Les cabanes du futur de l’EPFL séduisent le Club alpin

MontagneDes étudiants en architecture ont conçu et réalisé des modules de couchage destinés à un refuge valaisan. Visite.

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On y pénètre par en dessous, à travers une petite ouverture dépourvue de porte. En prenant appui sur une poutre, on accède à un curieux hamac triangulaire, tissé avec des lanières noires. Il faut imaginer y dérouler son sac de couchage et y passer la nuit, au terme d’une randonnée dans les Alpes. Le lendemain, le soleil se chargerait de jouer les réveille-matin, la lumière perçant sous la toiture de bois.

Pour l’heure, ce bivouac se dresse sur le campus de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Mais les étudiants qui l’ont conçu et fabriqué espèrent l’installer bientôt à proximité de la cabane de l’A Neuve, un refuge valaisan perché à 2730 m d’altitude, dans le haut val Ferret. «Nous allons examiner de près cette possibilité», assure Jean Micol, président de la section Diablerets du Club alpin suisse (CAS), propriétaire de la bâtisse.

La demande émane du CAS lui-même, confronté au vieillissement de cette cabane construite en 1927. Quarante étudiants en architecture de l’EPFL ont reçu pour mission, durant leur 3e année de formation, de plancher sur son renouveau. Démolition et reconstruction, réaménagement intérieur, ajout d’annexes futuristes: les propositions les plus diverses ont fusé. Sur les quatre concepts sélectionnés, un seul a été affiné au point d’être réalisable. «Il fallait pouvoir le concrétiser à taille réelle, en peu de temps et avec le minimum de frais», résume Anne-Claire Gandor, auteure du projet choisi.

Son idée: édifier des modules de couchage – pour 2 à 4 personnes – autour du refuge, afin d’y libérer de la place et d’en améliorer le confort. Trois semaines de travail ont donné naissance, sur le papier, à deux prototypes. L’un entièrement en bois, l’autre en toile synthétique. Encore fallait-il les construire! Cela a été fait en dix jours à peine, sur un terrain de l’EPFL, en jouant à fond la carte du recyclage et de la durabilité.

Toile de parapente et laine de mouton

«Le résultat est remarquable», s’enthousiasme Jean Micol. Le premier module se compose de planches de mélèze, assemblées sans le moindre clou ni vis. «Nous avons voulu réinterpréter le raccard suisse traditionnel», explique Younes Louhichi, l’un des coordinateurs du chantier. Le bivouac, haut de 3,40 m, se distingue par sa forme de cerf-volant. Vingt étudiants ont travaillé à sa réalisation. «Uniquement à la scie et au ciseau à bois, précise Younes. C’était un joli défi physique!»

L’autre équipe de vingt étudiants a monté la seconde structure plus rapidement, en optant pour des éléments d’échafaudages ancrés dans le sol. Mais la quête des matériaux a donné du fil à retordre aux futurs architectes. Les bâches extérieures proviennent d’un chantier naval. En guise d’isolation, de la laine de mouton a été cousue dans de la toile de parapente. «Cela permettra de réguler à la fois la chaleur et l’humidité», anticipe Francesca Bianchi, l’une des chevilles ouvrières de l’opération. Les occupants de ce losange de 4,40 m de long dormiront sur un filet blanc tendu entre les parois, sous un hublot de plexiglas.

«Cet atelier pratique nous a été très bénéfique. Nous avons dû multiplier les contacts et les tâches manuelles»

Sera-ce suffisant pour se protéger du froid nocturne? Comme la cabane de l’A Neuve – 28 places en dortoir – n’est ouverte que durant la belle saison, les étudiants se disent optimistes à ce sujet. Le président du CAS Diablerets souligne quant à lui que des bivouacs provisoires ont été testés avec succès à Zermatt, lors de la fermeture pour travaux d’une cabane de haute montagne. Les modalités d’une installation définitive sur le site de l’A Neuve restent cependant à définir. Jean Micol garde à l’esprit d’autres idées avancées au préalable, comme la construction d’une tour extérieure permettant de réunir tous les éléments techniques du refuge. «Nous n’écartons aucune option pour le moment.»

Anne-Claire Gandor et ses camarades, eux, sont désormais plongés dans leurs examens de bachelor. Un stage les attend prochainement. «Cet atelier pratique nous a été très bénéfique, se réjouit la jeune femme. Les architectes sont avant tout des planificateurs. Là, nous avons dû multiplier les contacts et les tâches manuelles. C’est peu habituel dans le milieu académique.»

(24 heures)

Créé: 22.06.2017, 12h19

Cabanes à succès

152 Le nombre de cabanes de montagne exploitées par le Club alpin suisse, qui compte 110 sections. Celle des Diablerets gère à elle seule dix refuges et chalets. Outre l’A Neuve (photo), citons les cabanes Rambert, d’Orny et du Trient, en Valais.




317 000 Le nombre total de nuitées enregistrées par le CAS l’année dernière – soit 4,3% de plus qu’en 2015. L’essentiel de cette activité d’hébergement se concentre de mai à octobre (250 000 nuitées en 2016, contre 67 000 durant le semestre d’hiver).

7,4 millions de francs Le chiffre d’affaires généré par les cabanes du CAS l’année dernière. Soit un revenu moyen de 23 fr. 40 par nuitée. Les hôtes ont par ailleurs dépensé plus de 20 millions de francs pour la restauration et les boissons, selon le bilan communiqué par le CAS.

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