Sarah Oberson, trente ans déjà. Un livre invente un coupable

EnigmeLe journaliste valaisan Eric Felley s’empare de l’histoire de la disparue de Saxon pour en tirer un récit troublant. Mais purement fictif.

Le journaliste et écrivain Eric Felley est natif de Saxon, comme Sarah Oberson. La disparition inexpliquée de la fillette, il y a trente ans, lui a inspiré un récit tourmenté.

Le journaliste et écrivain Eric Felley est natif de Saxon, comme Sarah Oberson. La disparition inexpliquée de la fillette, il y a trente ans, lui a inspiré un récit tourmenté. Image: LAURENT CROTTET

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Il y a trente ans disparaissait la petite Lisa, 5 ans, devant la maison de ses parents dans un petit village de Suisse. Toutes les recherches entreprises depuis n’ont abouti à rien.» Le point de départ du dernier livre d’Eric Felley fait immanquablement ressurgir la terrible histoire de Sarah Oberson, volatilisée le 28 septembre 1985 à Saxon. Une énigme qui se transforma en traumatisme, en Valais comme partout en Suisse. Aujourd’hui encore, la frimousse rieuse de la fillette, imprimée sur les avis de recherche diffusés dans tout le pays, reste inscrite dans la mémoire collective.

Avec La disparition de la petite Lisa, l’écrivain et journaliste valaisan aborde ce drame par la bande, en tentant une approche littéraire du dossier. «A part des articles de presse, rien n’a été écrit à ce sujet, explique-t-il. J’ai eu envie d’inventer un coupable dans une histoire similaire. C’est peut-être une façon de prêcher le faux pour faire jaillir le vrai, qui sait?» Eric Felley, qui est comme Sarah un enfant de Saxon, n’a pas abandonné l’espoir que le mystère s’éclaircisse un jour. L’enquête, après tout, n’est pas close .

Magie noire omniprésente

Dans sa fiction, l’auteur rapporte la confession d’un marginal, C., qui raconte dans son journal intime avoir tué la petite Lisa alors qu’il traversait «le village de Rosemont, dans le canton du V.». Un étrange accident, suivi d’une disparition tout aussi troublante. Adepte de magie noire, fasciné par les forces occultes, C. affirme avoir perdu le contrôle de son corps durant ces instants cruciaux. Puis n’avoir jamais eu le courage de se dénoncer, alors que la population se mobilisait comme jamais pour rechercher Lisa.

La suite sera une longue expiation de cette tragédie, entre rites ésotériques, rencontres louches et discussions avec le fantôme de la fillette, souvent présent à ses côtés. La fuite en avant d’un personnage désorienté, rongé par son secret, jusqu’à un exorcisme douloureux dans une clairière. C. finira sa pitoyable existence dans l’indifférence d’un home pour personnes âgées.

Un personnage réel

«Cet homme a existé, précise Eric Felley. Il disait bel et bien être possédé par le démon et a effectivement rédigé son carnet intime. Il est mort il y a quelques années. Je me suis servi de son histoire pour nourrir la mienne.» L’écrivain prend plaisir à dérouler ce récit de vie tourmenté, hanté par la violence et les remords. Prudent, il n’y injecte qu’une brève allusion à la pédophilie. Et il s’amuse à le saupoudrer de critiques acerbes à l’égard de son canton – l’étroitesse d’esprit dans les villages ou les nuisances de l’industrie chimique, par exemple. En Valais, celui qui fut candidat indépendant au Conseil d’Etat en 2009 n’a pas la réputation d’un contestataire pour rien…

Et Sarah Oberson, dans tout ça? La thèse du livre est suffisamment invraisemblable, selon l’écrivain et journaliste du Matin, pour ne pas être prise au pied de la lettre. Pas question de donner de faux espoirs aux lecteurs. Il n’empêche, le quinquagénaire a sa petite idée derrière la tête. Si la vérité éclate un jour, elle impliquera le voisinage, pense-t-il.

«Climat de suspicion»

A l’époque des faits, Eric Felley étudiait loin de Saxon, à l’université. Mais il rentrait chez lui le week-end, et connaissait bien sûr tout ce petit monde. Il se souvient de la fouille minutieuse des maisons du village, des immenses battues dans toute la région… «L’enquête de proximité a été un peu négligée, estime-t-il néanmoins. On a trop vite penché pour la piste internationale, les rapts d’enfants planifiés. Il y avait un lourd climat de suspicion. Cela arrangeait les habitants que l’on cherche loin de chez eux.»

Trente ans déjà, et toujours pas la moindre explication tangible. Rien. Le crime, si crime il y a eu, serait désormais prescrit: le ou les coupables n’auraient plus rien à craindre de la justice pénale. «Il y a eu des cas de résolutions tardives de telles affaires, après des dizaines d’années de mystère complet», rappelle Eric Felley. Il veut se donner le temps de creuser de son côté, dans la réalité cette fois. L’enfant du pays assure avoir «quelques idées précises». Mais il n’en dira pas plus. (24 heures)

Créé: 26.09.2015, 10h54

La petite Sarah a disparu le 28 septembre 1985. Elle était alors âgée de 6 ans.

Président de la Fondation Sarah Oberson, Jean Zermatten s’est hâté de lire La disparition de la petite Lisa . «C’est un roman bien écrit, dit l’ancien président du Tribunal valaisan des mineurs. Mais l’hypothèse d’un marginal ayant agi sous l’impulsion d’une force extérieure montre surtout l’imagination de l’auteur. Elle ne sera pas utilisable en ce qui nous concerne.»

Trente ans après, la fondation poursuit toujours le même but: faire la lumière sur ce drame. Elle collabore avec la police dès que survient un embryon de piste. «Chaque détail est vérifié, des tests ADN sont effectués, explique Jean Zermatten. Par exemple en cas d’arrestation, quelque part en Europe, d’une personne qui aurait pu être mêlée à l’une ou l’autre disparition d’enfant survenue à cette époque.» Rien qu’en Suisse cinq affaires remontant aux années 1983 à 1985 restent inexpliquées.

La Fondation Sarah Oberson mène aussi des campagnes de sensibilisation dans les écoles, afin de prévenir les enlèvements. Au plan politique, elle a contribué à la mise en place, en 2010, du dispositif d’alerte enlèvement en Suisse. Qui n’a, à ce jour, jamais été déclenché.

A Saxon, Dominique et Claudy Oberson, les parents de Sarah, sont reconnaissants de tout ce travail accompli. Le livre d’Eric Felley? Ils l’ont reçu mais ne l’ont pas encore lu. Claudy ne voit aucun problème à ce qu’une telle fiction soit publiée. «Nous espérons toujours savoir ce qu’il s’est passé, confie-t-il. Mais il n’y a rien eu de concret en trente ans. Je suis plutôt pessimiste.»

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Le cirage de chaussures fait son retour dans les rues lausannoises
(Image: Bénédicte) Plus...