Résistance molle contre la primauté du droit suisse

Sondage TamediaL’initiative est donnée perdante à 53% de non. Alors que les opposants restent sur le qui-vive, l’UDC appelle à la mobilisation.

Un comité a entassé 18 conteneurs de transport de marchandise pour mettre en garde contre les dangers de l’initiative.

Un comité a entassé 18 conteneurs de transport de marchandise pour mettre en garde contre les dangers de l’initiative. Image: Reuters

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Si les Suisses votaient aujourd’hui sur l’initiative «Le droit suisse au lieu de juges étrangers», le texte de l’UDC est donné perdant à 53% de non contre 45% de oui, et seulement 2% d’indécis, selon un premier sondage effectué cette semaine par Tamedia.

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Le texte veut instaurer la primauté du droit constitutionnel sur les traités internationaux conclus par la Suisse. À part quelques exceptions, les tribunaux n’appliqueraient ainsi plus les traités internationaux devenus contraires à la Constitution. À six semaines du scrutin du 25 novembre, la crainte d’affaiblir la protection des droits de l’homme l’emporte chez une faible majorité des sondés. Ils estiment en outre qu’en cas de conflit entre la Constitution suisse et le droit international, notre système démocratique permet aujourd’hui de trouver de bonnes solutions.

L’UDC a lancé son texte en réaction à l’application à ses yeux erronée de certaines de ses initiatives acceptées par le peuple au cours de ces dernières années, à l’instar du renvoi des étrangers criminels ou de l’internement à vie. Très souvent, les juges du Tribunal fédéral cassent les sentences prononcées en ce sens en raison de leur non-conformité avec le droit international. Les personnes soutenant le texte estiment ainsi que le respect des décisions du peuple est fondamental pour le bon fonctionnement de la démocratie. Une grande partie des sympathisants dénoncent également des instances internationales toujours plus puissantes, menaçant la souveraineté nationale. Ils n’acceptent pas que des «juges étrangers» puissent annuler les décisions des Suisses.

Score «encourageant»

L’UDC est très isolée face aux autres partis, qui rejettent tous le texte. Un soutien à 45% en début de campagne malgré cette solitude n’est donc pas un si mauvais score. Il est même «encourageant» aux yeux de la vice-présidente de l’UDC, Céline Amaudruz. «Il montre qu’il faut encore redoubler d’efforts pour obtenir la majorité. C’est l’occasion de lancer un appel à la mobilisation de toutes celles et ceux qui souhaitent que leur avis compte en Suisse, commente la conseillère nationale genevoise. Une victoire est possible si tout le monde s’y met durant ces quelques semaines, qui décideront de l’éventuel avenir de la démocratie directe.»

«Les gens n’ont pas compris le danger de cette initiative»

Roger Nordmann (PS/VD) lui aussi appelle à la mobilisation. «45% d’intention de vote, c’est encore beaucoup trop! Cela montre que les gens n’ont pas compris le danger de cette initiative. C’est très inquiétant. Il faut faire baisser ce score.» Le conseiller national a publié en début de semaine sur son site un pamphlet contre l’initiative. «En moins de 48 heures, il a été vu plus de 400 000 fois. Les gens cherchent des réponses pour comprendre les tenants et aboutissants de ce texte aux intentions perverses. Il met en danger l’État de droit. Et en aucun cas il ne préserve la démocratie directe: sans État de droit, celle-ci ne peut exister.»

En 2014, les milieux de l’économie avaient peu cru au succès de l’initiative «Contre l’immigration de masse». Aujourd’hui, cette nouvelle votation remettant en cause de nombreux accords avec le reste du monde les affole. Ils sont d’ailleurs très actifs dans cette campagne: jeudi, un comité réunissant l’économie exportatrice helvétique a entassé 18 conteneurs de transport de marchandises devant le Palais fédéral, soit ce que la Suisse exporte en 10 minutes. «L’acceptation de l’initiative remettrait en question l’ensemble du réseau international d’accords économiques de la Suisse, martèle le comité. Cela ne saurait être une stratégie judicieuse pour un pays qui exporte des marchandises pour une valeur de 295 milliards de francs par an.»

Pourtant, les partisans du PLR semblent divisés sur la question. Plus de 35% se déclarent en faveur du texte. Pour Hugues Hiltpold (PLR/GE), il ne s’agit là que d’une première tendance de début de campagne: «Cela démontre qu’il faut absolument que l’on explique clairement les conséquences de ce texte, estime-t-il. Et que l’on rappelle aussi qu’alors que le non dominait la veille du 9 février 2014, le oui a gagné au final.» À l’époque, l’initiative était effectivement encore plus mal partie: 37% d’intention de vote positif à sept semaines du scrutin, 43% trois semaines avant. (24 heures)

Créé: 12.10.2018, 07h01

Vaches à cornes

Pour le bien-être animal

Tendance

L’initiative dite «vaches à cornes», également soumise au vote le 25 novembre, remporte pour l’heure 53% des soutiens, 39% d’opposition et 8% d’indécis. Le texte propose d’allouer une subvention aux éleveurs qui laisseraient les cornes à leurs animaux.


Cause animale

L’argument qui l’emporte en majorité est celui du bien-être animal, l’écornage des bovidés étant jugé comme de la maltraitance. Les personnes qui disent soutenir cette initiative atypique approuvent en outre le libre choix laissé aux éleveurs. Il ne s’agit effectivement pas d’interdire l’écornage des vaches. Il est par contre jugé «juste» de soutenir ceux qui veulent les laisser.


Inutile

Les opposants au texte estiment que des subventions allouées à cette problématique-là sont inutiles. Au contraire, les 30 millions de francs qu’elles représentent pourraient être alloués à d’autres domaines de l’agriculture, jugés plus importants.


Alliance atypique

Une fois n’est pas coutume, l’UDC est du même avis que la gauche. Le plus fort soutien au texte vient des partisans des Verts, des socialistes et de l’UDC. Les autres partis de droite, retenant davantage les arguments économiques, se montrent moins enthousiastes.

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