Les loups pourront être plus facilement tirés par les Cantons

Conseil nationalDans un débat très émotionnel, il a été question de loi d’abattage, de mère-grand et même de reproduction chez les élus.

Le National veut faciliter les tirs de régulation du loup afin de prévenir tous dégâts.

Le National veut faciliter les tirs de régulation du loup afin de prévenir tous dégâts. Image: Keystone

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Il y a des mots à ne pas prononcer au Conseil national. Par exemple le mot «loup». Car cela part rapidement en sucette. On en a eu la preuve encore mercredi toute la journée avec le débat-fleuve sur la nouvelle loi sur la chasse. Il y a ceux qui se cachent à peine de vouloir exterminer la bête. Il y a ceux qui la berceraient presque au creux de leurs bras. Et enfin il y a le gros du peloton qui souhaite pouvoir réguler les animaux, bouquetins et castors compris, qui posent problème.

Où est le problème justement? Comme l’explique le rapporteur de la commission Pierre-André Page (UDC/FR), la population de loups croît en Suisse. «Aujourd’hui, des mesures de régulation sont indispensables pour gérer au mieux l’effectif des nombreux prédateurs qui s’installent dans notre petit pays et qui modifient l’équilibre de la vie dans nos montagnes et nos forêts.» Il ajoute que «réguler ne veut pas dire forcément tuer». Mais la commission appuie le Conseil fédéral pour donner plus de marge de manœuvre aux Cantons quand des prédateurs provoquent des dégâts.

Silva Semadeni (PS/GR) demande immédiatement le renvoi en commission. Elle estime que le retour des loups a été le prétexte de faire une loi qui régule à grande échelle des espèces qui étaient jusque-là protégées. Elle ne comprend pas toute cette agitation autour de 40 loups en Suisse. «Les vaches allaitantes sont bien plus dangereuses pour les randonneurs. Quant au loup, il est là que vous le vouliez ou non!»

Eh bien, Franz Ruppen (UDC/VS) ne le veut pas vraiment. Il regrette le temps où nos ancêtres avaient éradiqué le loup. Il constate que le nombre de ces prédateurs augmente rapidement dans toute l’Europe. Et cela représente un danger. «Le loup a de moins en moins peur de l’homme. Il se rapproche de plus en plus des habitations. On en a vu rôder dans les rues de plusieurs localités du Valais. Ce n’est plus acceptable et il nous faut agir.»

Pour la majorité bourgeoise, l’action passe par la solution suivante: faciliter les tirs de régulation du loup afin de «prévenir des dégâts ou un danger concret pour l’homme». Irène Kälin (Les Verts/AG) dénonce cette mesure arbitraire. «C’est une loi d’abattage. C’est comme si on distribuait des amendes à des automobilistes qui n’ont pas encore commis de dépassement des limitations de vitesse.»

Carnet rose pour des élus en couple

À force de parler de la reproduction des loups, on en oublie qu’il existe aussi une période d’accouplement chez les élus. C’est la présidente du Conseil national, Marina Carobbio, qui le rappelle à l’assemblée en annonçant une bonne nouvelle. La conseillère nationale et cheffe de meute parlementaire des Verts libéraux, Tiana Angelina Moser, vient de mettre au monde une fille. On peut parier que le père, le conseiller national PS Matthias Aebischer, a le poil qui se hérisse de contentement. L’heureux événement est en tout cas applaudi par la harde du Conseil national.

La bagarre reprend rapidement. Beat Jans (PS/BS) n’en peut plus de ces élus de droite qui croient pouvoir réguler la nature. «Vous croyez que le loup va vous téléphoner pour vous avertir qu’il viendra manger demain mère-grand?» Magdalena Martullo (UDC/GR) lui répond: «Et vous, vous croyez qu’un loup qui tue des animaux attend tranquillement sur place que l’autorisation fédérale de tir arrive?»

Christian Wasserfallen (PLR/BE) demande à tout le monde de se calmer, y compris dans ses rangs. Il constate froidement qu’il y a 350'000 moutons en Suisse, dont 4000 meurent chaque année. Seuls 250 sont tués par le loup et leurs propriétaires touchent des compensations de la Confédération. «Nous ne sommes pas dans un état d’urgence.» La nouvelle loi est acceptée par une large majorité de 115 voix contre 67. Elle repart au Conseil des États pour éliminer les divergences. Benoît Genecand (PLR/GE) espère que le castor y sauvera sa peau (voir encadré). «Nous devons gagner la bataille devant le peuple et je vois déjà les affiches de castors chez les opposants.»

Créé: 08.05.2019, 21h05

Le lynx sauve sa peau mais pas le castor

Il n’y a pas que le loup que le parlement souhaite pouvoir plus facilement réguler. D’autres animaux ont été ajoutés sur la liste de tir des cantons. En revanche, certaines bêtes ont été sauvées. Voici les raisons.

Le castor, architecte ou démolisseur?

Par 95 voix contre 91, le National a rejoint les États pour mettre le castor sur la liste des espèces à réguler. Bastien Girod (Les Verts/ZH) a bien tenté d’attendrir l’assemblée en disant que le castor était «un architecte paysagiste fascinant». L’assemblée a suivi de peu ceux qui affirment que le castor est aussi un «démolisseur de routes et de biens publics».

Le lynx s’en sort sans bruit

Le National n’a pas osé toucher à l’oreille pointue du lynx, ni à son pelage magnifique. Il faut dire que l’animal est timide envers les gens et n’aime pas les moutons. Il tue en revanche des chevreuils, ce qui peut énerver certains chasseurs. Trop peu pour le mettre sur la liste de tir.

Pitié pour le héron, pas pour la bécasse

Le héron cendré et le harle bièvre ont sauvé de justesse leurs plumes. Ils ne figurent plus sur la liste de régulation. À signaler aussi que la bécasse des bois et le coq du tétras-lyre continueront à pouvoir être chassés.

La chasse au terrier reste autorisée

Les deux conseillères nationales vaudoises Isabelle Chevalley (Vert’lib) et Adèle Thorens (Les Verts) ont échoué à faire interdire la chasse au terrier, qu’elles jugent «insupportable de cruauté».

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