Les cinémas combattent «No Billag» sur grand écran

SuissePrès de 360 salles en Suisse émettent gratuitement des spots anti-initiative. Les partisans n’y ont pas droit.

Quelque 360 cinémas ont accepté de diffuser des courts-métrages contre l'initiative «No Billag!»

Quelque 360 cinémas ont accepté de diffuser des courts-métrages contre l'initiative «No Billag!» Image: Chris Blaser/A

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Une file d’écoliers attend pour pouvoir entrer en classe. Devant eux fait obstacle un prescripteur demandant un pécule à chacun d’eux. «Tu n’as pas de sous? demande-t-il à une élève dépitée. Tu sais ce que ça veut dire? Tu dis à tes parents que c’est comme ça maintenant: tu paies, tu vas à l’école; tu paies pas, tu peux pas.» Une voix off rappelle ensuite au spectateur qu’à l’instar de l’enseignement, «l’accès au sport, à la culture et à l’information est un bien commun». Puis elle l’enjoint à voter «non à «No Billag!»

Ce spot, signé par l’humoriste vaudois Karim Slama, est diffusé depuis mercredi, en alternance avec deux autres, dans une majorité de salles obscures de Suisse romande. D’autres clips déclinent le même message outre-Sarine et au Tessin, mais toujours avec le même dessein: contrer l’initiative qui veut abolir la redevance annuelle de 451 francs à la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR).

«En général, les cinémas ne font pas de spots politiques, rappelle le secrétaire général de ProCinema, René Gerber. C’est pourquoi nous leur avons proposé de le faire cette fois-ci. Le sujet est spécial: l’initiative «No Billag» n’est pas bonne pour le cinéma suisse. La SSR soutient presque tous les films cinématographiques helvétiques. Sans elle, beaucoup d’entre eux ne pourraient plus voir le jour. Nous soutenons le NON à «No Billag.»

Au total, près de 360 cinémas ont répondu favorablement à l’Association suisse des exploitants et distributeurs de films. Ils ont accepté de mettre à disposition gratuitement un emplacement à la fin de leur bloc publicitaire pour diffuser ces courts-métrages. Et cela jusqu’au jour de la votation, le 4 mars.

La Cinémathèque suisse et son cinéma lausannois Le Capitole ont fait ce choix-là. Le directeur, Frédéric Maire, explique qu’il était «naturel de diffuser ces spots». «L’initiative «No Billag» met à mal la SSR et donc, par ricochet, le cinéma suisse. La mission de la Cinémathèque pourrait donc s’en trouver modifiée car nous collaborons régulièrement avec la SSR.»

Plus de 200 cinémas ont toutefois refusé de participer à cette opération «par principe». C’est notamment le cas des cinémas Arena et Kitag. L’idée de faire entrer la politique dans les salles obscures les a laissés dubitatifs. Ce d’autant plus qu’il n’est absolument pas question pour les exploitants d’accorder une place similaire aux initiants aux mêmes conditions. «Ce serait se tirer une balle dans le pied», juge Frédéric Maire. Cela ne contrevient-il pas à l’égalité de traitement qui doit prévaloir en démocratie? «Chacun est libre de diffuser ce qu’il veut dans son espace publicitaire!» s’agace Gérard Ruey, secrétaire général de Cinéforom et coordinateur de l’opération en Suisse romande. Cette liberté, le comité d’initiative ne la nie pas. Il rappelle toutefois que les cinémas reçoivent des aides de l’État, «notamment récemment quand il a fallu numériser les salles». «Que doit penser le citoyen qui voit un organisme privilégié offrir une tribune politique gratuitement, tout en refusant de réserver pareil traitement aux opposants? se demande le président romand, Nicolas Jutzet. Cette façon de faire, de s’arranger entre amis, est symptomatique d’un système dépassé que nous souhaitons réformer.» (24 heures)

Créé: 09.01.2018, 09h20

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