Le burn-out des enfants inquiète les psychiatres

SuisseLa pression psychique croît sans cesse sur les enfants. La course à la performance n'épargne ni l'école, ni les activités de loisir. Des psychiatres tirent la sonnette d'alarme.

Dépression, burn-out: ces maux n'épargnent plus les enfants.

Dépression, burn-out: ces maux n'épargnent plus les enfants. Image: Keystone

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École, sport, cours de musique après les cours. La pression augmente sur les enfants afin qu'ils soient toujours plus performants. Avec à la clé pour certains d’entre-eux, des troubles du sommeil, des crises d'angoisse ou encore des maux de ventre ou de tête persistants, à tel point que certains parlent de burn-out, explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 14 novembre.

Le diagnostic a été posé voici deux ans déjà par le psychiatre allemand Michael Schulte dans son livre «Le burn-out des kids ou comment le principe de performance surmène nos enfants.». Mais il fait débat parmi les professionnels de la branche.

Un ensemble de diagnostics

Pro Juventute l'a constaté avec son numéro d'urgence 147, relevant qu'en 2016, les soucis personnels étaient en nette augmentation, avec une explosion de la part des demandes concernant des problèmes graves. Au service d'urgence de la psychiatrie enfantine à l'Hôpital universitaire de Zurich, les traitements ambulatoires ont décuplé, passant de 50 à 500 par an en une décennie. A Berne, ces cas représentent 260 interventions chaque année.

En Allemagne, les spécialistes estiment que 3% des enfants souffrent de burn-out. La Suisse n'a pas de statistiques à ce sujet. Gregor Berger, psychiatre pour enfant aux urgences à Zurich met en avant un ensemble de diagnostics dont la dépression n'est qu'une variante. «Le burn-out peut aussi être le résultat d'un trouble anxieux ou d'un trouble de la personnalité qui empêche l'enfant de communiquer avec d'autres personnes, ce qui entraîne un épuisement professionnel.»

Retirer l'enfant

Quant aux facteurs qui ont causé cet état, ils sont multiples. Gregor Berger cite pêle-mêle la situation familiale, le mobbing, les exigences de l'école ou encore les attentes élevées des parents. «Lorsqu'on retire les patients de cet environnement, les symptômes tendent à disparaître.» S'ils persistent, on parle alors de dépression clinique qui nécessite un traitement.

Et cette catégorie augmente parmi les enfants. Entre 2 et 4% souffrent de phase dépressive avant la puberté. «On peut en conclure que dans trois ou quatre classes d'école primaire se trouve un enfant en souffrance.» Après la puberté, ce taux bondit à près de 10% des adolescents. Près d'un tiers de ces cas relèvent de la dépression clinique.

Burn-out ou dépression clinique ?

Ces dossiers restent difficiles à détecter puisque ce sont d'abord les cadres scolaires, les services sociaux ou les pédiatres qui y sont confrontés les premiers. Il est tout aussi délicat d'établir un diagnostic puisque chaque enfant réagira différemment. Certains ne veulent plus jouer avec leurs amis et se réfugient dans les médias électroniques, d'autres se plaignent de maux de ventre ou de tête alors qu'une troisième catégorie affiche une agressivité exacerbée.

La difficulté du psychologue consiste alors à faire la différence entre les burn-out et la dépression clinique. Pour David Suter, médiateur et conseiller aux services sociaux, l'explosion des cas s'explique par l'évolution de la société. «Nous voulons les meilleures écoles et la meilleure formation pour nos enfants pour qu'ils connaissent le succès. Concurrence et compétition sont devenues centrales et les enfants en font les frais.»

Ne pas trop attendre

Les activités extra-scolaires ne sont pas épargnées, ajoute Klaus Schmeck, professeur en psychiatrie enfantine à la clinique universitaire de Bâle. Les enfants qui ne sont pas assez performants dans leur club de sport doivent laisser la place à d'autres. «Ce qui était auparavant le privilège de l'enfant, à savoir que ce n'était qu'un jeu, devient toujours plus sérieux avec une exigence de performance. Ce qui se répercute sur la psyché.»

David Suter regrette cette tendance «alors qu'il suffit de très peu pour déclencher un courant positif. Le travail des services scolaires joue à ce moment un très grand rôle.» L'inquiétude vient plutôt des enfants qui n'obtiennent aucune aide et des parents qui ne savent comment réagir. «Il est déjà arrivé qu'un enfant n'aille plus à l'école durant deux ans avant que les parents ne s'adressent à un psychiatre. C'est alors beaucoup plus difficile de redresser la barre», raconte Gregor Berger. (nxp)

Créé: 14.11.2017, 09h14

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