Le coronavirus frappe aussi les salles d’accouchement

ContaminationDes femmes enceintes sont touchées. Elles accouchent dans des conditions sécurisées pour protéger l’enfant.

En Suisse, plusieurs femmes enceintes ont déjà été déclarées positives depuis le début de cette crise sanitaire.

En Suisse, plusieurs femmes enceintes ont déjà été déclarées positives depuis le début de cette crise sanitaire. Image: DR

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Le Covid-19 n’épargne personne. Il a aussi fait son apparition dans les salles d’accouchement. Marie Rochat* attend son second enfant. Lundi dernier, la trentenaire se rend à la maternité des HUG, à Genève. Sur place, la banquière de profession tousse plusieurs fois, ce qui alerte le personnel médical. Elle invoque un refroidissement. Les infirmières en doutent et ordonnent un test. Ils la renvoient chez elle, en quarantaine, dans l’attente du résultat.

En Suisse, plusieurs femmes enceintes ont déjà été déclarées positives depuis le début de cette crise sanitaire. Le CHUV, à Lausanne, en annonce, tout comme l’Hôpital du Valais, à Sion. Outre-Sarine, l’Hôpital de l’Île, à Berne, les établissements universitaires de Zurich et de Bâle confirment eux aussi devoir affronter ces situations à risque.

Les autorités sanitaires expliquent que leur première tâche est de rassurer les mères qui s’inquiètent. Cette sérénité s’appuie sur les premières expériences, rassurantes, vécues par les femmes chinoises à Wuhan, où l’épidémie a commencé. Des tests qui ont été effectués sur une cinquantaine de mères infectées montrent que le virus ne se transmet pas au fœtus. Il n’a pas été détecté dans le placenta ni dans le lait maternel. Aucun décès n’a été constaté.

Rassurer les patientes

Ces résultats sont rassurants, mais ils doivent être complétés par d’autres essais cliniques. Stéphanie von Orelli, médecin cheffe à la maternité de l’Hôpital Triemli, à Zurich, ne s’inquiète pas trop. Normalement, les femmes enceintes sont beaucoup plus fragiles et donc plus sensibles aux virus et à leurs conséquences, comme celui de la grippe. «Étonnamment, ce n’est pas le cas avec le Covid-19, pour autant qu’on puisse le dire jusqu’à présent», précise la spécialiste.

Tout est fait pour rassurer les patientes infectées. «Nous sommes équipés avec des moyens de protection. Nous sommes prêts à les accueillir», déclare Stéphanie von Orelli. Le système a déjà été testé avec succès. Récemment, à Zurich, une femme est arrivée en salle d’accouchement avec tous les symptômes du virus. Elle n’a pas pu attendre le résultat du test et a donc mis au monde son enfant dans ces conditions particulières de sécurité. Au final, son test s’est révélé négatif.

«Une séparation physique générale de la mère et de son bébé après l’accouchement n’est pour le moment pas recommandée»

Société suisse de gynécologie et d’obstétrique

Le personnel de la maternité doit faire face au virus. Il doit travailler en portant des combinaisons de protection qui couvrent tout le corps, des gants et un masque. Dans le lot, les sages-femmes prennent le plus de risques. Ce sont elles qui sont en contact direct et rapproché avec la patiente et son enfant. Tout est fait pour que cette situation exceptionnelle mais nécessaire ne déshumanise pas trop cet instant magique et inoubliable qu’est l’accouchement.

Toujours dans un but de protection, beaucoup de maternités suisses interdisent désormais les visites par principe. Seuls les pères bénéficient d’une exception, plus ou moins souple selon les établissements. Les hôpitaux de Thurgovie et d’Argovie autorisent les géniteurs à être présents dans la salle d’accouchement. Mais pas une minute de plus. Au CHUV, à Lausanne, ces derniers ne peuvent rester que deux heures après la naissance, puis doivent rentrer à la maison.

L’Hôpital Triemli, à Zurich, n’octroie aucun droit de visite après la naissance. Tout comme dans l’établissement de soins de Bülach (ZH). Son porte-parole, Thomas Langholz, reconnaît la dureté de cette mesure. «Les parents la comprennent. Ils savent qu’elle est prise pour lutter contre le virus et nous protéger.»

Que faire en cas de test positif de la mère? Faut-il la séparer de son nouveau-né? La Chine a tranché. Elle impose cette séparation durant une période de quatorze jours. La Société suisse de gynécologie et d’obstétrique (SGGO), elle, se positionne contre. Tout doit être fait pour lutter contre la diffusion du virus, mais «une séparation physique générale de la mère et de son bébé après l’accouchement n’est pour le moment pas recommandée», indique-t-elle sur son site internet.

Deux mètres au minimum

Cette position helvétique est conforme à celle de l’Organisation mondiale de la santé. Daniel Surbek, membre du conseil d’administration de la SGGO et chef obstétricien à l’Hôpital de l’Île, à Berne, détaille: «Nous recommandons actuellement une distance de 2mètres au minimum entre la mère et l’enfant si la mère a une infection covidienne, sauf durant l’allaitement.»

Mais alors que faire? Comment allaiter en maintenant une distance de 2mètres? Les spécialistes répondent qu’il faut en parler avec les parents. Chaque situation est différente. Dans tous les cas, les mères qui veulent garder le contact doivent porter un masque de protection et savoir qu’il y a un risque d’infection. L’indice de précaution absolue est une séparation de deux semaines, soit la durée de vie du virus. «Chez nous, le bébé va alors en néonatalogie. Sa mère peut le voir grâce à un système de vidéo», conclut Stéphanie von Orelli.

À Genève, Marie Rochat est soulagée. Elle vient d’apprendre que son test s’est révélé négatif. Elle pourra donc accoucher la semaine prochaine dans des conditions normales.

* Prénom d’emprunt

Créé: 20.03.2020, 06h49

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