Objets perdus: pas de quoi enrichir les CFF

Transports ferroviairesLes objets trouvés dans les trains et non réclamés par leurs propriétaires font l'objet d'une revente. «Les revenus ne couvrent de loin pas les coûts de ce service offert à la clientèle» soulignent les CFF.

Chaque mois 400 téléphones portables sont perdus dans les trains CFF.

Chaque mois 400 téléphones portables sont perdus dans les trains CFF. Image: ARCHIVES

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Un soir de juillet 2012, un grand violoniste oubliait dans l'omnibus entre Berne et Thoune un Stradivarius valant plusieurs millions de francs. Sa formidable distraction a défrayé la chronique bien au-delà des frontières helvétiques et pour cause, l'instrument est l'objet le plus précieux jamais retrouvé dans un train suisse. Or, si de véritables trésors sont régulièrement abandonnés sur les sièges des transports publics ou dans la rue, ils ne font que rarement la fortune de ceux qui les récupèrent.

Parmi les oublis record figurent également de grosses sommes d'argent, confie Frédéric Revaz, porte-parole des CFF. Au total, contrôleurs et voyageurs rapportent chaque année aux objets trouvés des chemins de fer fédéraux quelque 100'000 articles de toute valeur. «Dans le top 10: téléphones portables et porte-monnaie».

Seule la moitié de ces biens sont rendus à leur propriétaire. De quoi permettre aux CFF de réaliser un joli profit sur le reste? Au contraire, selon Frédéric Revaz, «les revenus ne couvrent de loin pas les coûts de ce service offert à la clientèle». D'ailleurs la compagnie a renoncé à revendre elle-même les objets non réclamés. Depuis 2005, elle les transmet à une entreprise spécialisée, après un mois pour les objets de moins de 50 francs, trois mois pour les autres.

Contrat exclusif

Un bracelet en or serti de diamants d'une valeur de 26'000 francs et une montre Quinting à 19'000, voilà les articles les plus précieux actuellement proposés par Roland Widmer, qui a décroché il y a sept ans un contrat exclusif avec les CFF pour la revente des objets trouvés non réclamés. Son entreprise basée à Zurich, Fundsachenverkauf.ch, s'est développée depuis, voyant s'ajouter à la liste de ses fournisseurs les aéroports de Zurich et de Genève ou les transports publics lausannois.

Elle emploie aujourd'hui 14 personnes, qui occupent 9,5 postes à plein temps, et reçoit en moyenne chaque mois 60'000 articles, dont 400 téléphones portables. Roland Widmer reste toutefois discret sur les cond0itions qui le lient à ses fournisseurs, se bornant à indiquer que «les CFF touchent un pourcentage sur nos ventes».

Malgré la joaillerie de luxe présente dans sa collection, Fundsachenverkauf n'est pas une mine d'or, selon son directeur, qui affirme être à peine rentable. Les objets valant dans les 20'000 francs sont en effet plutôt rares, un à trois par année, estime-t- il. Et contrairement aux smartphones et autres sacs à main griffés, ces produits ne sont pas très prisés: «le bracelet est en vente depuis environ un an, la montre depuis quatre ou cinq mois».

Roland Widmer reconnaît en outre liquider certains articles à perte, comme les lots de stylos ou de préservatifs. Une offre trop mince ou des prix trop élevés nous feraient perdre des clients, il faut trouver le bon équilibre, explique l'ancien brocanteur, avant de conclure: «Notre activité est passionnante, mais ce n'est pas un bon moyen pour faire fortune.»

Bonnes affaires

Le client, lui, peut faire de bonnes affaires en offrant une seconde vie aux objets trouvés. Les montres et bijoux, ainsi que les articles électroniques proposés par Fundsachenverkauf sont estimés par un spécialiste et certifiés. Ils sont ensuite vendus pour la moitié de leur valeur dans les rayons du magasin ou la boutique en ligne. L'entreprise zurichoise organise par ailleurs deux ventes aux enchères publiques par année.

De nombreuses villes suisses organisent elles aussi des ventes aux enchères pour se débarrasser des objets trouvés. A Genève, le prix de départ est fixé au quart du prix neuf, évalué par des experts, précise Frédéric Tauxe, directeur du Service cantonal des objets trouvés. A La Chaux-de-Fonds, en revanche, aucune garantie, l'achat se fait «aux risques et périls de l'acquéreur», relève Pierre Gumy, organisateur de la dernière vente.

Avec 20'000 francs de recettes à Lausanne en avril et quelque 3500 à La Chaux-de-Fonds l'automne dernier, ces ventes ne rapportent généralement pas de quoi remplir les caisses publiques. Elles font avant tout le bonheur des curieux, des brocanteurs et des marchands de vélos, note Pierre Gumy.

La tâche est d'une autre ampleur dans le canton Genève, où 150'000 biens sont trouvés chaque année, soit dix fois plus qu'en ville de Lausanne. Les intéressés peuvent même se procurer au préalable un catalogue à 5 francs auprès du service des objets trouvés. «Nous ne proposons pas de lot à moins de 20 francs», précise son directeur, qui restera muet sur le bénéfice. Et l'enchère maximum atteinte? «ça peut tourner aux alentours de 10'000 francs».

Garder, c'est voler

Selon la loi suisse, un passant qui découvre un objet dans la rue est tenu d'aviser la police lorsque la valeur de la chose est «manifestement supérieure à 10 francs». Son geste ne devrait toutefois pas rester sans récompense. «Une personne qui nous rapporte un article a droit à 10% de sa valeur», explique Frédéric Tauxe. Elle devra toutefois s'armer de patience avant de toucher le moindre centime, car le propriétaire doit d'abord être retrouvé.

Si ce dernier ne se manifeste pas, le trouveur peut demander la garde du bien, au plus tôt après une année et un jour, suivant sa valeur. Le service lausannois des objets trouvés a ainsi fait l'an dernier 2000 heureux nouveaux propriétaires, indique Jean-Philippe Pittet, porte-parole de la police municipale.

Quant à Alexandre Dubach, le distrait musicien bernois qui avait emprunté le Stradivarius pour quelques jours, il a juré que l'on y reprendrait plus. Après avoir récupéré le mythique violon aux objets trouvés des CFF, rapporté par un passager affirmant l'avoir emmené de peur de le voir abîmé par les fêtards qui occupaient le wagon, il s'est engagé à ne plus jamais le transporter lui-même. Comme l'instrument a été oublié dans le train, le jeune homme n'a pas automatiquement droit à une récompense, le propriétaire du violon s'est toutefois engagé à lui montrer sa reconnaissance. (ats/nxp)

Créé: 13.08.2012, 10h18

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