«Le Conseil fédéral peut revoir les tarifs médicaux»

SantéIsabelle Moret, vice-présidente du Parti libéral-radical, relativise l'abandon du moratoire sur l'ouverture de cabinets de médecins. La maîtrise des coûts passe en priorité par une révision profonde des tarifs.

Isabelle Moret estime que le moratoire n'est pas une bonne solution.

Isabelle Moret estime que le moratoire n'est pas une bonne solution. Image: Keystone

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«Le compromis destiné à pérenniser le moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets était une passoire! Il ne faut pas craindre son abandon, qui n’aura pas les effets catastrophiques annoncés par certains.» La conseillère nationale Isabelle Moret justifie le vote décisif des libéraux-radicaux au Conseil national le 18 décembre dernier. Contre le moratoire depuis 2002, «avec constance», le groupe PLR l’a cette fois emporté, du fait de son poids accru ajouté à celui de l’UDC après les élections.

La Vaudoise, vice-présidente du PLR, balaie les critiques accusant son parti d’avoir ruiné les efforts de maîtriser les coûts de la santé. Offensive, elle reproche au Conseil fédéral d’avoir snobé une motion du PLR qui propose une révision des tarifs médicaux tenant compte de la densité de l’offre médicale sur le territoire: «C’est par les tarifs que l’on stabilisera les coûts de la médecine ambulatoire.» A la demande du chef de l’Intérieur, le Conseil fédéral a recommandé en août 2015 le rejet pur et simple de la motion radicale. L’épisode laisse des traces. Entretien avec Isabelle Moret, membre de la Commission de la santé du Conseil national.

Au vote final, vous vous êtes abstenue. Comme experte de la santé, avouez que le Conseil national a commis une erreur en privant d’un frein les cantons les plus exposés à l’afflux de médecins européens…
Non, pas du tout. Je n’ai jamais cru à l’efficacité de ce moratoire, qui par ailleurs était problématique du point de vue de nos relations avec l’Europe. Les chiffres de l’évolution des coûts de la médecine ambulatoire sur vingt ans montrent que le moratoire, là où il était en vigueur, n’a pas eu l’effet escompté. Il était facile de le contourner. Des médecins européens sont engagés pour faire de la médecine ambulatoire au sein de l’hôpital qui facture. Il y a transfert de coûts sur ce secteur. Rendre définitif le droit de recourir à un instrument peu convaincant n’était pas attirant.

Votre vote blanc ne signifie donc pas que vous refusiez de suivre votre parti sur une pente irresponsable?
Réduire les coûts de la santé pour juguler l’explosion des primes est essentiel. Mais le moratoire n’est pas un moyen efficace. En m’abstenant, mon but est aussi de tendre la main au conseiller fédéral Alain Berset, en mettant en avant une troisième voie, celle d’une révision profonde des tarifs médicaux. Elle tiendrait compte de la densité médicale variable des spécialistes sur le territoire, une façon aussi de valoriser les médecins généralistes.

Nous y reviendrons. Mais ne sous-estimez-vous pas l’utilité du moratoire pour les cantons les plus attractifs, ceux qui ont de grands bassins de population urbaine?
Non! L’obligation envisagée pour les médecins étrangers de passer trois ans dans un hôpital suisse avant de pouvoir ouvrir un cabinet aurait un effet très marginal sur les coûts, avec en revanche des effets pervers sur le plan de la qualité insuffisamment discutés. D’autres mesures, plus pertinentes, sont à envisager avec sérieux.

Le groupe PLR n’a-t-il pas cédé aux pressions des assureurs-maladie?
Les assureurs pouvaient vivre avec un moratoire inefficace. Le problème avec ce lobby, c’est qu’il ne se bat pas assez pour les assurés. La révision des tarifs médicaux leur donne précisément une occasion de se montrer à la hauteur de cette mission, en étant les gardiens de la neutralité des coûts et en combattant les tarifs incitant à la surprescription.

En visant les tarifs, le PLR ajoute une grande difficulté à des négociations tarifaires déjà dans l’impasse. C’est aller droit dans le mur, non?
«Notre motion a été balayée par le Conseil fédéral sans que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) l’étudie sérieusement. C’est dommage. Les nouveaux rapports de force au parlement obligeront à tomber les œillères et à travailler de manière constructive avec les forces libérales. Nous avons la législature pour mener ce travail.»

Vous plaisantez? Cela fait quatre ans que la révision du TarMed n’aboutit pas, elle est à l’agonie tant elle divise médecins et assureurs. Le PLR veut-il le pourrissement sur lequel des assureurs comptent pour arracher le droit de ne pas rembourser tous les prestataires de soins?
Cette évolution a les faveurs de l’UDC, mais pas du PLR. Le travail en profondeur sur les tarifs constitue, en quelque sorte, une troisième voie, les deux autres étant l’étatisation rampante et la concurrence à tous crins. Le Conseil fédéral a le pouvoir d’arbitrer la révision des tarifs si les partenaires échouent à s’entendre. L’abandon du moratoire augmente la pression sur eux mais aussi sur le gouvernement.

Dans l’intérêt des assurés, n’est-il pas urgent de fixer un délai au Conseil fédéral pour qu’il impose de nouveaux tarifs en cas d’échec des négociations tarifaires entre médecins et assureurs?
Il faut laisser une chance aux discussions ouvertes par les partenaires. Mais le Conseil fédéral ne devra pas se dérober. Alain Berset a le pouvoir d’agir et il s’y prépare. Une équipe renforcée de l’OFSP est dédiée à la révision du TarMed. (24 heures)

Créé: 05.01.2016, 06h44

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