Le détenu le plus coûteux de Suisse défie encore la justice

Violences«Carlos» ne s’est pas présenté à son procès mercredi à Zurich. Le procureur requiert l’internement ordinaire.

L’état psychiatrique de Brian, alias «Carlos», se serait détérioré en cellule d’isolement.

L’état psychiatrique de Brian, alias «Carlos», se serait détérioré en cellule d’isolement. Image: SRF

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Énième coup de théâtre dans un feuilleton tragique: «Carlos», l’un des délinquants les plus connus de Suisse, n’est pas venu à son procès. Mercredi matin, le multirécidiviste ainsi surnommé par les médias a fait faux bond au Tribunal de district de Dielsdorf (ZH). Considéré comme le délinquant le plus cher de Suisse en raison du coût de ses mesures de réinsertion (lire l’encadré), il est prévenu d’une liste de délits longue comme le bras – 29 en tout – commis entre janvier 2017 et octobre 2018, alors qu’il purgeait une peine de prison pour avoir cassé la mâchoire d’une connaissance.

Menaces de mort à la pelle, crises de rage, pluie d’insultes et de coups de poing: celui qui souhaite qu’on l’appelle désormais par son vrai prénom, Brian, aurait fait vivre un calvaire aux employés pénitentiaires et à des codétenus. Il est prévenu de tentatives de lésions corporelles graves, de violences et menaces contre des fonctionnaires, de dommages à la propriété et d’injures, notamment.

Mercredi matin, Brian n’était donc pas là pour s’expliquer. Son état psychologique se serait aggravé après des semaines passées en isolement, a argumenté son avocat, Thomas Häusermann, dans une demande de dispense. Accompagné d’un groupe d’intervention policier, le président, Marc Gmünder, s’est rendu le matin même dans la cellule de Brian pour tenter de le convaincre et lui faire prendre conscience de l’importance de cette journée. Occupé à écouter de la musique à plein tube, Brian les a accueillis les poings levés, prêt à en découdre, a raconté le magistrat. Trente minutes de discussion n’ont pas suffi à lui faire changer d’avis.

Trouble de la personnalité

À 24 ans seulement, Brian pourrait être condamné à passer de longues années derrière les barreaux. Le procureur requiert une peine de prison de 7 ans et demi et d'un internement ordinaire. C’est la mesure la plus sévère du Code pénal après l’internement à vie.

Réalisé sans avoir pu échanger avec un prévenu récalcitrant, un rapport psychiatrique lui diagnostique un trouble de la personnalité. Appelé à témoigner, l’auteur de l’expertise a aussi décelé chez Brian des signes d’hyperactivité. Il juge le risque de récidive très élevé et voit très peu de chances de succès d’une mesure thérapeutique. «Il est très compliqué de lui trouver une thérapie adaptée.»

Pourquoi ne parvient-il pas à retenir coups et menaces en prison, interroge le président? Selon l’expert, celui-ci joue un rôle à l’image qu’il a de lui-même, celle du boss. Dans une lettre adressée par le prévenu au procureur, et récitée par le juge, il se définit comme «Brian le guerrier» ou le «meilleur combattant de la planète». Tout en couvrant le destinataire d’insultes outrancières et lui souhaitant la mort.

Agression d’un gardien

Le cœur de l’acte d’accusation repose sur l’agression d’un gardien de prison. Trois mois à peine avant d’être relâché, le passionné de sports de combat aurait assené deux coups de poing au visage de l’employé de la prison de Pöschwies (ZH) après qu’on lui a annoncé un transfert dans un autre secteur. Six personnes ont été nécessaires pour mettre fin aux hostilités.

Souffrant de contusions, le gardien a reçu un soutien psychologique et a été mis en arrêt de travail pour plusieurs mois. Ce n’est que par chance qu’il n’a pas subi de lésions mortelles, selon le procureur, Ulrich Krättli. «Il ne s’agit pas ici de se demander ce qui se serait passé si Brian avait reçu un autre traitement plus tôt ou une thérapie. Il s’agit ici de ce qu’il a fait en prison. Il n’est pas une victime, mais très clairement un coupable.» Aux yeux du Ministère public, «il n’y a pas de meilleure solution que de le garder derrière les barreaux. En liberté, il mettrait la sécurité des autres en danger.»

«Ce cas est un exemple tragique de ce à quoi conduit la répression maximale»

La défense blâme de son côté un «système» judiciaire défaillant. Selon Thomas Häusermann, son client représente un «exemple tragique de ce à quoi conduit la répression maximale». «Cela ne déclenche chez lui que le mode combat», plaide-t-il. Se défendant de vouloir dépeindre son mandant comme un «innocent agneau», il estime qu’on «ne peut nier qu’il y a aussi eu des erreurs flagrantes dans son traitement, qui expliquent le comportement de Brian aujourd’hui». L’avocat rappelle notamment qu’à 15 ans il avait été mis sous sédatifs et attaché à un lit pendant près de deux semaines dans une clinique psychiatrique.

Selon son avocat, Brian n’aspire qu’à une chose, réaliser son rêve de devenir professionnel du sport de combat. En liberté, il présentera un visage tout autre que celui du détenu violent, il en est persuadé.

S’agissant des faits reprochés, Thomas Häusermann a tenté de relever des contradictions dans les témoignages. Son client n’a pas voulu infliger des blessures graves au gardien, assure-t-il, défendant plutôt le scénario d’une foire d’empoigne suivant l’accès de colère de Brian.

La défense demande une peine de prison d’une année et s’oppose à une mesure d'internement. Le verdict sera rendu mercredi prochain

Créé: 30.10.2019, 22h07

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