Morgins tente de sortir de sa lente agonie

Remontées mécaniquesEn mal de liquidités, la station valaisanne compte sur un élan politique et populaire pour survivre.

Le télésiège 3 places de la Foilleuse, à Morgins (ici en avril 2010), est en sursis. Cette installation vieillissante restera fermée l'hiver prochain si la récolte de fonds en cours n'aboutit pas.

Le télésiège 3 places de la Foilleuse, à Morgins (ici en avril 2010), est en sursis. Cette installation vieillissante restera fermée l'hiver prochain si la récolte de fonds en cours n'aboutit pas. Image: Chantal Dervey

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A Morgins, le télésiège de la Foilleuse, très apprécié des vététistes, est à l’arrêt forcé. Il le restera tout l’été, faute de liquidités. Et rien ne dit que cette installation vieillissante, qui donne accès au domaine skiable franco-suisse des Portes du Soleil, pourra tourner l’hiver prochain. La société exploitante doit impérativement procéder aux travaux nécessaires pour obtenir la prolongation de sa concession. Trois autres télésièges doivent être mis en conformité avec les exigences de l’Office fédéral des transports.

Pour financer cette opération de sauvetage, la station valaisanne doit trouver 1,8 million de francs d’ici au 31 juillet. Des promesses de dons pour près de 1 million ont été enregistrées depuis que l’appel au secours a été lancé, à la mi-mai. «Mais beaucoup de gens hésitent, car ils veulent savoir ce qu’il y aura en retour», constate Tommy Stefanelli, qui coordonne la recherche de fonds en sa qualité de président de l’Office du tourisme local.

L’annonce faite vendredi va peut-être rassurer certains contributeurs potentiels. Sous l’impulsion des autorités politiques du Chablais valaisan, les stations suisses des Portes du Soleil enclenchent un processus clair de rapprochement. Une condition sine qua non à l’octroi de subventions étatiques. «L’idée, c’est de créer une structure solide et pérenne, explique Nicolas Rey-Bellet, président de Télémorgins-Champoussin SA. Il n’est pas question pour nous d’injecter ce montant de 1,8 million sans une vision d’avenir cohérente. Cela reviendrait à boucher un trou pour recommencer dans un an.»

Les neuf communes du district de Monthey ont décidé d’agir sur deux axes. En premier lieu, la constitution dès cet automne d’une société d’investissement appelée, en priorité, à financer les projets de modernisation de tout le versant suisse des Portes du Soleil. Renouvellement d’installations mécaniques, réaménagement de pistes, enneigement artificiel: les responsables évoquent des besoins évalués à 108 millions de francs d’ici à 2027. Avec pour objectif de rattraper le retard pris sur les stations françaises du domaine (lire encadré).

Gestionnaire unique

Qui alimentera cette nouvelle entité? «Les communes, l’Etat à travers des crédits qu’il sera plus facile de négocier, mais aussi des entreprises et des particuliers», répond Luc Fellay, président de Champéry. Une seule certitude à cette heure: elle sera contrôlée par les collectivités publiques, alors que les quatre sociétés qui exploitent aujourd’hui les pistes des Portes du Soleil côté suisse sont détenues en majorité par des privés. A moyen terme, la société d’investissement pourrait élargir son champ d’action et financer tout type d’infrastructure touristique d’intérêt public du district (halle de sport, port de plaisance, etc.). C’est d’ailleurs à cette condition que les communes de plaine ont accepté de s’engager dans cette aventure, relève Alphonse-Marie Veuthey, préfet du district de Monthey.

Second axe de travail: la création à l’horizon 2020 d’une société d’exploitation commune, qui aurait la responsabilité opérationnelle de tout le secteur allant de Champéry - Les Crosets à Torgon. Les entités actuelles subsisteraient, mais loueraient leurs remontées mécaniques à la nouvelle structure. Parmi les avantages escomptés: l’obtention de meilleurs taux d’intérêt bancaires, un bilan allégé et de fortes économies d’échelle. Pourquoi ne pas envisager une fusion? «C’est difficile en raison des intérêts des actionnaires privés», admet Luc Fellay. L’édile de Champéry croit néanmoins dur comme fer à ce qu’il appelle «un effort de professionnalisation à tous les étages». Pour preuve, l’Etat du Valais serait sur le point d’autoriser la construction d’un bassin de retenue destiné à améliorer l’enneigement mécanique des pistes des Crosets.

Reste à savoir si cela suffira à éviter le dépôt de bilan du côté de Morgins. Car au-delà de la récolte de fonds actuelle, c’est un assainissement en profondeur que les administrateurs de Télémorgins-Champoussin SA tentent d’opérer dans l’urgence. Abandon ou conversion de créances, reprise de la dette par une nouvelle banque… Les négociations en cours se chiffrent à plus de 8 millions de francs, selon Nicolas Rey-Bellet. L’enjeu est de taille, insiste Tommy Stefanelli: «Le ski reste indispensable pour la vie économique de la station.» (24 heures)

Créé: 23.06.2017, 21h28

Points faibles côté suisse

Les maux qui frappent Morgins sont typiques des petites destinations de moyenne altitude. Quatre hivers catastrophiques, de lourds investissements à amortir tant bien que mal, peu de canons à neige, la force du franc par rapport à l’euro: il n’en fallait pas plus pour plonger la station valaisanne dans l’abîme. D’autant qu’elle souffre d’une faible capacité d’hébergement et qu’elle subit la concurrence féroce de sa voisine française, Châtel. Cette dernière modernise ses installations à tour de bras et enneige mécaniquement la plupart de ses pistes. Tout comme Avoriaz, l’autre poids lourd français des Portes du Soleil. En termes de fréquentation, la différence s’avère d’ailleurs criarde de part et d’autre de la frontière. Le chiffre d’affaires cumulé a progressé de 40 à 70 millions de francs en quinze ans sur le versant français du domaine skiable, mais seulement de 12 à 19 millions côté suisse, où seule Champéry tire son épingle du jeu.

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