Le Justin Bieber du PLR s’est forgé tout seul

PortraitÉtoile montante du parti, le Zurichois Andri Silberschmidt mène tambour battant le combat contre la loi sur les jeux d’argent.

Andri Silberschmidt est le président des jeunes PLR. Image: Keystone

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Avec son air de gendre idéal, Andri Silberschmidt est parfois décrit comme un cliché ambulant dans la presse alémanique. Le président des Jeunes libéraux-radicaux suisses assume avec humour. Difficile de nier qu’il incarne à la perfection le rôle du jeune Zurichois dynamique plein d’ambitions. Gérant de fonds, cofondateur d’une petite chaîne de restaurant de «sushi-burrito», il semble né dans un costume et ses cheveux blonds coiffés en arrière sculptés pour résister à toute bourrasque.

Andri Silberschmidt est une valeur montante du PLR. Avec «ses jeunes», il fêtait l’an dernier sa première victoire sur la scène nationale après avoir contribué à enterrer la grande réforme des retraites. Il a fait plier Alain Berset en introduisant dans le débat un argument qui a fait mouche: le projet se faisait sur le dos de la jeune génération. Il rêve désormais d’accrocher un deuxième conseiller fédéral socialiste à son tableau de chasse: Simonetta Sommaruga et sa loi sur les jeux d’argent. Les Jeunes libéraux-radicaux, UDC, Vert’libéraux et Verts ont fait aboutir le référendum contre ce texte visant à verrouiller l’accès en Suisse aux sites de casinos étrangers. Les citoyens votent le 10 juin.

Outre-Sarine, Andri Silberschmidt est omniprésent dans les médias pour dire tout le mal qu’il pense de cette «censure» étatique. «Nous avons une chance de l’emporter. Ce serait incroyable», lance-t-il, attablé dans l’arrière-salle de son restaurant. Le vote des assemblées des délégués PLR et PBD contre cette loi pourtant approuvée par leur parti au parlement lui donne des raisons d’espérer. «Un tel revirement est rare», dit-il du haut de ses 24 ans, dont sept passés à faire de la politique.

Cadence infernale

Il est 13 h et le Zurichois consacre comme souvent sa pause à son «hobby», la politique, en nous accordant un entretien interrompu à intervalles réguliers par des appels sur son téléphone portable. Le politicien est affable et souriant malgré un emploi du temps qui entamerait l’humeur de bien d’autres personnes.

Les journées d’Andri Silber­schmidt semblent contenir plus de 24 heures. Quatre fois par semaine, il se lève à 5 h 20 tapantes, fait un tour au fitness avant de se rendre à 7 h 40 à la Banque Cantonale de Zurich, qui l’emploie à 90%. Le soir, il assiste à des événements politiques. Sa fonction de président des Jeunes libéraux-radicaux lui prend 20 à 30 heures par semaine, estime-il. En parallèle, il suit un master en finance par correspondance. Ce qui lui reste de temps libre, il le passe avec sa copine, à regarder des matches de foot ou à faire le ménage dans sa colocation. Sa vision d’horreur? Rester avachi sur le canapé devant la télévision.

Sa charge de travail va encore augmenter. Élu en mars, le jeune politicien va intégrer prochainement le parlement de la Ville de Zurich. L’an prochain, il visera un siège sous la Coupole.

Ses aînés sont dithyrambiques à son sujet. «Les Jeunes libéraux-radicaux vont parfois un peu trop loin avec une tendance libertaire que je ne partage pas, par exemple lorsqu’ils ont soutenu «No Billag». Mais comme président, Andri Silberschmidt fait un travail excellent, qui sort de l’ordinaire. Il a un vrai talent politique», s’enthousiasme la conseillère nationale zurichoise Doris Fiala. Vice-président du PLR, Philippe Nantermod est tout aussi élogieux. «C’est un type très malin qui a un sens de la communication hors du commun. Je l’admire.»

Ses adversaires ont remarqué le souci qu’apporte le Zurichois à l’emballage. «Tout ce qu’il fait est planifié. Lors de la campagne sur la réforme des retraites, il s’est mis à porter un T-shirt pour paraître jeune et faire oublier le monde de la finance auquel il appartient», commente Luzian Franzini, coprésident des Jeunes Verts. Qui salue tout de même un adversaire cordial avec qui il est facile de se mettre à table.

Cheveux longs et joints

À entendre le petit prodige politique, il revient de loin. Adolescent, il portait les cheveux longs, des pantalons baggy, fumait des joints et ne trouvait aucun plaisir sur les bancs de l’école, où ses résultats étaient plutôt médiocres. «C’était une période très difficile. J’étais sur la corde raide.» Son cursus obligatoire terminé, l’adolescent décide malgré les réticences paternelles de faire un apprentissage bancaire. Il intègre à 15 ans la Banque Cantonale de Zurich. Installé derrière son guichet, il prend conscience de l’importance de son apparence pour inspirer confiance.

Sa révélation politique suit peu après. Andri Silberschmidt raconte ce jour où son employeur l’a choisi pour livrer un discours de 1er Août devant 3000 personnes. «J’ai dû réfléchir à comment je voyais la Suisse idéale. Ça m’a inspiré. Je n’ai parlé que deux minutes, mais ce moment m’a procuré un sentiment de joie intense.»

Issu d’une famille non politisée – son père est prof de sport et sa mère vendeuse –, le Zurichois décide de s’encarter au PLR, trouvant le PS trop à gauche et l’UDC trop conservatrice. Il a 17 ans. Deux ans plus tard, il devient président de Jeunes libéraux-radicaux du canton de Zurich.

En 2015, il fait campagne pour le Grand Conseil au volant d’une vieille voiture de collection et n’échappe pas à la comparaison avec James Dean. Lorsqu’il est élu à la présidence de son parti en 2016, un quotidien voit plutôt en lui le «Justin Bieber» des libéraux-radicaux. Andri Silber­schmidt dit trouver ces comparaisons amusantes. «On est comme on est.»

Une part de vulnérabilité

Son avenir proche, le jeune homme l’espère donc au Conseil national. Et dans vingt ans? La question suscite un rare moment de doute. «Je ne sais pas.» Derrière l’image de perfection et de réussite insolente, Andri Silber­schmidt avoue une part de «vulnérabilité»: «La pression est énorme, ce n’est pas facile de toujours devoir se surpasser et répondre aux attentes. Parfois je me dis que j’aimerais bien mener une vie moins sérieuse. Mais pour l’instant, ça va.» Il sourit et repart travailler. (24 heures)

Créé: 11.05.2018, 10h09

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