Max Göldi publie le journal intime d’un otage en Libye

RencontreL’électronicien suisse qui a passé près de 700 jours en captivité revient dans un livre sur la crise vécue avec le régime Kadhafi.

Max Göldi a passé 695 jours de captivité en Libye.

Max Göldi a passé 695 jours de captivité en Libye. Image: DOMINIQUE MEIENBERG

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La barbe qu'il appelait lui-même «barbe à la Ben Laden» a disparu. Ses cheveux sont devenus gris. A part cela, Max Göldi est comme on l’a vu au retour de Libye en Suisse en juin 2010, après 695 jours de captivité.

Huit années durant, il n’a pratiquement pas dit un mot en public et a tenu secret l’endroit où il vivait. Peu après sa libération, il a émigré en Asie avec son épouse. Il y a travaillé jusqu'à sa retraite anticipée en 2016 pour ABB, son employeur de longue date, qui l'avait nommé directeur pour la Libye en 2007. On n'en savait pas plus sur la vie de Max Göldi. Et maintenant, il est là pour parler de son livre qui paraît aujourd’hui en allemand: «Gaddafis Rache. Aus dem Tagebuch einer Geisel» – «La vengeance de Kadhafi. Journal intime d'un otage».

Max Göldi, 63 ans aujourd’hui, se présente devant nous avec une chemise blanche. A un moment donné, son nez saigne: «C’est à cause de l’air sec», dit-il en continuant comme si de rien n’était. Max Göldi semble très calme, apaisé, reconstruit. Quand il parle, c’est réfléchi. S'il n'a rien à dire, il ne dit rien.

Extrait de son journal, le 13 septembre 2009 : «J'ai parfois l'impression d'être le candidat idéal pour une mission sur Mars. Je n'ai aucune difficulté à rester dans un espace confiné et à être seul. Je n'ai pas vraiment besoin de sortir. En fait, je suis déjà satisfait quand il fait chaud et sec, quand j'ai assez à manger et quand il y a quelque chose d'excitant à lire. Je pourrais probablement tenir un an sans problème. Le vaisseau spatial me protégerait de l'environnement hostile, tout comme les murs de l'ambassade me protègent ici. »

Comme si nous le l’avions pas remarqué, Max Göldi concède aussi ne pas être très communicatif. Il préfère écrire un e-mail plutôt que de passer un coup de fil. C'est probablement aussi pour cette raison qu'il a écrit le livre : «C'était mieux pour moi que d'en parler à quelqu'un».

Pendant les presque deux années où il était retenu en otage en Libye, il a tenu un journal quotidiennement. Cela l'a aidé à comprendre et à documenter l'injustice qui lui est arrivée, comme il dit. La publication de ce journal est une étape supplémentaire dans ce processus. Le public trouvera peut-être même un certain intérêt à avoir son point de vue sur les événements. Et à ce stade, il manque encore une vue d'ensemble sur ce qu’on appelait à l’époque «l'affaire libyenne».

Avec ses 608 pages, le livre est devenu long, mais en aucun cas ennuyeux. Au contraire, il est politiquement explosif : l'électronicien, diplômé en informatique, qui a également travaillé pour ABB en Irak, au Pakistan, en Algérie et en Arabie saoudite, est très critique envers le Conseil fédéral, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), le gouvernement genevois et les médias. Et bien sûr le régime libyen lui-même.

L’arrestation

Le 15 juillet 2008, Hannibal Kadhafi, fils du dictateur libyen Muammar Kadhafi, a été brièvement arrêté à Genève. Lui et sa femme Aline, enceinte, sont accusés d’avoir brutalisé deux employés de maison. Trois jours plus tard, la sœur d'Hannibal, Aïcha Kadhafi, annonçait à Genève que la Libye rendrait à la Suisse «œil pour œil et dent pour dent». «A l'époque, seuls quelques experts du régime Kadhafi se rendent compte qu'il s'agit d'une déclaration de guerre contre la Suisse, note Göldi dans son journal. Le clan, qui entoure le dictateur, sent que son honneur est souillé et enclenche une vendetta implacable contre la Suisse. Cela durera deux ans.

Le 19 juillet 2008, plusieurs employés d'entreprises helvétiques ont été arrêtés en Libye, dont Max Göldi. On lui reproche d’avoir violé les lois sur l'immigration. En outre, ABB ne disposerait pas d'un enregistrement valide de la société et n'aurait pas payé les taxes correctement. La Libye arrête également le Vaudois Rachid Hamdani, qui possède les nationalités suisse et tunisienne.

