«Les acteurs de la santé ont capitulé sur les coûts»

SuissePrésident du PDC, Gerhard Pfister s’exprime sur les défaites électorales, la santé et sur le modèle autrichien antimigration.

Gerhard Pfister, depuis 2016 à la tête du Parti démocrate-chrétien, a fait de la santé un thème prioritaire.

Gerhard Pfister, depuis 2016 à la tête du Parti démocrate-chrétien, a fait de la santé un thème prioritaire. Image: KEYSTONE

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Gerhard Pfister, le président du PDC, adore donner des leçons au Conseil fédéral. Il trouve le collège pas assez courageux concernant la limitation des coûts de la santé. Et il ne comprend pas pourquoi le gouvernement est prêt à claquer 1 milliard de francs pour les Jeux olympiques 2026 alors qu’il a refusé de débloquer 30 millions pour organiser les Olympiades des métiers, où la Suisse brille grâce à son apprentissage dual. Interview d’un président iconoclaste mais sous pression à mi-législature.

Vous avez été élu pour redresser le PDC. Or ce dernier continue de plonger électoralement depuis deux ans dans les cantons. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas?

J’ai toujours dit qu’un redressement prendrait du temps. Voilà pourquoi notre projet s’appelle «PDC 2025». Croire qu’on peut tout changer d’un coup, c’est méconnaître la politique. Je ne suis pas le premier président PDC qui perd des sièges. «Ce n’est pas grave de perdre, revenez me voir en 2025», c’est ça votre discours? Non, il y a des signes qui me rendent déjà très optimiste. Dans certains cantons, comme à Soleure ou à Neuchâtel, on a gagné des voix ou des sièges. Et les sondages nous donnent en progression. Depuis 2017, la tendance est positive et nous regagnons des électeurs. On a fait aussi des progrès dans le positionnement du PDC. Nos positions sont plus claires, le groupe plus uni.

Oui, mais vous êtes le seul grand parti gouvernemental à avoir perdu les deux grandes votations de cette année: la réforme des entreprises et la réforme des retraites. Cela ne vous inquiète pas non plus?

Non, nous avons défendu nos positions de façon engagée dans les deux cas. C’est le plus important. D’ailleurs, nous avons gagné la votation sur la stratégie énergétique (et c’est un autre grand parti gouvernemental qui a perdu cette votation…). Les décisions du peuple ne sont pas des défaites mais des verdicts à accepter. Et n’oubliez pas qu’au cours de cette législature, les mots d’ordre du PDC ont été suivis dans 80% des cas par le peuple.

Pourquoi le PDC ne s’inspire-t-il pas du PDC autrichien, avec son chef Kurz, qui vient de gagner les élections en musclant son discours sur l’immigration et l’islam?

Vous ne pouvez pas faire la même chose en Suisse. D’abord il est impossible de mettre une personne en figure de proue dans notre système fédéral. Et une campagne monothématique sur la migration ne marcherait pas.

Ah bon? C’est pourtant ce que fait l’UDC avec succès.

Oui, mais au PDC cela ne fonctionnerait jamais. D’abord notre spectre politique est beaucoup plus large. Et, en tant que parti gouvernemental, nous avons l’ambition de ne pas nous limiter à un thème. Nous voulons traiter tous les sujets qui touchent les citoyens, comme les coûts de la santé. Le dernier baromètre électoral nous donne raison, puisque ce thème est dans le trio de tête des préoccupations des Suisses.

La santé, c’est votre thème désormais prioritaire?

Oui, avec la défense des familles et de la classe moyenne. Nous réfléchissons à lancer une initiative pour limiter les coûts si les acteurs ne sont pas capables de régler le problème eux-mêmes.

Ils en sont incapables! Les coûts de la santé sont passés de 37 à près de 80 milliards en vingt ans. Tous les acteurs s’opposent à un plafonnement des budgets…

Ces oppositions, où chacun défend son périmètre, représentent un bon signe. Cela montre que le système ne fonctionne pas. Il faut donner plus de pouvoir à la Confédération et aux Cantons pour plafonner les budgets. Le PDC veut un frein aux dépenses médicales comme nous avons un frein à l’endettement. Nous le proposons depuis 2016! Le moment est venu d’agir concrètement.

Vous allez fâcher vos propres élus lobbyistes qui siègent dans les assurances-maladie ou qui portent une blouse blanche.

Oui, nous allons fâcher beaucoup de monde. Sauf le peuple et surtout la classe moyenne. Il y a actuellement une capitulation des acteurs face à l’explosion des coûts de la santé. Il faut stopper cela.

On va vous accuser de rationner les soins…

Les études montrent que l’on peut couper 20% des coûts sans toucher à la qualité des soins. Il y a trop de gaspillage dans le système. Et si on n’agit pas, d’autres solutions que je considère comme moins bonnes finiront par s’imposer. Comme celle d’une caisse maladie unique qui séduit beaucoup de monde en Suisse romande.

Votre concept de «bourgeois social» pour qualifier le PDC n’a pas rencontré beaucoup de succès. Le PDC est essentiellement identifié comme un parti du centre qui défend les familles.

Notre défi est de muscler notre profil tout en restant un parti du centre. Nous ne pouvons pas faire comme le PLR qui s’est déplacé à droite. Même si j’appartiens à l’aile droite du PDC, je dois diriger le parti au centre. C’est normal. Mon prédécesseur Darbellay, qui venait de l’aile chrétienne-sociale, a dû faire l’inverse. Voilà pourquoi je n’ai pas eu d’états d’âme à faire une alliance avec le PS sur l’AVS. J’étais convaincu que c’était la meilleure solution pour faire passer une réforme.

Doris Leuthard va bientôt quitter le Conseil fédéral. Votre recentrage politique n’est-il pas dû aussi au fait que vous cherchiez à plaire à la gauche pour avoir toutes vos chances lors de la succession?

(Rire.) Non, j’aime bien les candidats au Conseil fédéral avec des idées tranchées. Et je ne me vois pas succéder à Doris Leuthard.

Pourquoi?

Tout d’abord, je suis le président du PDC Suisse et j’aime bien cette fonction. J’ai été élu pour conduire le parti aux élections de 2019 et au-delà. Ensuite, j’ai beaucoup de respect pour la fonction et je doute que j’en sois capable. La charge et les responsabilités qui pèsent sur les épaules d’un conseiller fédéral sont immenses. Vous perdez votre liberté.

Alors qui voyez-vous pour la succession?

Il est trop tôt pour tirer des plans sur la comète. Je suis convaincu d’une chose: le PDC devra présenter sur son ticket au moins une femme. Tout le reste, on verra cela au moment voulu.

(24 heures)

Créé: 05.11.2017, 22h02

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