Le plan B des patrons en cas de oui à «No Billag»

Votation du 4 marsL’USAM sort le bazooka pour fustiger les patrons de la SSR qui baissent les bras. Selon eux, les radios-TV publiques peuvent très bien s’en sortir sans redevance obligatoire

Les UDC Hans-Ulrich Bigler, Jean-François Rime et le PLR Peter Schilliger

Les UDC Hans-Ulrich Bigler, Jean-François Rime et le PLR Peter Schilliger Image: Keystone

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Les petits patrons de l’USAM (Union suisse des arts et métiers) déboulent, bazooka en main, dans la campagne déjà survoltée de l’initiative «No Billag». Mardi à Berne, ils ont défouraillé sur les dirigeants de la SSR, qui veulent liquider leur entreprise si les Suisses acceptent le 4 mars l’initiative «No Billag». Selon eux, un plan B existe. Il passe par l’accroissement des recettes publicitaires, l’introduction d’abonnements payants, le subventionnement de certaines émissions par les pouvoirs publics et par des économies au sein de l’entreprise.

Avant de détailler ces mesures, le président de l’USAM, Jean-François Rime, n’a pas caché sa colère contre la conseillère fédérale Doris Leuthard et les dirigeants de la SSR qui bloquent tout débat sur un redimensionnement du service public. «La campagne de la SSR revient à une tentative de chantage exercée sur le souverain: «Ou vous payez ce que nous voulons, ou nous fermons boutique.» Ce n’est absolument pas crédible et tout à fait antidémocratique.»

Pourquoi les petits patrons se mêlent-ils d’un débat sur la redevance radio-TV? Parce que les entreprises devront cotiser à hauteur de 200 millions en fonction de leur chiffre d’affaires. Et il ne faut pas prendre leur position à la légère. En 2015, à 4000 voix près au niveau suisse, ils ont failli faire capoter le nouveau système de perception de la redevance.

Sachant que la SSR touche 1,2 milliard par année de la redevance et 300 millions en publicité, comment l’USAM imagine-t-elle compenser cette grosse perte dans le budget? D’abord en réduisant drastiquement l’enveloppe budgétaire globale. Elle serait à l’avenir de 1 milliard. Cela se traduirait par une offre réduite de programmes et des économies dans le coût de fonctionnement. Le conseiller national Marcel Dettling (UDC/SZ) s’énerve contre la «vache sacrée» SSR qui jouit de moyens énormes: «Pour pouvoir couvrir l’élection d’Ignazio Cassis en septembre dernier, qui a duré une bonne heure, la télévision alémanique a eu besoin de pas moins de 238 personnes.»

Seconde proposition: l’introduction d’abonnements payants pour certaines émissions très populaires. Comme le téléjournal. Pour l’USAM, la SSR part avec un avantage concurrentiel énorme dans toutes les régions linguistiques. Et de citer les 717'000 téléspectateurs pour la RTS en prime time ou le 1,7 million de téléspectateurs en Suisse alémanique. Bien sûr, tout le monde ne s’abonnera pas au téléjournal. L’USAM estime néanmoins que 50% des gens le feront. Elle estime à 200 millions les recettes provenant des abonnements. Une somme identique est budgétée pour les recettes provenant de la TV payante à la demande.

La troisième source de financement du plan B émane des rentrées publicitaires. Elles se montent à 300 millions, soit un peu plus qu’actuellement. N’est-ce pas irréaliste alors que le nombre de téléspectateurs aura chuté de moitié? Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’USAM, ne le pense pas. Il souligne aussi que la SSR pourra désormais faire sans frein de la publicité à la radio ou sur Internet, contrairement à aujourd’hui. Enfin, il se dit ouvert au subventionnement public de certaines émissions culturelles via le budget de la Confédération, voire des cantons.

«Totalement illusoire»

Gilles Marchand, directeur de la SSR, ne se prononce pas mardi en détail sur le plan B de l’USAM. Mais il juge «totalement illusoire de penser pouvoir financer, en Suisse, une offre audiovisuelle nationale dans les quatre langues, sans aucun financement public, avec la seule publicité».

À ceux qui ont vu ces derniers jours une inflexion de la SSR vers des modèles alternatifs à la redevance, il martèle: «Nous répétons clairement et catégoriquement qu’il n’y a aucun plan B crédible avec un oui à «No Billag». Nous nous trouverions rapidement dans un désert audiovisuel suisse, avec des conséquences graves pour la culture, le sport, la musique, etc.» (24 heures)

Créé: 09.01.2018, 21h00

SSR, rempart ou danger démocratique?

Les petits patrons se sont évertués lors de leur conférence de presse à renverser une bonne partie des arguments des opposants à la suppression de la redevance radio-TV. Démonstration en trois points.
1. Diversité des médias et démocratie en danger:
Si la redevance tombe, c’est la voie ouverte à la «berlusconisation» ou à la «blochérisation» des radios-TV qui tomberont dans les mains de milliardaires. Un danger pour la démocratie, disent les opposants. Réplique des partisans de «No Billag»? C’est le contraire qui est vrai. La SSR est, selon le conseiller national Peter Schilliger (PLR/LU), un «mastodonte» doté d’un «budget milliardaire». Au bénéfice d’un monopole et de par «sa stratégie hégémonique évinçant systématiquement les médias privés», elle met en danger le pluralisme démocratique.
2. Écoles et routes sont payées par tout le monde:
Les opposants à l’initiative «No Billag» estiment qu’une redevance obligatoire pour tous est normale même si on ne consomme pas les chaînes de radio ou TV suisses. Ils prennent l’exemple des routes ou des écoles payées par l’impôt. Le président de l’USAM, le conseiller national Jean-François Rime (UDC/FR), conteste le parallèle. «En possession d’un blanc-seing, sans contrôle parlementaire et sans que le peuple n’ait rien à dire, les fonctionnaires de la SSR peuvent disposer librement de 1,2 milliard par année.»
3. La redevance profite aussi aux privés:
Les opposants insistent sur le fait que la suppression de la redevance mettra nombre de stations privées en danger de mort. Les partisans répliquent que la SSR accapare plus de 90% de la redevance. Après avoir concurrencé et entravé les privés, elle leur laisse désormais des miettes de subventions et utilise ces privés «comme feuille de vigne pendant la campagne de vote».

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