Les gardiens de l’eau potable s’attaquent aux pesticides

PollutionQuelque 170 000 Suisses boivent de l’eau polluée par des résidus. Les chimistes cantonaux demandent des règles plus strictes

Le réservoir d'eau potable de Lengg, à Zurich.

Le réservoir d'eau potable de Lengg, à Zurich. Image: Keystone / Archives

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Les critiques contre l’utilisation des pesticides en Suisse s’intensifient, avec l’entrée dans la danse de ces gardiens de l’eau potable que sont les chimistes cantonaux. Jeudi, ils ont demandé à la Confédération plus de sévérité dans l’autorisation des pesticides qui laissent des résidus persistants dans l’environnement.

À l’avenir, ces produits «ne doivent plus être autorisés, ou alors avec des restrictions sévères», écrivent les chimistes cantonaux dans un rapport consacré à la qualité de l’eau potable en Suisse.

Le message s’adresse notamment à Guy Parmelin et à son Office fédéral de l’agriculture. Accusés de laxisme par les écologistes, ceux-ci doivent affronter deux initiatives populaires demandant la quasi-suppression des pesticides de synthèse. Le mois dernier, l’Office fédéral de l’environnement avait déjà dénoncé la présence de résidus de pesticides dans les eaux souterraines. Mais cette fois, l’eau potable est au centre des préoccupations. «Et cela fait une grande différence car nos résultats concernent vraiment la sécurité alimentaire de la population», souligne le chimiste cantonal fribourgeois Claude Ramseier.

L’analyse des chimistes cantonaux se base sur 296 échantillons, prélevés au printemps dernier dans toute la Suisse et au Liechtenstein. Dans 4% des échantillons, l’eau potable présentait une teneur supérieure à 0,1 microgramme par litre en résidus dits «pertinents», c’est-à-dire potentiellement dangereux pour la santé humaine. Cela signifie que près de 170 000 Suisses boivent une eau qui ne respecte plus les normes légales en matière de résidus de pesticides.

Risque cancérigène

Le principal responsable des dépassements est l’acide sulfonique, un produit de dégradation du chlorothalonil. Ce fongicide figure parmi les produits phytosanitaires les plus utilisés en Suisse, avec 45 tonnes pulvérisées dans les champs et les vignes en 2017. Le chlorothalonil est devenu un problème aigu ce printemps. En avril, l’Union européenne a estimé que certains de ses résidus, appelés métabolites dans le jargon des chimistes, pouvaient présenter un risque cancérigène. Cela signifie que leur teneur maximale dans l’eau potable ne doit pas excéder 0,1 microgramme par litre, ou 0,1 millionième de gramme – une concentration infime, équivalente à peu près à un morceau de sucre dans 10 piscines olympiques.

Parmi les autres substances «pertinentes» détectées en teneurs supérieures à 0,1 microgramme figure un résidu de l’herbicide atrazine, interdit en Suisse depuis sept ans. Dans 24 échantillons, les chimistes cantonaux ont détecté des résidus d’autres pesticides en teneurs supérieures à 0,1 microgramme. Il s’agit surtout de métabolites du chloridazon, un herbicide utilisé dans les champs de betteraves sucrières. Les chimistes cantonaux observent depuis des années leur accumulation dans les eaux souterraines et les captages d’eau potable. Mais comme ces substances sont considérées comme non problématiques pour la santé humaine, il n’existe pas de limite légale maximale concernant leur présence dans l’eau.

C’est justement l’un des points que les chimistes cantonaux veulent changer. Pour eux, le simple fait qu’un produit soit persistant dans l’air ou dans l’eau devrait être une raison suffisante pour l’interdire. «On va s’engager davantage auprès de la Confédération pour éviter qu’on retrouve des substances persistantes dans l’eau potable», annonce le Fribourgeois Claude Ramseier.

En face, l’Office fédéral de l’agriculture promet d’agir dans le même sens. Il envisage d’interdire le chlorothalonil dès cet automne et veut encourager les paysans à utiliser moins de pesticides persistants, via les subventions agricoles.

Cet article a été corrigé après publication. La limite légale de 0,1 microgramme par litre n'est pas équivalente à un morceau de sucre dilué dans le lac de Zurich, mais à un morceau de sucre dilué dans 10 piscines olympiques, sachant que le lac de Zurich contient à peu près autant d'eau qu'un million de piscines olympiques.

Créé: 12.09.2019, 17h38

Chiffres clés

68%: C’est la proportion de l’eau potable suisse contenant des traces de pesticides, en quantités généralement infinitésimales.

169 068: Nombre de Suisses qui boivent une eau dont la teneur en résidus de pesticides dépasse les normes légales (0,1 microgramme par litre, soit 0,1 millionième de gramme).

2,7%: Proportion de la population dont l’eau potable n’est plus conforme aux normes. Cette part atteint 14% en zone de cultures.

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