Si le Ministère public genevois [...] avait envoyé une citation à comparaître à Kadhafi au lieu d'émettre un mandat d'arrêt, ma vie aurait probablement été bien différente. Là où on en est, il est inutile de se demander si les autorités genevoises ont causé la crise libyenne par négligence ou par étourderie. Ce qui est certain, toutefois, c'est qu'au cours de la crise, les responsables genevois n'ont guère manqué une occasion d'ajouter de l'huile sur le feu.»

A l’ambassade

Dix jours après leur arrestation, Max Göldi et Rachid Hamdani sont autorisés à quitter la prison pour l'ambassade de Suisse. Une caution est versée et les passeports restent confisqués. «Comme tout est propre ici et comme c’est agréable de se doucher avec de l'eau chaude», écrit Göldi dans son journal. Mais la joie ne dure pas: les négociations sont lentes et les Libyens ne cessent de formuler de nouvelles revendications. «Les hauts et les bas constants me rendent impuissant et fatigué», note Göldi le 1er octobre 2008.

Il note également que le président de la Confédération, Pascal Couchepin, hésite beaucoup à contacter le dictateur Kadhafi. Il ne veut faire quelque chose que si «le succès est à cent pour cent garanti». Mais c'est «presque impossible» car Kadhafi est «totalement imprévisible», écrit Göldi.

Un premier contact direct entre la Suisse et la famille Kadhafi aura lieu en janvier 2009, sous la forme d'une rencontre entre Seïf al-Islam, l’un des fils de Kadhafi, et la ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey. Du point de vue de Max Göldi, cette réunion arrive beaucoup trop tard, comme il l'a souligné lors de notre entretien: «Le blocus des visas est aussi arrivé beaucoup trop tard. On était toujours trop tard pour tout.»

Bien sûr, dit Max Göldi, on s’y prendrait différemment aujourd'hui, mais avec le recul, on est toujours plus intelligent. «La Suisse a longtemps dit qu'elle voulait résoudre seule le problème, qu'elle n'avait besoin de personne. En fait, elle n'avait pas de mauvaises relations avec la Libye jusqu'à ce qu'Hannibal soit arrêté à Genève», dit-il. Cependant, les autorités helvétiques n’ont absolument pas saisi la mesure à laquelle le clan Kadhafi avait été blessé. «Pendant longtemps, les autorités suisses ont cru que cela passerait aussi sans excuses. Mais elles étaient nécessaires», ajoute Max Göldi. Selon lui, le soutien actif des partenaires étrangers aurait également dû être recherché beaucoup plus tôt. Il était devenu évident que la Suisse devait s’en remettre aux poids lourds économiques et politiques tels que l'Allemagne et l'Espagne.

Dans son journal, Max Göldi se montre aussi très surpris des absences fréquentes de certains collaborateurs de l’ambassade de Suisse en Libye. Le 8 novembre 2008, il écrit par exemple:

«Frédéric prévoit partir en vacances en Egypte début novembre. Encore des vacances! C'est difficile à croire. Septembre en Tunisie, octobre à Malte, novembre en Egypte. Évidemment, Frédéric ne rêve pas que son rôle principal en tant que consul soit de défendre les intérêts de ses concitoyens en Libye. Et c'est particulièrement vrai dans la situation de crise actuelle. Quelle éthique de travail ! Je n'ai pas les mots.»

Max Göldi dit aujourd'hui que l'une des raisons de ces vacances est probablement due au fait qu'il n'était pas dans une situation trop mauvaise pour un otage. Sa vie n’était «en effet pas en danger immédiat». «Cependant, ma situation était insatisfaisante pour moi. Ces absences fréquentes étaient inacceptables pour moi. Évidemment, les fonctionnaires n'ont pas le même sens du devoir que dans le secteur privé.»

Seul

Rien n’avance et Max Göldi attend. Le 8 février 2009, il écrit : «Je me sens piégé dans une boucle sans fin.» Il apprend que le DFAE a décidé de «réduire» les effectifs de l'ambassade de Suisse à Tripoli pendant quatre jours. «Un one-man-show», écrit Max Göldi. «On ne veut plus qu’un chargé d'affaires sur le terrain – mais plus aucun diplomate.» Mais le chargé d’affaires n'est pas autorisé à entrer - les Libyens lui refusent l'entrée.

