Le bio coûte 13% de plus dans les grandes surfaces

ConsommationNotre enquête montre que, pour un même panier, les fruits et les légumes suisses et bios sont moins chers lorsqu’on se fournit sur les étals des maraîchers.

Image: LMD

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Entre l’aubergine du marché et celle des grandes surfaces, laquelle est la moins chère? À en croire Pierre-André Tombez, président de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire qui ne mâchait pas ses mots dans nos pages le 24 septembre dernier, il ne subsiste aucun doute. À la suite de l’échec de l’initiative populaire défendue par Uniterre, ses adversaires politiques ont, selon lui, menti sur les prix. Et à l’entendre, «au marché à Lausanne, les prix sont 18% moins élevés qu’en grandes surfaces». Ces informations, surprenantes, qu’il reprend d’une étude réalisée par Enea Rezzonico, coordinateur de la coopérative lausannoise Le Panier à 2 Roues (lire encadré), ont titillé notre curiosité.

Est-ce réellement plus avantageux pour le consommateur d’aller faire ses emplettes au marché? Et si oui, à quel point?

Circuit court moins onéreux

Pour en avoir le cœur net, nous avons donc, nous aussi, mené notre enquête. Sur la base du calendrier saisonnier Bio Suisse, nous sommes allés, un mercredi matin, relever les prix au kilo de treize fruits et légumes suisses issus de l’agriculture biologique au marché de Lausanne (trois stands différents) et dans deux grandes surfaces (Coop et Migros). Résultat: excepté les tomates (vendues au même tarif partout), seuls le chou chinois, le chou-fleur et le brocoli sont plus chers au marché.

Plus particulièrement, en achetant ses fruits et légumes directement auprès des producteurs, il faut débourser au total 83 fr. 30, alors que dans les grandes surfaces (en faisant la moyenne des prix affichés à la Migros et à la Coop), le tout revient à 94 fr. 25, soit 13% de plus.

Une différence de taille donc, et quelque peu étonnante, quand on sait que Migros et Coop sont les deux grands leaders du bio en Suisse et qu’ils réalisent chaque année plusieurs centaines de millions de francs de chiffre d’affaires avec ces produits.


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Comment dès lors justifier des prix plus élevés? Tristan Cerf, porte-parole de Migros, avance qu’il n’est pas possible pour eux de prendre position dans la mesure où tout dépend de la qualité des produits (notamment leur calibre, leur forme et leur aspect). Et qu’il faut «garder à l’esprit que certaines charges qui incombent à Migros (location, salaire, contrôles de qualité, relation de confiance à long terme avec les producteurs de la région) ne concernent a priori pas les marchés».

Il est vrai que la vente directe permet d’une certaine manière de réduire les coûts. Comme l’explique Luc Thomas, directeur de Prométerre, l’association vaudoise de promotion des métiers de la terre: «C’est la preuve, contrairement aux idées reçues, que le circuit court n’est pas plus onéreux. Au contraire. Puisqu’il y a moins d’intermédiaires, le consommateur ne paie pas plus cher et le producteur touche, lui, un meilleur prix. C’est du gagnant-gagnant.»

Plus cher que conseillé

Si faire ses emplettes au marché s’avère ici plus avantageux, il faut néanmoins s’attendre à des variations de prix selon les produits et les saisons. Car rien n’est gravé dans le marbre. Deux fois par année, Bio Suisse établit une liste de prix conseillés pour la vente directe.

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Données à titre purement indicatif, ces informations ne doivent pas être prises pour argent comptant. Pour preuve: le prix d’une dizaine des fruits et légumes retenus dans notre comparatif n’entre pas dans cette fourchette. Et par moments, l’écart est même flagrant. Par exemple, pour ce qui est du brocoli, Bio Suisse conseille un prix entre 6 fr. et 8 fr. le kilo alors qu’à la Coop il est vendu 8 fr. 95, 9 fr. 95 à la Migros et même 10 fr. au marché. Idem pour le chou chinois (prix indicatif: 5 fr. à 7 fr.) ou encore pour le chou-fleur (7 fr. à 8 fr.). À ce propos, Ania Biasio, responsable du service médias à Bio Suisse, dit clairement que leur fédération n’a aucune influence sur le prix final d’un produit ou sur la politique des marges des grands distributeurs. Et, selon elle, «les prix varient selon les quantités disponibles, la situation du marché local et la qualité du produit. In fine, ils sont fixés par le marché, donc par les vendeurs.» (24 heures)

Créé: 10.10.2018, 06h53

Autre étude, résultats quasi identiques

De mai 2016 à décembre 2017, Enea Rezzonico, coordinateur de la coopérative lausannoise Le Panier Bio à 2 Roues, a mené une enquête du même genre. Son but était de comparer les prix des fruits et légumes bios d’origine suisse proposés par sa coopérative avec ceux vendus chez divers commerçants lausannois.

Selon les résultats de son enquête qui se base sur plusieurs dizaines de produits, les consommateurs paient grosso modo 20% de plus chez les grands distributeurs. Et s’ils se rendent au marché à Lausanne (moyenne de plusieurs stands), ils déboursent moitié moins: l’écart se réduit à 10%. «On peut donc en déduire, précise Enea Rezzonico, que les légumes et les fruits vendus au marché sont en moyenne 10% moins chers que dans les grandes surfaces. Ce qui semble aller à l’encontre de la croyance générale.»

Quant aux «18%» repris par Pierre-André Tombez, il y a eu confusion. En réalité, ce résultat correspond à la différence des prix entre ceux appliqués par Le Panier Bio à 2 Roues et ceux indiqués pour la vente directe par l’association romande Marché Paysan!

Confronté à cette nouvelle donne, le président de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire reste immuable dans ses convictions: «Je suis convaincu qu’on est même largement au-dessus de 10%, voire de 13%. C’est juste une preuve de plus que c’est toujours plus cher dans les grandes surfaces. Je le répète: la vente directe permettrait de baisser les prix.»

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