Un chercheur du CHUV fait la lumière sur le Zika

MaternitéLéo Pomar publie une étude qui détaille les dangers réels pour les fœtus contaminés par le virus qui a tant effrayé la planète

Léo Pomar, Français de 28 ans, a quitté l’Amérique du Sud en 2017. