Trump, Macron, le choc de l’anti- et du pro-Davos

World Economic Forum La venue annoncée du très protectionniste président américain au World Economic Forum donne une nouvelle dimension au rendez-vous culte du multilibéralisme.

L'édition 2018 du World Economic forum se tiendra du 23 au 26 janvier.

L'édition 2018 du World Economic forum se tiendra du 23 au 26 janvier. Image: LAURENT GILLIERON

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L’édition 2018 du World Economic Forum (WEF), à Davos (23 au 26 janvier), s’annonce musclée. En exposant mardi son intention de participer au grand rendez-vous de la mondialisation, à la surprise générale, le chantre de l’isolationnisme Donald Trump a donné subitement une nouvelle dimension à l’événement. La station grisonne, où leaders politiques et chefs d’entreprise s’unissent habituellement dans une même foi, celle de la célébration feutrée du multilibéralisme, pourrait bien se transformer en un ring où s’affronteront cette année deux conceptions du monde.

Les services de communication de Donald Trump ont d’ailleurs d’emblée annoncé la couleur: ce sont les valeurs de «l’Amérique d’abord» («America first») que le président américain viendra défendre à Davos. «Au Forum économique mondial de cette année, le président a hâte de promouvoir ses politiques pour renforcer les entreprises américaines, les industries américaines et les travailleurs américains», a déclaré Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de l’Exécutif. Le ton est donné. On est là bien loin du discours de Bill Clinton, dernier président américain en exercice à se rendre à Davos, qui en 2000 tressait les louanges du libre-échange et du rôle de l’Organisation mondiale du commerce.

Deux visions du monde

Emmanuel Macron était jusqu’ici la principale star annoncée de l’édition 2018, avec un discours attendu le 24 janvier. Son message, on peut s’en douter, sera tout l’inverse de celui de Donald Trump. «Avec Emmanuel Macron, on est bien évidemment dans une vision mondialiste, dans un univers où lorsqu’on discute avec la Chine on parle libre-échangisme et engagements écologiques», souligne Nicole Bacharan, politologue franco-américaine, spécialiste de la société américaine et des relations franco-américaines. À Davos, on devrait voir un Emmanuel Macron se couler parfaitement dans le culte de l’idéal davosien, défendant les valeurs du libéralisme éthique et responsable. D’autant que le thème de l’édition 2018 du WEF concernera les causes des fractures politiques, économiques et sociales de la société. «Avec Trump, les choses sont beaucoup plus compliquées, tant l’homme est imprévisible et illisible, poursuit Nicole Bacharan. Bien que tous les milieux d’affaires américains soient pro-libre-échange, pro-immigration, les valeurs protectionnistes continuent de dicter la politique américaine. On a assisté dès le début du mandat de Donald Trump à l’abandon de l’Accord de partenariat transpacifique (ndlr: un accord qui vise à intégrer les économies des régions Asie-Pacifique et Amériques), et cela continue aujourd’hui avec les difficiles négociations sur l’ALENA (États-Unis, Canada et Mexique).»

Une illisible stratégie

Alors dans quel but le président américain se rend-il à Davos? «Il est impossible d’y voir une ligne claire, car Trump, c’est le vide intersidéral au niveau politique, commente Nicole Bacharan. Les décisions prises naviguent entre ses réactions instinctives, ses confrontations au monde réel et l’influence de son entourage, dont de puissants hommes d’affaires tout acquis au libre-échange. Mais il est difficile de savoir laquelle de ces influences dicte chacune de ses décisions. Conseillé par les milieux d’affaires, a-t-il besoin de s’intégrer au monde global? Y va-t-il pour renforcer son image de milliardaire qui réussit? On peut tout imaginer, mais c’est certain qu’à Davos il se sentira plus à l’aise que partout ailleurs.»

Durant la campagne électorale de Donald Trump, Steve Bannon, qui était encore son conseiller, raillait la «clique de Davos», ce cercle fermé qui «impose son diktat aux travailleuses et travailleurs du monde». Dans ce contexte, l’annonce du président américain mardi n’a pas manqué de créer la surprise, à commencer sur le sol suisse. Les conseillers fédéraux se disent prêts à rencontrer l’homme fort de la planète, «y compris pour aborder les sujets qui fâchent».

Lire: Les conseillers fédéraux se bousculent pour voir Trump

Aussi la présence de Donald Trump pourrait-elle bien dorer un peu plus le casting des leaders attendus au WEF. Pour l’heure, Angela Merkel n’a pas encore rendu réponse quant à sa participation. (24 heures)

Créé: 10.01.2018, 19h59

Les femmes, le commerce et les robots

Le Forum de l’économie mondiale (WEF) s’ouvre le 23 janvier sur un thème générique, «Façonner des valeurs communes dans un monde fracturé», selon la formule de Klaus Schwab. Le fondateur du WEF est préoccupé par le retour à une forme de guerre froide entre les grandes puissances de la planète alors même que les problèmes majeurs de notre époque (réchauffement climatique, vieillissement de la population, chômage des jeunes, etc.) exigent des réponses communes et partagées.


  • Les femmes. Elles seront sept à présider le WEF 2018, dont Christine Lagarde, directrice du FMI, et Fabiola Gianotti, directrice du CERN (Genève). Sept présidentes, pour la première fois, dont l’ambition est d’encourager une meilleure insertion des femmes à tous les niveaux hiérarchiques.

  • Le libre-échange. La croissance du commerce mondial est en danger, menacée par de nouvelles barrières protectionnistes et le souverainisme d’un certain Donald Trump, fâché avec les nouveaux empires russe et chinois. Jamais depuis longtemps l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’a paru aussi faible qu’en 2018. Les dirigeants du WEF souhaitent que les entreprises ne se limitent pas à leurs seuls intérêts financiers mais s’impliquent davantage dans le dialogue social et environnemental avec la société civile.

  • L’intelligence artificielle. 2017 était l’année de l’industrie 4.0. 2018 sera, à n’en pas douter, marquée par les débats sur les progrès spectaculaires de l’intelligence artificielle (IA) et des robots qui s’imposent à la quasi-totalité des activités humaines. Les gourous de la Silicon Valley seront présents en force, notamment Sheryl Sandberg, le numéro 2 du géant Facebook. Sans surprise, on y parlera beaucoup des fake news… en présence, ici aussi, d’un certain Donald Trump.

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