Pour Berset, la réforme des rentes LPP «doit fonctionner»

RetraitesDes rentes plus basses, mais avec des compensations: le socialiste croit aux chances du projet. L’USAM le juge asocial.

Alain Berset est catégorique. Pour lui, «si cette réforme-là échoue, on arrivera au-delà des années 2030 avec un nouveau projet».

Alain Berset est catégorique. Pour lui, «si cette réforme-là échoue, on arrivera au-delà des années 2030 avec un nouveau projet». Image: Keystone

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Si vous avez 59 ans ou moins, cette réforme vous concerne au premier chef. Sinon, continuez quand même votre lecture car vous aurez peut-être la possibilité de voter sur ce débat. Le conseiller fédéral Alain Berset a mis vendredi en consultation l’un des chantiers les plus importants de ces prochaines années. Il concerne les retraites, plus précisément les rentes du 2e pilier (LPP).

La nécessité d’agir ne fait plus débat, selon le socialiste. La démographie – les baby-boomers arrivent à la retraite – conjuguée à l’état des marchés financiers l’impose, souligne le ministre: «Le taux de conversion actuel des rentes du 2e pilier nécessite un rendement d’environ 5%. C’est un rendement qui ne pourra pas être atteint sur le long terme si on considère l’évolution des marchés financiers et la persistance de taux d’intérêt très bas.»

Compromis «rare»

Le modèle sur la table n’est, cela dit, pas issu du département d’Alain Berset. Après le rejet par le peuple de la réforme Prévoyance 2020 qui touchait tant l’AVS que la LPP, le Fribourgeois avait en effet chargé les partenaires sociaux — patrons et syndicats — de trouver un compromis. Chose faite en juillet dernier. Enfin, presque, puisque l’Union patronale suisse, l’Union syndicale suisse et Travail.Suisse se sont entendus, mais que l’Union suisse des arts et métiers (USAM) a fait bande à part en présentant son propre projet.

À ce stade, le Conseil fédéral n’a pas touché une virgule au modèle des trois organisations précitées. Il veut lui donner sa chance en consultation. «Les partenaires sociaux sont parvenus à un résultat. C’est suffisamment rare pour qu’on ne l’écarte pas d’un revers de la main!» explique Alain Berset.

Le directeur de l’USAM, Hans-Ulrich Bigler, voit la chose sous un autre angle: «Ce n’est pas une proposition des partenaires sociaux, mais le modèle des syndicats qui est soutenu par l’Union patronale suisse. Il faut le dire.» Le modèle retenu prévoit une mécanique globale: les rentes du 2e pilier versées chaque mois en complément de l’AVS vont généralement baisser. Mais des compensations sont prévues pour les rentiers sur 15 ans. Elles seront financées via une hausse des cotisations de 0,5% sur les salaires. Avec cette réforme, le salaire annuel soumis à la LPP passera, quant à lui, à 12'443 francs, soit deux fois moins qu’aujourd’hui.

«Cela a comme effet d’améliorer le financement des prestations à verser. Cela signifie aussi une meilleure couverture dans le 2e pilier pour les personnes à temps partiel ou celles qui cumulent plusieurs activités, les femmes notamment», souligne Alain Berset.

Ne toucher à rien

Le Conseil fédéral envoie un avant-projet en consultation, c’est-à-dire qu’il se réserve le droit de le retoucher si les retours sont trop négatifs. L’Union syndicale suisse, Travail.Suisse et l’Union patronale suisse prient pour ne pas devoir rouvrir ce jeu de mikado. Et préviennent: chaque élément qui serait bougé risque d’en faire tomber un autre.

«Il importe que les Chambres acceptent rapidement cette réforme et sans la morceler, c’est-à-dire sans bouleverser l’heureux équilibre du compromis des partenaires sociaux», écrit l’Union patronale suisse. «L’USS va s’engager en faveur du modèle élaboré par les partenaires sociaux. Et tous les acteurs sont bien conscients qu’il n’y a pas de marge de manœuvre pour rouvrir ce compromis», renchérissent les syndicats.

«Une modification du projet des partenaires sociaux pourrait reporter aux calendes grecques la réforme de la prévoyance professionnelle», ajoute le président de Travail.Suisse, Adrian Wüthrich.

Sur le dos des jeunes

Pas si vite, réplique l’Union suisse des arts et métiers. Comme d’autres organisations, elle critique le coût de la réforme – 3 milliards à l’horizon 2030 – et surtout le système de compensation. «Je trouve que cette réforme est asociale vis-à-vis de la jeune génération, explique Hans-Ulrich Bigler. Et je ne comprends pas la stratégie: l’analyse de l’échec de Prévoyance 2020 a montré que les gens avaient dit non en raison du supplément de rente AVS de 70 francs pour tous. Et là, on veut aller jusqu’à 200 francs de supplément de rente? C’est fou.»

Alain Berset réplique: «La redistribution des actifs vers les rentiers, qui n’est pas souhaitée ni souhaitable, se monte aujourd’hui déjà à 6 milliards de francs en moyenne par an.» Mais Hans-Ulrich Bigler n’en démord pas: «Oui, il y a déjà de la redistribution, mais avec ce modèle, la jeune génération va payer encore plus, parce qu’elle devra financer les suppléments de rente par une hausse des cotisations salariales sans rien recevoir elle-même: lorsqu’elle arrivera à la retraite, il n’y aura plus de supplément.»

La contestation s’annonce vive. Comme s’il était déjà en campagne, Alain Berset prévient: «Si cette réforme-là échoue, on arrivera au-delà des années 2030 avec un nouveau projet. Tout le monde doit faire face à cette réalité. Je crois que cette réforme doit fonctionner.» En clair, pour lui, l’heure de la dernière chance a sonné.

Créé: 13.12.2019, 19h40

La réforme en 5 points


  • 1) Baisse des rentes

Le taux de conversion défini par la loi, ce qui transforme le pécule accumulé durant votre vie de travailleur en rente mensuelle, sera abaissé de 6,8% à 6%.


  • 2) Compensations

Sur quinze ans, les futurs retraités auront droit à des suppléments de rente: 200 fr. par mois à vie dans les cinq ans suivant l’entrée en vigueur, 150 fr. pendant les cinq années suivantes et 100 fr. pendant la troisième tranche de cinq ans.


  • 3) Hausse des cotisations

Les salariés et les patrons paieront ces suppléments de rente par une ponction de 0,5% sur les salaires.


  • 4) Pour les temps partiels

Les employés seront assurés au 2e pilier à partir de 12443 francs de salaire, contre 24885 francs aujourd’hui. Cela permettra d’améliorer le financement des rentes, mais aussi les retraites des bas revenus, en particulier des femmes.


  • 5) Pour les seniors

Les bonifications de vieillesse seront simplifiées: le travail des plus de 55 ans coûtera moins «cher».

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