Puni pour s’être approprié quelque 5000 mollusques

GenèveUn ex-employé du Muséum d’histoire naturelle de Genève a emporté les spécimens en Belgique et en France

Les policiers ont trouvé dans un hangar en Belgique de nombreux spécimens, certains étiquetés au nom du Muséum.

Les policiers ont trouvé dans un hangar en Belgique de nombreux spécimens, certains étiquetés au nom du Muséum. Image: Laurent Guiraud

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Une «passion» pour les mollusques «qui a dérapé». C’est en ces termes que cet ancien employé du Muséum d’histoire naturelle de Genève explique son forfait, pour le moins insolite. Avant de prendre sa retraite en octobre 2013, le fonctionnaire s’est en effet arrangé pour emporter avec lui d’innombrables spécimens de diverses collections appartenant à la Ville de Genève, tout en modifiant la base de données informatiques les répertoriant.

51 cartons découverts

L’histoire se termine bien: la Ville a pu récupérer l’essentiel des 5000 mollusques disparus, d’une valeur estimée à 500 000 fr. Quant au retraité, il a été récemment déclaré coupable d’abus de confiance et de gestion déloyale, et il a été condamné à 180 jours-amendes avec sursis ainsi qu’à une amende de 10 000 fr. En cas de non-paiement, elle se transformera en 66 jours de prison.

Contacté hier soir, le premier procureur Stéphane Grodecki confirme que «le Ministère public a rendu une ordonnance pénale le 16 août. Elle n’a pas fait l’objet d’une opposition.» Il précise que «la plupart des pièces ont été restituées à la Ville grâce aux perquisitions, en Belgique et en France, suite aux commissions rogatoires décernées par le Ministère public». C’est effectivement dans ces deux pays que l’essentiel des pièces provenant de cinq collections a été retrouvé.

Pourtant, dans sa première plainte, la Ville imaginait que les disparitions portaient uniquement sur la collection Meillasson, constituée de cônes, de cyprées et de volutes, trois familles de mollusques très prisées des collectionneurs. C’est en été 2013 qu’une collaboratrice chargée de la numérisation soulève les premiers doutes: plusieurs fiches relatives à la collection sont vides. L’ancien employé, qui n’est pas encore soupçonné, est chargé d’enquêter. Il affirme rapidement avoir remis la main sur 70% des mollusques disparus (notre édition du 30.08.2014). Pourtant, après avoir contrôlé les pièces retrouvées, un adjoint scientifique dresse un constat accablant: la plupart d’entre elles ne sont pas des originaux. Des preuves s’accumulent à l’interne; le prévenu aurait modifié des fiches descriptives durant l’été. Entendu par sa hiérarchie, il ne parvient pas à donner une explication crédible. Mais l’heure de la retraite approche. L’employé quitte l’institution. Une plainte est déposée peu de temps après, le 4 novembre 2013.

En octobre 2014, la première perquisition a lieu au domicile du prévenu, qui s’est installé en Belgique, ainsi que dans un hangar agricole qu’il loue pour y garer ses seize voitures. Les policiers y trouvent de nombreux spécimens, certains étiquetés au nom du Muséum. Le retraité admet que le solde de la collection Meillasson se trouve dans un autre garde-meuble, en France. Nouvelle perquisition, à Tourcoing, en février 2016. La police met la main sur un vrai trésor: 51 cartons contenant des spécimens appartenant au musée genevois.

Une passion dévorante

En mai, le prévenu admet les faits, «tout en contestant avoir eu l’intention de voler les spécimens, qu’il comptait restituer plus tard», comme l’indique l’ordonnance pénale que nous nous sommes procurée. Il assure qu’aucun mollusque n’a été vendu. C’est donc sa «passion» qui l’aurait poussé à emporter ces pièces, «sans que cela se remarque, pour pouvoir en profiter, en jouir, les toucher, les regarder et les photographier». Sa thèse selon laquelle il aurait eu l’intention de les rendre «dans quelques années» n’a pas été retenue par le Ministère public, qui relève que «le prévenu a agi dans un dessein d’enrichissement illégitime».

La peine, quant à elle, a été atténuée en raison «d’un repentir sincère» manifesté «par des actes», notamment la restitution spontanée de pièces retrouvées après les perquisitions. Contacté, l’avocat du prévenu, Me Patrick Malek-Asghar, n’a pas souhaité s’exprimer.

Par la voix du magistrat à la Culture, Sami Kanaan, la Ville tient à relever «la bonne collaboration entre les parties, qui a permis de récupérer les pièces disparues. Le patrimoine est sauf.»

Créé: 07.10.2016, 07h44

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