Les retraites anticipées dans la construction sont en danger

Partenariat socialLe torchon brûle entre entrepreneurs et syndicats. Le litige porte sur les moyens pour renflouer la caisse de retraite.

Les travailleurs de la construction peuvent bénéficier depuis 2003 d'une retraite anticipée à des conditions avantageuses.

Les travailleurs de la construction peuvent bénéficier depuis 2003 d'une retraite anticipée à des conditions avantageuses.

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L’an dernier, 1500 travailleurs de la construction ont pu prendre une retraite anticipée. Sur les chantiers, le corps est mis à rude épreuve. Une convention collective de travail (CTT) permet aux maçons de se retirer de la vie active dès l’âge de 60 ans à des conditions avantageuses. Depuis son introduction il y a quinze ans, la CTT a profité à 18 000 personnes. Un système pionnier qui pourrait s’écrouler faute d’entente entre partenaires sociaux.

Une résolution signée mercredi par la Société suisse des entrepreneurs (SSE) montre bien la tension ambiante. Dans cette lettre, «l’attitude irresponsable» des syndicats est évoquée. Ils sont accusés d’utiliser ce système de retraite anticipée «comme jouet de politique syndicale». Une pratique qui mettrait en péril son financement. «Nous tenons à conserver cette avancée sociale, explique d’emblée Flavio Torti, représentant romand au sein de la SSE. Mais nous refusons d’être mis sous pression.»

Des lignes rouges

Un épisode de plus dans une escalade qui dure depuis des mois. Pour la comprendre, il faut remonter à la création de ce système, en 2003. À l’origine du projet, la SSE, Unia et Syna décident de financer la retraite anticipée par des cotisations patronales et salariales. Pour chapeauter le tout, une fondation est créée: la FAR (Fondation Retraite Anticipée).

Or cette fondation se trouve aujourd’hui confrontée à des problèmes de liquidités. En novembre, l’Autorité de surveillance des institutions de prévoyance du canton de Zurich demande au conseil de fondation d’engager des mesures d’assainissement dans les soixante jours. Descendue à 92%, la couverture est déficitaire. Depuis, rien n’a été fait, malgré d’autres courriers. Un statu quo qui est la conséquence du bras de fer auquel se livrent les partenaires sociaux qui siègent à parts égales dans le conseil de fondation. La SSE est prête à intervenir et propose trois options qui visent soit à augmenter l’âge de la retraite anticipée, soit à diminuer le montant des rentes. Ce qui permettrait de maintenir la limite de 60 ans. Pour les entrepreneurs, «la FAR doit être assainie du côté des prestations, vu que les dernières mesures d’assainissement ont été opérées exclusivement par le biais des cotisations». Et de préciser que ce sont surtout les employeurs qui ont jusqu’ici mis la main au porte-monnaie.

«Il y a des lignes rouges sur lesquelles nous ne pouvons pas transiger: l’âge de la retraite anticipée à 60 ans et le montant des rentes»

Piqués au vif, les représentants syndicaux réagissent au quart de tour. «Nous étions prêts à entrer en matière sur une augmentation temporaire des cotisations, à laquelle les travailleurs auraient aussi contribué, rétorque Nico Lutz, responsable construction chez Unia. Mais il y a des lignes rouges sur lesquelles nous ne pouvons pas transiger: l’âge de la retraite anticipée à 60 ans et le montant des rentes.» Et de rappeler que les représentants de la SSE ont refusé toutes leurs pistes.

En filigrane de ce bras de fer se cache un autre enjeu. Crucial lui aussi, il porte sur une autre CTT: la convention nationale 2019 qui règle notamment les salaires ou les conditions de travail. «Nous nous opposons à toute tentative visant à forcer une association déloyale entre ces deux conventions», écrit la SSE. «Les syndicats veulent créer un climat défavorable à la veille des négociations, regrette Benedikt Koch, directeur de la SSE. Pour mobiliser lors des manifestations prévues le 23 juin, ils sont prêts à monter en épingle la question de l’âge de la retraite, et à mettre en péril la FAR.»

Maintenir le système

Nico Lutz tombe des nues. «Si la SSE avait accepté de négocier sur les mesures d’assainissement de la FAR l’an dernier, nous n’en serions pas là. La convention nationale doit être rediscutée cette année. Il n’y a peut-être pas de lien juridique entre les deux CCT, mais politiquement il existe. À 55 ans, certains maçons risquent de perdre leur travail ou d’être moins payés car ils ne sont plus aussi performants. Pour eux, la retraite anticipée à 60 ans, c’est un élément décisif. Je ne vois pas comment nous pourrions discuter d’une nouvelle convention nationale en excluant ce thème.» Les deux protagonistes jurent toutefois vouloir maintenir le système actuel. Un nouveau round de discussions est prévu dans deux semaines, le 25 avril. (24 heures)

Créé: 12.04.2018, 07h01

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