Tous sauf Max Göldi s'en vont. D'abord l'impopulaire Frédéric S., dont il n'utilise que le prénom dans le livre : il est transféré par le DFAE. L'ambassadeur Daniel von Muralt, par qui Max Göldi se sentait bien soutenu, est «littéralement poussé vers la retraite anticipée», comme l'écrit Max Göldi. Et comme tous les autres employés suisses quittent aussi l'ambassade, Max Göldi se retrouve soudain seul à l'ambassade de Tripoli – propulsé «deuxième secrétaire d'ambassade». Berne l'informe qu'il doit assumer un certain nombre de fonctions consulaires. Il reçoit un passeport diplomatique, qu'il n'est toutefois pas autorisé à utiliser. La ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey remercie Max Göldi pour son aide.

«S'il était rendu public en Suisse que la dernière diplomate accréditée est partie aujourd'hui et que je suis maintenant le gardien de l'ambassade à Tripoli, le DFAE aurait certainement l'air assez idiot. L'otage à l'ambassade tient tout seul la boutique, il a tous les codes pour les coffres-forts [...], a toutes les clés, dispose d’un compte e-mail de l'ambassade, etc. (....) L'UDC exigerait probablement la démission de Micheline Calmy-Rey sur-le-champ.»

Avoir un travail fait du bien à Max Göldi. «J'ai aimé cela, c'était intéressant pour moi et pas obligatoire du tout. C'est un changement de rythme.» A partir de juin 2009, la section des visas de l'ambassade de Suisse à Tripoli est fermée. Les Libyens qui souhaitent se rendre en Suisse doivent demander leur visa à l'ambassade de Suisse au Caire, la capitale de l'Egypte.

Merz en Libye

Le 20 août 2009, Hans-Rudolf Merz, alors président de la Confédération, arrive en Libye. Lors d'une rencontre avec le premier ministre Al-Mahmoudi, il s'excuse du comportement de la police genevoise dans l'affaire Hannibal. Les deux pays signent un traité visant à rétablir les relations bilatérales entre la Suisse et la Libye. Max Göldi et Rachid Hamdani doivent également être autorisés à quitter le pays. Mais il ne se passe rien. Göldi et Hamdani restent coincés.

En Suisse, Merz doit donc affronter une immense vague de critiques. Max Göldi, lui, évalue le rôle du conseiller fédéral différemment : «Il a fait ce qui était nécessaire», dit-il lors de notre entretien. «Pour le clan Kadhafi, il occupait la position de leader en tant que président de la Confédération et devait s’incliner devant eux. Si Merz ne l’avait pas fait, le prochain président de la Confédération aurait dû le faire. Le mieux aurait été que Pascal Couchepin le fasse en 2008 déjà.» Dans un sens, estime Max Göldi, Hans-Rudolf Merz s'est sacrifié pour lui.

L’enlèvement

Durant les jours et les semaines pendant lesquelles la Suisse entière se moque de la courbette du conseiller fédéral appenzellois, Max Göldi pense à plusieurs reprises qu'il pourrait bientôt partir. Mais le «pardon» de Kadhafi ne vient pas. Et le 6 septembre 2009, écrit Max Göldi, arrive un «grand choc» et un «retour à la réalité».

«Ce dimanche-là, le chargé d'affaires suisse Stefano Lazzarotto s’est rendu «avec optimisme» au Ministère des affaires étrangères – pour en revenir «complètement déprimé. Les Libyens sont furieux parce que la «Tribune de Genève» a publié les photos de police d'Hannibal Kadhafi, les photos prises au poste lors de son enregistrement après son arrestation. «[...] Le clan Kadhafi se vengera sûrement de cette nouvelle humiliation publique, et Rachid et moi devrons payer pour cela. Quel cauchemar ! Nous pouvons probablement oublier notre libération pour longtemps».

Et puis ça continue. A la mi-septembre, Göldi apprend que la Suisse offre enfin une résistance efficace. Elle a bloqué l'entrée dans l’Union européenne de Seïf al-Islam, le fils préféré de Kadhafi. «En plein dans le mille!», note Max Göldi. «Le rejet des visas Schengen pour l'élite libyenne est certainement le moyen de pression juridique le plus efficace dont dispose la Suisse». Ce n'est que le début. «La guerre des visas s'intensifie», dit Max Göldi pendant quelques mois. A ce moment-là, Suisse a bloqué 188 demandes de visa libyen pour l'Europe.

Un jour après que le blocus des visas contre Seïf al-Islam a été rendu public, les otages sont convoqués à une «enquête de sortie» à l'Hôpital universitaire de Tripoli. Max Göldi se méfie ce 18 septembre 2009. Mais il y va. Au début, tout semble fonctionner normalement, mais Max Göldi et Rachid Hamdani sont conduits vers une sortie latérale plutôt qu'en radiologie.

