Les multiples incendies qui consument Sion 2026

Jeux olympiques d’hiverÀ quelques jours d’un débat au parlement valaisan et à trois mois d’un vote crucial dans le Vieux-Pays, la candidature de Sion 2026 multiplie les maladresses et peine à décoller.

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Des Jeux durables et à taille humaine. Sur le papier, la candidature olympique de Sion 2026 se présente comme une promesse de rupture avec le gigantisme du passé. L’ambition est saluée par tous. «Créer de nouveaux Jeux», comme l’assure le conseiller d’État valaisan Frédéric Favre (PLR), qui porte le projet à bout de bras. Jugé solide par les experts qui l’ont consulté comme par le CIO, le projet pourrait marquer une rupture. Pourtant, la candidature semble perpétuellement mise à mal de l’intérieur. Et la liste des couacs ne cesse de s’allonger. De quoi crisper un climat politique valaisan déjà tendu à seulement trois mois d’un vote déterminant dans le canton.

Nouvel épisode jeudi lors de la présentation par Frédéric Favre, par ailleurs vice-président de Sion 2026, d’un état des lieux sur le projet au niveau de la durabilité (lire encadré). Opposants déclarés à cette candidature, les Verts valaisans s’inquiètent de la manière de procéder, car Frédéric Favre certifiait quelques jours plus tôt que cette analyse n’était pas terminée et pas présentable. Jean-Pascal Fournier, président des écologistes, déplore un travail réalisé à la va-vite. «Tout cela montre que la durabilité et l’environnement n’ont jamais été des préoccupations d’origine. Il n’y a guère que des mots. Pour l’instant, je ne sais toujours pas ce que les Valaisans achètent le 10 juin.»

Communication maladroite
Cela serait presque anodin si les porteurs de Sion 2026 n’avaient pas allumé incendie sur incendie. Qu’ils peinent à éteindre. Jeudi encore, c’est le président de la Chambre vaudoise de commerce et d’industrie et par ailleurs initiant de ce projet, Bernard Rüeger, qui regrettait dans nos colonnes avoir été «évincé». Pour lui, les Vaudois ont été écartés. Coup de tonnerre aussi à Berne, autre canton partenaire de Sion 2026. Marcel Brülhart, président de Bern Welcome, organisme faîtier des acteurs touristiques bernois, déclare au Bund que les JO ne sont pas compatibles avec la stratégie touristique de la capitale.

Les erreurs sont aussi patentes dans la communication. Faire flamber du mazout dans un baril de pétrole rouillé au sommet du Cervin pour allumer l’enthousiasme olympique n’a pas été du goût des tenants de la durabilité. Un brasier allumé à l’initiative de Christian Constantin, le bouillonnant promoteur et président du FC Sion, et en présence du conseiller d’État PDC Christophe Darbellay. Le même qui niait la veille toute «propagande à l’école», alors qu’un directeur de cycle d’orientation avait distribué à ses élèves des foulards estampillés Sion 2026. Justification invoquée par le ministre: le projet olympique est positif pour le canton. On peut encore remonter le fil des erreurs jusqu’à l’affaire des «Panama Papers» qui avait rattrapé et coûté sa place à l’ancien président de la candidature, l’avocat vaudois Jean-Philippe Rochat.

Frédéric Favre, bien conscient qu’il existe «un potentiel d’amélioration» dans la manière de communiquer, avoue ne pas pouvoir tout maîtriser. «C’est le plus grand projet que ce pays puisse organiser et, forcément, cela suscite des initiatives individuelles et aussi des frustrations de ceux qui se sentent écartés du projet. Il faudra faire avec. C’est comme lorsque des supporters cassent des choses en ville après un match; est-ce toujours la responsabilité du club?» Premier soutien à Sion 2026, le PLR valaisan réaffirme sa position mais se montre plus critique, par la voix de son président René Constantin. «C’est regrettable que le fond du dossier passe toujours au second plan, mais certaines personnes doivent comprendre qu’elles doivent se retirer de l’avant-scène pour le bien de la candidature.» En clair, les promoteurs et initiateurs Bernard Rüeger et Christian Constantin sont, selon lui, trop clivants pour être associés à ce projet olympique «durable».

Mais le comité de candidature pèche aussi par le manque de réponses qu’il apporte à des questions clés. L’UDC du Valais romand a ainsi nettement rejeté le projet. La présidence du parti reconnaît avoir été convaincue par «la très grande qualité technique du dossier» mais fustige une mauvaise gestion «au niveau politique et de la gouvernance». Et en particulier l’absence de réponse claire quant à la prise en charge d’un éventuel déficit.

