police cantonale genevoise confirme que la visite de la tombe de Borges ne figure pas au programme. Et il est fort peu probable qu’un écart ait lieu. Même si le pape François est bien connu pour donner des sueurs froides à sa garde suisse. Il n’est pas rare qu’il fasse arrêter sa voiture si quelque chose ou quelqu’un l’interpelle. Journaliste au Vatican, Nicolas Senèze soutient que François est le pape des surprises: «Il est heureux quand il prend un bain de foule improvisé avec le petit peuple catholique. Il est beaucoup plus à l’aise avec les vraies gens que lors des parties protocolaires. Dans les moments officiels, il est moins à l’aise. Cela se voit et se sent qu’il subit les choses.»

Alors, surprise ou pas à Genève? «Le programme de la journée n’est pas figé, mais on ne peut pas, sur un simple caprice, le modifier, appuie Jean-Philippe Brandt. Cela dit, il y a eu des précédents. En 2016, par exemple, le secrétaire d’État américain John Kerry avait voulu acheter du chocolat dans les rues Basses ou encore faire un petit tour à vélo en France voisine.»

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