Le Valais est-il un boulet pour Viola Amherd?

Succession LeuthardLa PDC alémanique est une des favorites à la course au Conseil fédéral. Mais son origine cantonale pourrait gripper la machine.

Viola Amherd (à dr.) fait partie des papables pour succéder à Doris Leuthard (à g.).

Viola Amherd (à dr.) fait partie des papables pour succéder à Doris Leuthard (à g.). Image: Keystone

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Il y a l’équilibre des genres, mais aussi celui des régions. La double succession qui s’ouvre au Conseil fédéral est l’occasion de mieux représenter la diversité du pays. Une configuration qui pourrait s’avérer plus délicate que prévu pour Viola Amherd, la conseillère nationale PDC du Haut-Valais qui est souvent citée comme favorite pour remplacer Doris Leuthard.

«Son problème, c’est qu’il y a déjà deux Romands au Conseil fédéral. Elle a beau être Alémanique, le Valais, c’est un seul et même canton et il est majoritairement francophone.» Cette phrase ne vient pas d’un ennemi germanophone de Viola Amherd, mais bien d’un de ses potentiels soutiens romands.

Bien que la présidence du PDC n’ait pas cantonné l’appel aux candidatures à une région particulière, il se dégage une écrasante majorité sous la Coupole pour dire que les deux sièges vacants doivent revenir à des Alémaniques. Tout autre candidat ferait pencher la majorité du côté des Latins. Impensable dans une Suisse très largement peuplée de germanophones. Une élue d’un canton bilingue a-t-elle dès lors moins de chance? Le président d’Helvetia Latina, Jacques André Maire (PS/NE), coupe court: «Viola Amherd est une Alémanique. Elle en a l’origine, la culture et la mentalité. Si on revient sur cet argument, c’est uniquement pour lui chercher des défauts.» Pour lui, la question a déjà été tranchée par l’affaire Schwaller.

«Sans l’ombre d’un doute»

Le cas d’Urs Schwaller (PDC/FR) revient régulièrement dans la bouche des parlementaires. Souvenez-vous: en 2009, le PDC tente de récupérer un deuxième siège au Conseil fédéral, en le piquant au PLR. Pour remplacer Pascal Couchepin, le parti lance Urs Schwaller. Bien que ce dernier soit Alémanique, les instances démocrates-chrétiennes avancent l’argument qu’il peut être considéré comme Romand, vu qu’il vient de Fribourg, canton majoritairement francophone. La mayonnaise ne prend pas. L’assemblée élit Didier Burkhalter, un vrai Neuchâtelois. Si les origines de Viola Amherd sont évoquées côté romand, elles ne souffrent aucune discussion auprès des élus que nous avons joints outre-Sarine. «Je ne savais même pas qu’elle parlait français», confesse Luzi Stamm (UDC/AG). Konrad Graber (PDC/LU) affirme que, si elle est candidate, elle sera acceptée comme Alémanique «sans l’ombre d’un doute».

D’ailleurs, l’unique conseiller fédéral haut-valaisan – le PDC Josef Escher – avait été élu en 1950, alors qu’il y avait déjà un Vaudois et un Neuchâtelois au gouvernement. Le débat est-il vain? Pas forcément.

La «Weltwoche», dans sa dernière édition, soulevait cette question d’une mainmise romande sur le Conseil fédéral, en écrivant ceci: «Le Valais, malgré sa minorité alémanique, compte pour un Romand.» Il faut dire que l’image de ce canton est multiple. Bilingue, il est plutôt considéré comme Romand au niveau institutionnel, puisqu’il est membre de toutes les conférences latines des gouvernements cantonaux. Côté alémanique, la minorité du Haut-Valais est très présente dans les esprits, boostée par la renommée de ses stations de ski, et de son accent exotique. Le Haut-Valais, c’est presque un État dans l’État. La preuve? Si elle veut se lancer dans la course, Viola Amherd devra d’abord être adoubée par les «Noirs», une des trois sections qui forme le PDC valaisan et qu’on ne trouve que dans sa région. Ce n’est que dans un deuxième temps que les deux autres familles «chrétiennes» pourront confirmer leur soutien.

«Une Suisse miniature»

Y aura-t-il alors une stratégie commune de tous les partis valaisans pour soutenir une candidature du canton? «Comme le siège est assuré au PDC, on peut l’imaginer», répond Serge Métrailler, président du PDC du Valais romand. Et c’est bien ce coup de pouce qui pourrait faire surgir le handicap, vu que la députation valaisanne et le Conseil d’État sont avant tout francophones. «Si on veut chercher des noises, on en trouve toujours, s’agace Serge Métrailler. Pour ma part, elle serait surtout une excellente représente d’un canton périphérique et bilingue, qui est – comme les Grisons – une sorte de Suisse en miniature.»

Viola Amherd la Haut-Valaisanne semble en tout cas avoir le soutien de la population du canton. À la Foire du Valais à Martigny, là où le cœur du Valais romand battait la semaine dernière, tout le monde parlait d’elle. «Mais avec une certaine prudence», glisse Serge Métrailler. Elle n’est pas encore officiellement candidate. (24 heures)

Créé: 07.10.2018, 18h53

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Trois Valaisans ont siégé jusqu’ici au Conseil fédéral:

– Josef Escher (PDC, 1950-1954)
– Roger Bonvin (PDC, 1962-1973)
– Pascal Couchepin (PLR, 1998-2009)

Une région à part entière

Pour décrire les Suisses allemands qui ne viennent pas de leur région, les Haut-Valaisans ont un terme précis: «Üsserschwiizer», ce qu’on pourrait traduire comme «Suisses de l’extérieur». Preuve, s’il en fallait, que le Haut-Valaisan n’est pas un Alémanique comme les autres. Outre-Sarine, c’est surtout le dialecte du Haut-Valais, le «Walliserdeutsch», qui suscite rires et étonnement.

Il ne ressemble à aucun autre et contient des mots incompréhensibles pour le reste de la Suisse alémanique. On évalue à environ 80 000 les locuteurs de «Walliserdeutsch».

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