Convaincre la population
Illustration de la bataille politique qui divise les Valaisans, l’objet devrait dépasser les clivages traditionnels. Le PS du Valais romand a ainsi décidé de consulter sa base avant de prendre position. Fort d’une majorité PDC-PLR en principe alignée derrière le projet, Sion 2026 pourrait acquérir lundi prochain le soutien du Grand Conseil valaisan. Mais pour l’emporter devant le peuple, il faudra convaincre une population échaudée et donc sortir de cette spirale d’erreurs en cascade. Comme on l’assure au sein même des fervents de Sion 2026, «sans une communication beaucoup plus maîtrisée, cela ne passera pas». (24 heures)

Créé: 02.03.2018, 06h52

Trois questions à Philippe Leuba

«Je ne sers pas d’alibi»

– Vous êtes le dernier Vaudois encore au comité. Votre présence sert-elle d’alibi?
– Non, vu la manière dont je m’engage, j’ai l’audace de penser que ma présence ne sert pas d’alibi. Et je ne suis pas le seul Vaudois. MM. Cardinaux et Stricker gèrent respectivement l’administration et les finances pour l’un, l’héritage et l’innovation pour l’autre. Ce sont des postes clés.

– Les couacs qui ont émaillé le projet sont-ils préjudiciables?
– Tout projet de cette envergure connaît des difficultés au démarrage, une situation normale tant les pays ne sont pas habitués à conduire des projets de ce genre. Nous avons connu une phase d’apprentissage, mais la structure est en place et elle est solide.

– Dans les autres cantons impliqués, attend-on les résultats du vote valaisan pour se montrer plus actif?
– Berne est sur le point de renouveler son gouvernement et Fribourg se prépare à une élection partielle. Avant de telles échéances, le climat n’est guère propice à la conduite de grands projets. En outre, à l’image de l’élaboration du dossier et des séances de présentation, il y a beaucoup de choses qui se font sans être rendues publiques. Et il reste du temps pour façonner l’enthousiasme.

(Emmanuel Borloz)

La durabilité doit être améliorée

Au centre du projet, la durabilité de Sion 2026 fera l’objet d’un accompagnement par la Fondation pour le développement durable des régions de montagne (FDDM). Ce processus a été présenté jeudi à Sion par Eric Nanchen, directeur de la FDDM, et le conseiller d’État valaisan Frédéric Favre. Mandatée par l’État du Valais et la Ville de Sion, la FDDM vérifiera «la cohérence du dossier au fur et à mesure de son avancement» et formulera des recommandations. Et son directeur d’assurer qu’il ne s’agit pas d’un «audit», mais d’un processus en cours, les Jeux d’hiver de 2026 ayant lieu dans huit ans.

Concrètement, la FDDM a créé une grille d’analyse évolutive de la durabilité. Cette grille propose une cinquantaine de questions qui évolueront et deviendront de plus en plus pointues avec le temps, a précisé Eric Nanchen.

À ce stade, force est de constater que le projet Sion 2026 ne contient que quelques éléments de durabilité concrets. Peu d’informations traitent par exemple de la gestion des déchets ou de celle de l’eau. Et rien n’est aujourd’hui prévu pour la réaffectation des infrastructures temporaires. «L’essentiel du travail est devant», a souligné Eric Nanchen.

Frédéric Favre nuance: «PyeongChang se prétendait durable, ce n’était pas le cas et ce ne sera vraisemblablement pas le cas pour Pékin en 2022. La différence avec notre projet, c’est que nous ne construisons rien et recourons exclusivement aux transports publics. En cela, 80% des objectifs de durabilité sont déjà atteints. Les 20% restants sont évolutifs.»

Reste à convaincre le monde politique, puis la population, que cette démarche sera suivie d’effets concrets. Contrairement à la position des Verts qui ne conçoivent pas que les Jeux olympiques puissent être durables, le président d’Avenir écologie et député PLR au parlement valaisan David Crettenand juge cette première analyse positive. «Cela va nous encourager à considérer la durabilité à sa juste place, je trouve même que c’est un processus logique. Les porteurs du projet n’avaient pas les compétences pour penser à chacun de ces aspects», souligne celui qui est aussi membre du comité de soutien à Sion 2026.

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