Le vautour fauve passe ses vacances d'été en Suisse

NATUREC’est nouveau: majestueux et inoffensif, le rapace bien plus grand qu’un aigle plane en nombre des hauts de Villeneuve aux sommets des Préalpes. Spectacle à saisir au vol en marchant en montagne

Partez à la découverte du dortoir des vautours romands

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S’il a un très long cou plutôt dénudé, c’est pour s’enfoncer, fouiller très profondément sans se salir les plumes dans les corps d’animaux morts dont il se nourrit et prélève les viscères, son plat préféré. Ce détail a son utilité: il démontre que le vautour fauve est parfaitement inoffensif. Jamais, malgré les rumeurs moyenâgeuses ou récentes qui ont couru à son propos et lui ont valu bien des malheurs, il n’attrapera une proie vivante, qu’il s’agisse d’un mouton, d’une chèvre, ou d’un être humain. D’ailleurs, ses pattes l’en empêchent: elles ne sont pas conçues pour ça, elles n’ont pas de serres. Donc, bienvenue en Suisse à ce touriste inoffensif mais spectaculaire qui peut très bien faire le boulot des hélicoptères employés pour débarrasser les cadavres des vaches, moutons, chèvres accidentés en montagne. Lui, le vautour, il les repère, il les découpe et les déguste, puis il ne laisse que des os deux ou trois jours après être arrivé sur place. Ensuite, c’est le gypaète qui se met à table.

On sait maintenant, c’est une certitude autant qu’une nouveauté, que le vautour fauve vient, en nombre, passer l’été dans les Préalpes. Des randonneurs en montagne l’ont vu sans savoir qui il était, le prenant pour un aigle accompagné de sa famille, mais des observateurs avertis l’ont repéré – il ne se cache pas vraiment – et formellement identifié. Le canton de Vaud est aux premières loges: on l’a vu dans les hauts de Villeneuve, près des Rochers de Naye, non loin de Château-d’Oex, aux environs de L’Abbaye. Et il a passé plusieurs nuits au col de Chaude. Toujours en groupe: le vautour fauve n’aime pas la solitude.

En fait, il arrive du sud de la France où il a été réintroduit avec succès voilà quelques décennies. Ils sont actuellement plusieurs centaines dans les Cévennes et les Baronnies à faire le bonheur des familles, des observateurs et des photographes. Il avait disparu de ces régions suffisamment chaudes pour qu’il puisse y nicher – comme il le fait notamment abondamment en Espagne – pour trois raisons principales: les empoisonnements, la chasse et les règlements obligeant les propriétaires de troupeaux à équarrir immédiatement les animaux morts, ce qui prive notre oiseau de repas consistants. Pour Lionel Maumary, ornithologue, il est certain que dans les circonstances actuelles le vautour fauve ne fait que de la transhumance, qu’il monte jusqu’en Suisse uniquement pour des raisons alimentaires. «Il ne peut pas nicher chez nous. Il pleut trop souvent et les températures ne sont pas assez élevées pour lui assurer toute l’année les courants ascendants dont il a un besoin vital. Il reste donc ici de mai à septembre et repart. Le vautour fauve est une grosse machine volante, superbe, qui est moins habile et moins fin que le gypaète dans les airs. Il lui faut donc des conditions de base que notre climat ne peut lui assurer.» Et comment le spécialiste voit-il l’apparition régulière des vautours fauves dans les Préalpes? «C’est un bien. C’est le fruit de la réintroduction à laquelle cet oiseau maltraité avait droit. L’homme rattrape ainsi ses erreurs du passé. Mais tout n’est pas acquis… car il semble envisageable qu’un poison qui a décimé de façon invraisemblable les vautours en Inde fasse son apparition en Europe. Il s’agit d’un médicament, un antiinflammatoire vétérinaire, qui se retrouve dans les dépouilles que les vautours ingèrent. Et qui leur détruit les reins à une vitesse fulgurante.»

Pour l’instant, les jeunes vautours fauves, âgés de trois ou quatre ans – ils seront adultes à cinq ans – qui planent par ici ne sont pas menacés par quoi que ce soit. Vous voulez les apercevoir? Allez en montagne, levez les yeux! Du Jaun au col de Chaude. Avec son envergure de plus de 2,50 m, le vautour fauve, qui se déplace vite, ne va pas vous échapper. Le voir dormir, c’est plus difficile. Mais ne le dérangez pas si ce privilège vous est offert: il est si bien, sur les rochers, le cou replié et la tête enfouie dans les plumes.

(24 heures)

Créé: 18.07.2015, 10h25

Un cadeau pour les photographes

Terry Guillaume observe et filme en ornithologue passionné

Le Lausannois Terry Guillaume, 37ans, promoteur immobilier, est passionné par les oiseaux depuis qu’il les guettait enfant avec sa grand-mère, dans le bois de la Vuachère. Alpiniste chevronné, il a photographié toutes sortes d’espèces et consacre pas mal de temps à observer le vautour fauve. «Les gens qui aiment la randonnée en montagne – pas besoin de prendre des risques – étaient déjà gâtés avec l’apparition possible du gypaète et de l’aigle. Mais la perspective d’apercevoir des vautours fauves, immenses planeurs aux ailes fascinantes, c’est un cadeau extraordinaire.» Mais sérieusement, le spectacle est-il accessible à tout un chacun? «Bien sûr! Il suffit de marcher en montagne et de lever les yeux! Les vautours fauves ont été vus en groupes – plus de vingt oiseaux ensemble! – entre Villeneuve et le col de Chaude, puis dans la région des Diablerets, ou au Pic Chaussy, ou près de Rougemont, et dans le secteur du Jaun. Ils se déplacent vite. Un ascendant et ils se laissent glisser jusqu’au sommet suivant. Ils peuvent monter très haut ou passer tout près! Apparitions furtives…»
Ph.D.

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