Les châtaigniers suisses reprennent des forces

ForêtsDu Tessin au Chablais, une guêpe chinoise faisait chuter les récoltes. Un parasite naturel venu d’Italie inverse la tendance.

La châtaigneraie de Fully, l’une des plus grandes du pays.

La châtaigneraie de Fully, l’une des plus grandes du pays. Image: Keystone

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Son nom est Dryocosmus kuriphilus. Cette guêpe noire, aussi apelée cynips, a fait le malheur des châtaigneraies. Originaire de Chine, elle s’est propagée en Suisse dès 2009, via l’Italie. «Elle pond ses œufs dans les bourgeons des châtaigniers, explique Marco Conedera, de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt (WSL). L’année suivante, les branches et les feuilles issues des bourgeons parasités par les larves ne se développent pas correctement. Après deux ou trois ans d’attaques successives, l’arbre ne produit plus de fleurs, donc plus de fruits.»

Cet insecte nuisible est venu s’ajouter au chancre de l’écorce, un champignon qui affecte toutes les châtaigneraies d’Europe depuis des décennies. La récolte de châtaignes au Tessin – qui avait atteint 60 tonnes en 2006 – a ainsi dramatiquement chuté ces dernières années. «En 2014, il n’y en a pas eu du tout dans le commerce local, affirme Marco Conedera. Les propriétaires ont tout juste pu assurer leur consommation personnelle.» Conséquences: les importations ont augmenté… et les prix aussi.

Lutte biologique

Cet automne, une embellie se profile. Selon le spécialiste du WSL, la Suisse bénéficie de la lutte biologique engagée par les Italiens contre le cynips. Des producteurs du Piémont ont en effet introduit un prédateur naturel de la redoutable guêpe noire. Minuscule, mais diablement efficace. Cet insecte appelé Torymus sinensis est désormais présent dans tout le Tessin, mais aussi dans le Chablais. «Grâce à lui, la floraison se fait déjà sur les jeunes pousses, observe Marco Conedera. La reprise est rapide, même si les arbres restent faibles.» Les consommateurs pourront donc dénicher des châtaignes tessinoises sur les étals dans les semaines à venir.

En Suisse romande, celles et ceux qui bichonnent les châtaigniers retrouvent aussi le sourire. Outre le Torymus sinensis, la météo estivale a eu une influence favorable sur les arbres. «Nous allons récolter entre 2 et 2,5 tonnes de châtaignes cette année, estime Albin Masson, du Groupement chablaisien des propriétaires de châtaigneraies (GCPC). En 2014, on était arrivés à moins de 600 kilos.» Cette coopérative, qui joue le rôle de grossiste dans la région, va ainsi pouvoir fournir quelques épiceries et grands magasins, au prix de 7 à 8 francs le kilo. A Saint-Gingolph (VS), les organisateurs de la Fête de la châtaigne pourront servir des fruits locaux ce week-end, alors qu’ils avaient dû en acheter à l’étranger l’an dernier. «Mais le retour à la normale prendra plusieurs années», souligne le responsable du GCPC, qui a écoulé jusqu’à 4 tonnes de châtaignes par saison.

Le parasite salutaire aura-t-il des effets secondaires indésirables dans les forêts suisses? «C’est la grande question, admet Marco Conedera. Il n’est pas du tout exclu qu’il aille chercher sa nourriture ailleurs par la suite. C’est même cette crainte qui a incité l’Office fédéral de l’agriculture à ne pas autoriser l’usage du Torymus en Suisse. Mais il est venu quand même. Et sans lui, nous aurions sans doute perdu un élément important de notre patrimoine.» (24 heures)

Créé: 16.10.2015, 11h17

La redoutable guêpe noire cynips est contrée par un minuscule insecte appelé Torymus sinensis (ci-dessous).
(Image: WSL)

Fête géante au parfum d’Italie

La guêpe chinoise a aussi fait souffrir la châtaigneraie qui fait la fierté de Fully (VS). Avec ses 17 hectares, c’est l’une des plus grandes de Suisse. Particularité: la récolte y est libre et gratuite, pour autant que les quantités restent raisonnables. «Il y a eu moins de châtaignes ces dernières années, mais cela ira mieux cette saison. On le voit à la densité du feuillage», se réjouit le garde forestier Jean-Baptiste Bruchez.

Fully organise samedi et dimanche sa 21e Fête de la châtaigne. Avec plus de 40'000 visiteurs, une foule d’animations et 8 à 10 tonnes de châtaignes consommées en deux jours, cet événement automnal est devenu incontournable en Valais. La provenance des fruits? Pas de mystère: ils sont importés d’Italie. Guêpe chinoise ou pas, acquérir une telle quantité en Suisse serait impossible.

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