«Sans argent, on ne pourra pas résoudre les embouteillages»

Initiative vache à laitSeule l’UDC défend le texte lancé par les milieux routiers. Jean-François Rime est son porte-parole romand.

Président de l’USAM, le conseiller national UDC fribourgeois Jean-François Rime soutient sans réserve l’initiative populaire «Pour un financement équitable des transports».

Président de l’USAM, le conseiller national UDC fribourgeois Jean-François Rime soutient sans réserve l’initiative populaire «Pour un financement équitable des transports». Image: Jean-Paul Guinnard

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Alors que certains élus de droite ont retourné leur veste, Jean-François Rime (UDC/FR) continue de défendre l’initiative «Pour un financement équitable des transports». Le texte demande que l’ensemble des taxes sur les carburants soient reversées à la route. Le conseiller national et président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) l’estime indispensable pour maintenir la pression sur le parlement.

Si votre initiative passe, les caisses fédérales devront se passer de 1,5 milliard. Où faut-il couper?

Ces menaces, pour moi, c’est du pipeau. On fait peur aux gens en disant qu’un oui à notre initiative entraînerait des économies dans l’agriculture, la formation, la recherche ou l’aide au développement. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder les dernières décisions du Conseil fédéral. Mercredi, il a d’abord annoncé qu’il allait augmenter les subventions pour les chemins de fer à coup de centaines de millions, puis il a décidé de couper dans les soutiens destinés aux paysans. C’est incompréhensible. Cette campagne va dans tous les sens. En vérité, de l’argent, il y en a.

Vous affirmez que les automobilistes sont les «vaches à lait» de la Suisse. Pourtant le coût de la voiture au kilomètre a largement baissé depuis les années 70…

Le problème n’est pas là. Oui, les voitures consomment moins grâce aux progrès technologiques, mais, comme il y a toujours plus d’automobilistes, les sommes reversées dans les caisses fédérales n’ont pas baissé. Notre texte s’oppose à une hausse des taxes. A l’époque, il y avait de très bonnes rentrées d’argent parce que les touristes et les frontaliers faisaient le plein en Suisse. C’était meilleur marché. Depuis l’abandon du taux plancher, c’est le contraire. Si aujourd’hui on décide d’augmenter encore le prix du carburant pour financer les routes, on va se tirer une balle dans le pied.

Votre initiative dégagerait beaucoup d’argent pour la route. Trop, disent certains. Y a-t-il suffisamment de projets prêts à être financés?

Peut-être pas prêts pour la semaine prochaine, mais dans un an ou deux, oui. Notre texte veut dégager suffisamment de moyens pour adapter notre réseau routier. Il faut lutter contre les embouteillages. La situation est dramatique.

Les opposants disent que le problème, ce n’est pas l’argent, mais les recours…

Sans argent, vous voulez faire comment? On parle de 22 000 heures de bouchons en Suisse. C’est probablement plus encore, mais l’Office fédéral des routes refuse de diffuser les derniers chiffres, qui ne seraient pas assez fiables. Cette semaine, je suis allé à Genève, c’était catastrophique, j’ai perdu 45 minutes. Pour le contournement de Zurich, il faut compter une heure de bouchon. C’est tous les jours comme ça, et je ne vous explique pas ce qu’ont vécu ceux qui étaient sur les routes le week-end de Pentecôte. J’espère que ça fait réfléchir les gens.

Pourquoi l’USAM défend-elle à ce point cette initiative?

En dehors du trafic individuel, il y a aussi toute la question du transport de marchandises. Là aussi, les embouteillages entraînent un important manque à gagner. En Suisse, ce transport se fait majoritairement par la route, pas par le rail. Pour les CFF, seuls les grands convois à travers la Suisse sont financièrement intéressants. Mais, attention, notre initiative n’est pas contre le train ni contre les transports publics. On veut un équilibre entre les deux, un financement équitable.

Et pourtant EconomieSuisse ne vous suit pas dans ce combat…

Je le sais, et ça me fâche. Avec EconomieSuisse, il y a des décisions qui sont étonnantes. J’ai l’impression que, parfois, ils n’ont plus tout à fait le sens des réalités. Sans doute que, pour certains directeurs allemands qui sont dans la chimie, les transports de marchandises ne sont pas aussi importants. A côté de chez moi, il y a une entreprise de médicaments, elle transporte 30 tonnes par année. Dans mon entreprise, c’est 500 tonnes par jour! Vous pouvez imaginer la différence de coûts!

Vous n’avez pas non plus l’appui des paysans…

Ceux de l’UDC nous soutiennent, c’est l’Union suisse des paysans qui a adopté une position incompréhensible! Les agriculteurs ne sont pas concernés par ce projet. Ils ne paient même pas les surtaxes sur le carburant!

Le nouveau fonds routier FORTA est un bon compromis qui permet d’assurer le financement des routes. Pourquoi persister avec votre initiative?

C’est vrai que, depuis l’arrivée d’Oliver Français à la présidence de la Commission des transports du Conseil des Etats, les décisions ont bien évolué. Il a remis l’ouvrage sur le métier, et le projet tel qu’il est nous ravit à 80%. Je pense que, moyennant quelques corrections au Conseil national – comme la hausse du prix du carburant –, on aurait pu retirer notre initiative. Aujourd’hui, on nous oblige à voter. C’est malheureux.

Votre initiative vise donc à maintenir la pression?

Il y a des gens à droite qui ont fait un excellent travail. Par contre, ceux qui changent d’avis, comme Philippe Nantermod (PLR/VS), m’énervent. Ils n’ont rien compris au fonctionnement du parlement. Tant que le vote final n’a pas eu lieu dans les deux Chambres, un projet peut toujours capoter. Le FORTA sera bouclé en septembre. On doit maintenir la pression jusque-là, et même jusqu’à la fin du délai référendaire. C’est un reproche que je fais à Doris Leuthard. L’initiative «Vache à lait» aurait dû être votée une fois le projet FORTA traité dans les deux Chambres. Elle a voulu forcer le passage, donc nous voterons. Mais ce n’est pas très démocratique.

Vous pensez que le FORTA peut encore échouer au parlement?

Regardez les discussions au Conseil des Etats, regardez les votes. Quasi tous les élus socialistes et Verts l’ont refusé. En réalité, la gauche est contre «Vache à lait» mais aussi contre le FORTA. On nous fait plein de promesses en nous disant: avec le fonds routier, vous aurez tout ce que vous voulez… Moi, je réponds: attendons de voir!

Créé: 20.05.2016, 18h32

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