Passer les vitesses sans formation, la réforme divise

Permis de conduireDès février 2019, les détenteurs de permis pour voitures automatiques pourront aussi conduire un véhicule à boîte manuelle.

Passer de l’automatique à la boîte manuelle sans examen ni formation ad hoc: problématique, estiment certains.

Passer de l’automatique à la boîte manuelle sans examen ni formation ad hoc: problématique, estiment certains. Image: SSUNI

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La dernière réforme de Doris Leuthard fait monter les tours. Avant son départ du Conseil fédéral, la cheffe du Département des transports a entériné la révision des prescriptions relatives au permis de conduire. Dans le cadre des nouvelles mesures, les détenteurs de permis de conduire pour voitures automatiques seront autorisés dès le 1er février 2019 à conduire une voiture à boîte manuelle sans formation préalable.

Outre-Sarine, la réforme fait grincer des dents. Rolf Portmann, représentant des professeurs de cours complémentaires de conduite, enclenche les quatre feux de détresse dans le «Blick»: «Ce changement est inconsidéré, il va coûter des vies. Chaque personne ayant déjà conduit les deux types de voitures sait combien la différence est grande.» En Suisse romande, c’est le même son de cloche du côté des moniteurs d’auto-école. «Ça va être problématique au niveau de la sécurité», dénonce par exemple Olivier Wagner, moniteur à Lausanne.

À l’Office fédéral des routes (OFROU) pourtant, on garantit l’inverse. «Les jeunes apprennent rapidement, cela ne représente aucun danger», affirme Guido Bielmann, son porte-parole. Pour justifier la mesure, il évoque tout de même le stress occasionné par le changement de vitesses lors de l’apprentissage de la conduite: «Le volume du trafic en Suisse a doublé en vingt ans. Vu la densité de la circulation actuelle, les apprentis conducteurs ont un stress supplémentaire lors du changement de vitesses. Avec une boîte automatique, cette pression est ôtée.»

«Connaître ses limites»

Pour parachever sa démonstration, le porte-parole de l’OFROU évoque le cas contraire: «Le changement dans le sens inverse génère aussi des risques: quand on passe à une voiture automatique, on a tendance à freiner au lieu d’embrayer.» Du côté de la police, on abonde. Jean-Christophe Sauterel, directeur de la prévention à la police cantonale vaudoise, en appelle à la responsabilité des conducteurs: «C’est au conducteur de connaître ses limites, et au besoin de suivre des cours de perfectionnement s’il souhaite passer à une voiture manuelle et qu’il n’en a pas les capacités. De la même manière, et on en parle moins, si un conducteur se met à conduire une grosse cylindrée sans y être habitué, il y a un potentiel de danger. Mais là encore, il en va de la responsabilité personnelle.»

«Ce n’est pas du tout le même problème, rétorque Jean-Bernard Chassot, directeur de la Fédération romande des écoles de conduite (FREC). On parle ici du mode de transmission, la gestion du véhicule est complètement différente. Ce n’est pas juste une différence de puissance.» Selon lui, le risque se cristallise chez les jeunes conducteurs: «C’est un affaiblissement de la sécurité routière. Les jeunes détenteurs de permis se tournent généralement vers des véhicules d’occasion, qui ont le plus souvent une boîte manuelle. Avant de les prendre en main, ils ne feront sûrement pas de cours supplémentaire.»

Le directeur de la FREC évoque également le cadre professionnel, dans lequel un jeune peut être amené à conduire un véhicule manuel du jour au lendemain. Remonté, il voit même dans cette réforme l’influence du «lobby routier».

Changement difficile

Pour Estelle, conductrice genevoise et détentrice d’un permis pour véhicules automatiques, passer à une boîte manuelle est impensable: «J’ai commencé à apprendre à conduire avec une voiture à boîte manuelle, mais j’ai trouvé trop difficile et cela m’a découragée. J’ai donc poursuivi ma formation en automatique. Actuellement, je serais incapable de conduire une voiture manuelle. Je ne le tenterais pas – pour ma sécurité et celle des autres.»

Aujourd’hui, les permis de conduire pour véhicules automatiques sont largement minoritaires (les moniteurs parlent d’environ 10% des permis délivrés) et près de 25% seulement des véhicules en circulation ont une boîte automatique. Cependant, selon le TCS, 45% des véhicules nouvellement immatriculés ont une boîte automatique. (24 heures)

Créé: 28.12.2018, 20h42

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