«Il y a une Mercedes dehors, elle est entourée de types sinistres. [...] Je continue à refuser catégoriquement de monter dans la voiture. Après tout, les types en ont assez de ce petit jeu. Ils m'attrapent et me poussent dans la voiture. Ils confisquent mon téléphone, tout comme celui de Rachid, et la voiture démarre en trombe.»

Göldi et Hamdani sont emmenés dans un lieu inconnu à Tripoli et isolés l'un de l'autre. Personne ne sait où ils sont, et eux non plus. Jogging dans la cellule – huit pas à l’aller, huit pas au retour, exercices de fitness, et parfois tristesse, sommeil quand il le trouve, réflexion et écriture – c'est tout ce qu’il reste à Max Göldi.

«Je suis ici depuis sept semaines. Ma capsule spatiale continue de voler à travers l'immensité hostile de l'espace vers une cible inconnue. C'est toujours la même routine quotidienne dans mon petit vaisseau spatial, et je n'ai aucun contact avec le monde extérieur et aucune possibilité d'influencer la trajectoire de vol. Je m'attends à ce qu'à tout moment, une météorite ou un débris spatial frappe ma capsule et détériore ou détruise soudainement mes conditions de vie. Qu’est-ce qui se passe à la station au sol? Reçoivent-ils mes signaux radio? La chanson de David Bowie «Space Oddity» me passe par la tête : «Ground Control to Major Tom: Your circuit’s dead, there’s something wrong. Can you hear me, Major Tom? Can you hear me, Major Tom?»

Le procès en sorcellerie

Après 53 jours, l’incarcération prend subitement fin. Un garde dit à Max Göldi d'emballer ses affaires. Lorsqu'on l'emmène en voiture, Max Göldi garde son chapeau «sur la tête», comme il écrit. Le chapeau comporte un «compartiment secret». Il y cache ses notes pour son journal intime, en partie rédigées sur des serviettes en papier.

Avec son compagnon d’infortune Rachid, Max est conduit à un tribunal, «la salle rappelle une église minable», selon une note datée du 9 novembre 2009, où les deux Suisses sont interrogés. Ensuite, ils peuvent prendre un taxi, qui les emmène à mi-chemin de la liberté: l'ambassade. C'est là que Stefano Lazarotto les rencontre. Ils s'embrassent. «C'est le plus beau jour de ma vie», dit le chargé d'affaires.

De temps en temps, Max Göldi et Rachid Hamdani doivent quitter l'ambassade pour se présenter aux audiences. Ils sont accompagnés de diplomates venus d'Allemagne, d'Espagne, des Pays-Bas, d'Autriche, de Grande-Bretagne, du Danemark et de Suisse. «La solidarité et le soutien des Européens sont formidables», souligne Max Göldi.

Les deux Suisses sont condamnés à 16 mois de prison chacun le 30 novembre 2009, pour des infractions inventées aux règles d'entrée et de séjour, dans un procès simulé – «comparable aux procès de sorcières du XVIe siècle». Ils tentent de se défendre.

La protection des Etats membres de l'UE s'avère cruciale, en particulier le dimanche 31 janvier 2010, lorsque l'ambassadeur allemand Matthias Meyer s’interpose avec «héroïsme» à l’issue d’une délibération sur Rachid Hamdani.

«Alors que le procès touchait à sa fin, [...] plusieurs policiers du tribunal sont soudainement apparu et ont tenté d'arrêter Rachid. Meyer s'interpose avec véhémence pour le défendre [...] Meyer mesure environ 2 mètres et a donc une stature plutôt impressionnante. Il y a eu une bagarre. [...] Les policiers ont crié et ont continué à essayer d'arrêter Rachid [...]. Mais l'ambassadeur Meyer a de nouveau fait jouer toute sa taille et a rembarré le policier le plus agressif.»

Finalement, tout le monde a le droit de rentrer à l'ambassade. Et c'est encore mieux: Hamdani est acquitté le même jour des accusations fictives en matière d'immigration.

«Le ciel et l'enfer sont souvent proches. [...] Je suis aussi heureux, mais plutôt calme, car pour être honnête, je suis un peu jaloux. [...] Les Libyens n'ont plus qu'une carte dans leurs mains: moi!»

