Les réserves de tests du coronavirus s’épuisent partout

CriseLa pénurie guette alors que des cantons veulent accélérer la cadence des dépistages.

Le nombre de tests est en hausse, mais les kits de dépistage manquent cruellement.

Le nombre de tests est en hausse, mais les kits de dépistage manquent cruellement. Image: Keystone

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Près de 1000 cas supplémentaires de coronavirus en un jour. Le nombre de personnes infectées ne cesse d’augmenter, poussant les capacités de dépistage des cantons à leurs limites. La Suisse a déjà effectué 40'000 tests, et jusqu’à 7000 diagnostics quotidiens ces derniers jours. Les réserves commencent à s’amenuiser sérieusement. Le médecin cantonal vaudois, notamment, est limpide à ce sujet: «Nous sommes dans une situation de pénurie de tests», a déclaré Karim Boubaker mercredi. Nombreux sont les cantons qui veulent augmenter la cadence, sans pour autant en avoir les moyens.

Les tests ne sont pas répartis par la Confédération: aucun système ne permet de le faire. «Jusqu’à maintenant, nous fonctionnons en marché libre, a expliqué jeudi Daniel Koch, responsable de la division des maladies transmissibles de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Mais nous essayons d’aider les cantons à obtenir des tests. Bien sûr, nous recommandons aux distributeurs de donner la priorité là où les tests sont les plus utiles. En général, cela désigne les laboratoires des grands hôpitaux.»

En manque de réactifs

Chacun se débrouille donc comme il peut. En Suisse romande, le Valais étudie un moyen d’augmenter le nombre d’analyses, tandis que Neuchâtel est en train de développer une «capacité propre de faire des tests à petite échelle». À Genève, pas de pénurie. «Par contre, nous ne pouvons pas élargir notre stratégie de dépistage car nous craignons pour le réapprovisionnement, concède Adrien Bron, directeur général de la santé. En Suisse comme dans le reste de l’Europe, se procurer des tests devient problématique. Nous aurions voulu pouvoir dépister davantage, mais dans cette situation incertaine, nous ne sommes pour le moment pas en mesure de le faire.»

Au-delà de l’Europe, c’est une pénurie mondiale qui menace. Pour être plus précis, ce sont les réactifs permettant de détecter l’infection qui viennent à manquer. Cette substance est produite aux États-Unis, a expliqué Laurent Kaiser, chef du service des maladies infectieuses de Genève, sur le plateau de la RTS . Tout le monde court après. Et si les États-Unis décident de limiter leurs exportations, on est mal. Sans réactifs, pas de tests.» La Confédération est donc en train de négocier avec Washington un accord permettant de garantir l’approvisionnement. Au CHUV aussi on attend avec impatience d’être livré.

Expérience avortée

Jeudi, Daniel Koch ne se montrait guère optimiste. «Les ressources arrivent à la limite. Nous essayons de nous procurer davantage de kits auprès de différentes sources d’approvisionnement. Mais le reste du monde aussi cherche à les obtenir. La demande ne pourra pas être satisfaite, en Suisse comme ailleurs. Raison pour laquelle il faut essayer de tester lorsque cela est absolument nécessaire et éviter le gaspillage.»


Lire aussi: Vaud: «Nous sommes en pénurie de tests»


Berne offre un bon exemple des difficultés que posent les diagnostics. Le Canton a annoncé en début de semaine qu’il comptait augmenter ses capacités d’analyses grâce à un centre de test rapide. L’installation aurait dû voir le jour la semaine prochaine, sous une tente ou dans une structure provisoire. L’idée était également de mettre en place un «drive-in» permettant aux automobilistes de se faire tester, comme en Corée du Sud. Berne prévoyait jusqu’à 1000 tests par jour. Son projet devait servir de laboratoire pour le reste de la Suisse, mais Daniel Koch a douché toutes les ambitions jeudi en raison des ressources limitées en tests. «L’expérience est en stand-by. Nous le ferons peut-être, mais pour le moment le projet est gelé.»

Les autorités bernoises prévoyaient d’ouvrir deux autres centres du genre à Thoune et à Bienne, ce qui aurait augmenté les capacités d’analyse à 3000 tests quotidiens. En comparaison, Vaud est capable actuellement d’en effectuer près d’un millier par jour. Si le canton de Berne pouvait se permettre un tel «luxe», c’est notamment parce qu’il est parvenu à se procurer les nouvelles machines de tests fabriquées par Roche, a-t-il affirmé. Une annonce qui a surpris dans d’autres cantons, vu le manque généralisé de réactifs.

D’ailleurs, quel que soit le laboratoire qui produit le test, la situation est partout pareille. Bâle-Campagne a décidé d’accélérer la cadence des tests en créant notamment des patrouilles mobiles pour éviter que les cas suspects ne se déplacent à l’hôpital. Le canton utilise les tests développés par l’institut Viollier, capable de donner un résultat en quatre heures. «Le problème est la pénurie de tests à laquelle nous faisons face actuellement, précise Rolf Wirz, du bureau de crise bâlois. Nous n’arrivons donc pas à atteindre cette cadence.»

Créé: 19.03.2020, 21h16

Berne fait fi de la consigne fédérale

Malgré les critiques de certains experts appelant à
des dépistages à large échelle, la Confédération tient à sa stratégie d’analyses ciblées. Pour ne pas surcharger le système de santé, seuls doivent être testés les patients présentant des symptômes aigus, les personnes à risque, les professionnels de la santé en contact direct avec les patients, le personnel des EMS.

Le Canton de Berne veut ouvrir plus largement le champ des diagnostics. Il prévoit d’ajouter à la liste fédérale les personnes avec des symptômes «clairs», soit une toux et de la fièvre. Un dépistage de large échelle est «la meilleure réponse que nous pouvons
apporter à cette épidémie», a défendu jeudi le ministre bernois de la Santé, Pierre Alain Schnegg. Selon Gundekar Giebel, porte-parole du Département bernois de la santé, une nouvelle stratégie va être annoncée ces prochains jours pour permettre de tester «beaucoup plus de monde».

Les Cantons peuvent-ils dévier ainsi de la consigne fédérale? La réponse de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) n’est pas claire, mais il est évident que celui-ci n’apprécie guère qu’on dévie de ses recommandations. Les critères de tests doivent être «strictement» respectés, affirme une porte-parole, qui ajoute que les «mêmes lignes directrices valent pour tous les Cantons».

Les velléités bernoises s’attirent des critiques. Selon nos informations, des Cantons voudraient interpeller la Confédération pour lui demander de faire respecter les mêmes critères dans tout le pays.

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