Le rachat de Vögele par OVS vire au cauchemar pour les employés

Conflit socialDes salariés dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail depuis la reprise du détaillant textile schwytzois.

Le numéro un italien du prêt-à-porter peine à s’imposer sur le marché suisse et le personnel en fait les frais. Ici la future boutique de Vevey, anciennement Charles Vögele.

Le numéro un italien du prêt-à-porter peine à s’imposer sur le marché suisse et le personnel en fait les frais. Ici la future boutique de Vevey, anciennement Charles Vögele. Image: Chantal Dervey

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Elles y croyaient, Sandra* et Valérie*. Quand l’entreprise italienne OVS a récupéré la chaîne de vêtements schwytzoise Charles Vögele (à ne pas confondre avec Vögele Shoes), ces deux salariées du détaillant étaient ravies. «Nous savions que Vögele était en difficulté, raconte Valérie. Alors, quand nous avons appris que nous étions repris par des Italiens, nous nous sommes dit: «Waouh, ça va être génial!» C’était une chance. L’Italie, ça fait rêver.» La douche a été glaciale.

Le numéro un italien du prêt-à-porter peine à s’imposer sur le marché helvétique, qui a reculé de 5,2% l’an dernier en raison notamment de la concurrence des ventes en ligne. Depuis le rachat de Vögele fin 2016, 300 postes ont été biffés. Il en reste 1100. Sept magasins ont aussi été fermés. OVS n’en exploite plus que 140. Et ce n’est peut-être pas fini. «Le marché suisse est plus difficile que prévu», a admis le groupe lors de la publication des résultats 2017.

Employés poussés à bout

Sandra et Valérie, qui ne sont pas basées au même endroit, n’ont pas été licenciées. Mais les conditions de travail des deux mères de famille se sont fortement détériorées. Nous les avons rencontrées dans les locaux du syndicat Unia, à Vevey, qui les défend. Elles dénoncent la gestion chaotique d’OVS, l’absence de communication, les sous-effectifs, la surcharge de travail. Leurs collègues partent en burn-out les uns après les autres.

«C’est l’incertitude sur l’avenir qui est le plus dur», pour Sandra. Le secrétaire syndical Arnaud Bouverat explique que certains collaborateurs ont appris sur Homegate ou par des repreneurs que leur succursale allait fermer. Ce n’est pas mieux dans le travail au quotidien. «Il n’y a aucune directive, dit Sandra. On doit tout faire vite, se débrouiller. Les e-mails restent des semaines sans réponse.»

Les congés maladie et les départs en vacances ne sont plus remplacés. Le taux d’activité des auxiliaires a été limité à 8 h 30 par semaine (alors que certains comme Sandra travaillaient jusqu’à 30 heures) et les heures supplémentaires des fixes ne sont plus payées. Conséquence: des gérants doivent s’occuper de plusieurs points de vente et des boutiques ferment plus tôt. «On baisse le rideau à 18 h au lieu de 18 h 30 en semaine et à 16 h au lieu de 17 h le week-end.»

Surcharge de travail

Pour ne rien arranger, de nouvelles tâches se sont ajoutées, en raison de coupes dans la logistique. «Auparavant, la marchandise était traitée par la centrale, relate Valérie. Désormais, elle arrive directement en magasin depuis l’Italie.» Concrètement, ça donne quoi? Ça donne des palettes entières à ouvrir, des cartons de 12 kg à porter et des étiquettes de centaines d’articles à changer, notamment pour convertir les euros en francs. Or les vendeuses n’ont même pas le droit à une bouteille d’eau derrière le comptoir. En outre, cette manutention prend du temps, ce qui impacte le service clientèle.

Les deux femmes sont d’autant plus remontées qu’elles ont tout donné pendant la longue période de transformation des magasins, qui a duré jusqu’à fin 2017. «Nous avons même participé aux travaux!, rapporte Valérie. Nous avons cassé les meubles à la masse, fait des semaines de 50 heures.» Excédée, Sandra a décidé de claquer la porte après vingt ans chez Vögele. Valérie, elle, reste encore. «Je serre les dents.»

* Noms connus de la rédaction (24 heures)

Créé: 17.05.2018, 07h30

Unia somme l’entreprise italienne de négocier

Mandaté par les salariés mécontents d’OVS en Suisse, Unia se bat depuis plusieurs mois pour faire améliorer les conditions de travail au sein de la société. La firme italienne n’a pour l’instant pas accepté de négocier. Une mise en demeure datée du 6 avril dernier est restée lettre morte. Pour accroître la pression, le syndicat a envoyé ce jeudi une pétition à la direction nationale de l’entreprise, munie de plus de 175 signatures de vendeuses et de vendeurs de toute la Suisse.

Unia somme OVS de respecter ses obligations de protection de la santé, d’assurer des effectifs suffisants en magasin, de garantir des contrats viables aux collaborateurs et de communiquer de manière transparente sur la restructuration en cours. Des négociations sont exigées.

«Dans le but de contourner les obligations en cas de licenciement collectif, OVS a pris l’option de fermer une à une, et brutalement, une partie de ses succursales, indique Unia par communiqué. Aucun plan social n’a été négocié. Cette façon de faire est socialement irresponsable pour un acteur aussi important.»

Contacté, OVS ne veut pas commenter les griefs des employées que nous lui avons soumis et considère qu’Unia ne représente pas ses travailleurs. Concernant l’avenir de la société en Suisse, un porte-parole explique que le nombre futur de boutiques dépend du succès à moyen terme de l’enseigne dans le pays ainsi que du développement général du commerce de détail sous nos cieux. «OVS n’a commencé à construire la marque en Suisse que depuis septembre dernier», souligne ce porte-parole.

B.K. et J.C.

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