Pro vélo raccourcit la campagne pour court-circuiter la fronde

MobilitéLes Suisses voteront sur l’inscription des voies cyclables dans la Constitution. Une simple formalité qui pourrait souffrir du ressenti anti-vélo.

Les Suisses décideront le 23 septembre si la Confédération doit soutenir la création de voies cyclables.

Les Suisses décideront le 23 septembre si la Confédération doit soutenir la création de voies cyclables. Image: Keystone

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Le calendrier n’a rien à voir avec la pause estivale. «Nous avons sciemment décidé de limiter la campagne», reconnaît Juerg Haener, chargé de campagne chez Pro Vélo Suisse. Pour défendre l’inscription des voies cyclables dans la Constitution, le camp du oui sortira du bois ce jeudi, un mois à peine avant la votation du 23 septembre. La crainte de l’association faîtière des cyclistes? Que le scrutin soit pollué par la mise en opposition stérile entre cyclistes et automobilistes.

«La mobilité est un thème très émotionnel. Et nos adversaires essaient de jouer sur le ressenti antivélo, poursuit Juerg Haener. Nous refusons d’entrer sur ce terrain. Notre but, au contraire, est de montrer qu’un large front soutient l’article constitutionnel. Il s’agit d’un projet sensé et utile pour tous les acteurs de la route. D’ailleurs, le TCS défend le oui, à nos côtés.»

Plébiscite attendu

Allant de la gauche à la droite de l’échiquier politique, le camp des partisans devrait augurer un score soviétique au projet. Seul parti a s’y opposer: l’UDC. Elle estime notamment que le trafic cycliste doit rester de la compétence des cantons et des communes. «Mais ce qu’il faut dire surtout, c’est que ce projet est nul, lance Roland Büchel (UDC/SG), pourtant amateur de vélo. Ça ne servira à rien.» Bien que l’UDC ne va pas mettre un franc dans la campagne, il comprend la prudence des partisans. «Au parlement, ceux qui ont osé s’opposer au texte étaient traités comme des pestiférés.» Face à cette intolérance, il ne serait pas étonné que le texte ne recueille pas le plébiscite attendu.

D’ailleurs, lors du débat aux Chambres, le potentiel émotionnel du sujet était déjà évident. Andreas Glarner (UDC/AG) faisait partie de ceux qui s’étaient emportés. «Pour qu’il y ait davantage de compréhension vis-à-vis des revendications des cyclistes, il faudrait qu’ils commencent par améliorer leur comportent dans les villes et sur les sentiers de montagne.» Aujourd’hui, il préfère rester en retrait mais persiste en affirmant «qu’en ville de Zurich, le comportement des cyclistes est une catastrophe».

«Il y a parfois un problème d’éducation, reconnaît Rocco Cattaneo (PLR/TI), ancien coureur professionnel et partisan du texte. Mais il y a aussi un peu de schizophrénie. Certains automobilistes qui critiquent les vélos la semaine, s’en prennent aux voitures, dès qu’ils enfourchent leur deux-roues le week-end.»

Lisa Mazzone (Les Verts/GE) voit surtout dans ce ressenti antivélo une part d’insatisfaction. «Être coincé dans les bouchons avec une voiture dont la puissance est largement sous-exploitée, alors que des vélos se déplacent rapidement, c’est certainement rageant.»

Le débat entre pro et antivélo est loin d’être clos. Retour sur trois épisodes survenus cette année.


Trois polémiques qui font monter la grogne


«Il y a un sentiment d’impunité pour les cyclistes en ville»

En mars, le Conseil national rejetait une motion qui demandait les mêmes peines pour les mêmes infractions, quel que soit le moyen de transport. Pour son auteur, Hans-Peter Portmann (PLR/ZH), il y a un sentiment d’impunité pour les cyclistes. «Alors que pour les automobilistes, les sanctions sont inéluctables.» Certains fous du guidon sont accusés de brûler les feux rouges et de rouler sur les trottoirs. Se faire faucher par un vélo figurerait même dans le top des angoisses des seniors. En 2017, la Suva avait déclenché un torrent de réactions positives et négatives avec un clip qui montrait justement un cycliste se jouant des règles de sécurité. «Faire du vélo apporte un esprit de liberté et d’euphorie qu’il faut contenir, explique Rocco Cattaneo (PLR/TI). Mais il n’est pas nécessaire de durcir les règles. Un peu de bon sens ou de tolérance suffit.» Lisa Mazzone (Les Verts/GE) ajoute que «les routes n’ont pas été conçues pour les vélos, ce qui les met en danger. Les règles de la circulation sont souvent inadaptées. Il n’y a par exemple aucun risque à ce qu’un vélo bifurque sur la droite, même si le feu est rouge, comme cela a été introduit en France.»

«Les VTT électriques compliquent la cohabitation en montagne»

Faire cohabiter cyclistes et randonneurs, c’est un casse-tête. Faut-il ouvrir tous les sentiers aux VTT, comme le font les Grisons, ou réserver des pistes pour les deux-roues? Les organisations de protection de la nature critiquent la vitesse à laquelle déboulent les vélos, de quoi causer des dommages à l’environnement et effrayer la faune. Les associations de randonneurs, craignent l’accident avec le marcheur. Valrando, l’association valaisanne de randonnée pédestre, appelle d’ailleurs «les cyclistes à privilégier les parcours VTT homologués et balisés». La résistance est farouche du côté de certains bikers, qui parlent d’une atteinte à leur liberté. «Il faut mettre cela en rapport avec le succès du VTT en général et avec le boom des VTT électriques en particulier. D’un côté, il manque des réglementations pour mieux gérer les flux de trafic. De l’autre, il va de soi que les cyclistes doivent faire preuve d’adaptation et prêter attention aux randonneurs.» Rocco Cattaneo (PLR/TI) rappelle aussi que le VTT électrique est une chance pour le tourisme. «Des solutions pour éviter les conflits doivent être recherchées.»

«Les cyclistes ne participent pas au financement des routes»

Les cyclistes occasionnent 100 millions de coûts externes pour la collectivité par an. Publié en juillet dans un rapport de l’Administration fédérale, ce chiffre a fait l’effet d’une bombe. Y figurent les coûts sur l’environnement, la santé ou les accidents. Un chiffre que relativise Pro Velo, qui préfère parler des coûts externes du moyen de transport «vélo» plutôt que celui des cyclistes. Le bilan est toujours négatif, mais limité à une facture de 20 millions par année. «Cette différence sera compensée par une augmentation du trafic cycliste: plus celui-ci est important, moins il y aura de collisions. Des infrastructures plus sûres et les cours vélo organisés par Pro Velo, auxquels participent 10 000 enfants et adultes, vont renforcer cette tendance», explique Juerg Haener de Pro Velo. Reste que ces chiffres ne tiennent pas comptent des dépenses liées aux infrastructures. «C’est ce qui me gène dans tout ce débat, explique Hans-Peter Portmann (PLR/ZH). On réclame davantage d’argent pour les cyclistes, alors qu’ils sont les seuls à ne pas participer aux financements des routes, à part par leurs impôts.»

(24 heures)

Créé: 21.08.2018, 06h45

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