L’ultimatum

Le samedi 20 février 2010, des policiers encerclent l'ambassade de Suisse à Tripoli. Rachid Hamdani, comme l’ont promis les Libyens, peut maintenant partir, mais Max Göldi doit être incarcéré, dans un «bon endroit», dans une «villa». Göldi ne croit pas un mot de ce qu'ils disent. Mais après quelques va-et-vient, des menaces de prise d'assaut de l'ambassade et beaucoup de persuasion, y compris de la part des diplomates suisses, il décide de «suivre les traces d'Arnold Winkelried et de faire un sacrifice pour ma patrie». Il emporte le sarcasme avec lui en prison, où il enregistre ses pensées. Là, il est photographié et doit montrer les menottes pour la photo. «C’est clair qu'il ne s'agit pas d'une photo officielle, mais seulement d'une photo prise pour que papa Kadhafi et son fils raté puissent s’en délecter», écrit Max Göldi dans son journal.

Le 1er mars 2010, ce même fils vient rendre visite au prisonnier. «Captain Hannibal» est accompagné d'une équipe de relations publiques composée de photographes et de «journalistes».

«Hannibal est le calme en personne. Il dit qu'il a entendu dire que ma mère avait la chance de fêter son 80e anniversaire aujourd'hui. Il me demande si je veux l'appeler. Après de nombreuses sonneries, ma mère décroche. D'une voix hésitante, je la félicite pour son anniversaire. ... Mais je suis submergé par les émotions, ma voix est pratiquement éteinte… Tout doucement, je parviens juste à dire: «Je dois arrêter maintenant, ciao.»

Max Göldi reste presque quatre mois en dans cette prison qui grouille de souris et de cafards. Peu avant sa libération, il est surpris tôt le matin par des coups de feu. Des prisonniers sont exécutés tout près.

La libération

Un plan d'action prévoit que la Suisse présente des excuses pour la publication de photos de police et verse à Hannibal verse 1,5 million de francs suisses. La Libye laisse partir Göldi.

Le 13 juin 2010, Calmy-Rey s'envole pour donc pour la Libye avec le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Ángel Moratinos, qui s'est beaucoup engagé auprès des otages. Une fois de plus, Max Göldi fait sa valise. Mais cette fois-ci, il ne la déballera qu'en Suisse. 695 jours d'incertitude sont derrière lui.

«Et puis, il arrive enfin, le moment tant attendu, l'avion se fait de plus en plus rapide, de plus en plus rapide et décolle. Un sentiment indescriptible! Je regarde les lumières en dessous de moi et je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. »

En liberté

Après de dénouement, Max Göldi ressent une grande liberté, en même temps il est écrasé par une fatigue de plomb. ABB le libère jusqu'à nouvel ordre. «J’étais comme dans les limbes, je ne savais pas exactement comment ça allait continuer et ce que je voulais, dit-il aujourd'hui. J'avais besoin de temps pour reprendre pied. Ce temps m'a été donné par mon employeur, qui m'avait déjà soutenu tout au long de la période précédente – jusqu'à ce que je sois prêt à reprendre un travail normal.»

Max Göldi dit qu'il est difficile d'expliquer ce qui se passait en lui à l'époque. Et l'explique ainsi : «En captivité, on attend le moment où l'on n'a plus besoin de demander pour aller aux toilettes. Puis en liberté, tu peux soudain décider par toi -même quand aller, où aller, quoi faire, quand te lever, c'est d'une certaine façon...» Il fait une pause. «....C’est déjà libérateur. Mais aussi juste.... bizarre. C'est presque impossible à exprimer. Je ne sais pas comment le dire avec des mots.»

«Il faut imaginer la nouvelle vie en liberté comme une sorte d'apprentissage», explique Göldi. Il répète : «Pour pouvoir décider librement à nouveau, tu dois le réapprendre.» L'état flottant de Max Göldi a duré environ trois mois, puis il s'est lentement retrouvé dans un rythme normal. «Je me suis aidé moi-même, avec une sorte d'auto-thérapie, pour ainsi dire». Un soutien psychologique, dit-il, n'était pas nécessaire pour lui.

Max Göldi assure qu’il va bien aujourd'hui. Il n’en souffre plus, il n’a pratiquement pas eu de troubles de stress post-traumatique ou quoi que ce soit du genre. «Je pense que j'ai assez bien pris tout ça. Je mène la vie normale d'un retraité», dit-il. Puis il ajoute: «Mais bien sûr, je pense encore aux événements tous les jours. Je parle souvent aux gens de ce qui s'est passé.»

Max Göldi pense surtout aux épisodes drôles. Les nombreuses situations bizarres et étranges. «En tant que citoyen suisse, on peut difficilement imaginer cela. On ne peut pas le comprendre. Les actions du régime libyen étaient tellement absurdes.» (24 heures)

Créé: 31.10.2018, 06h56

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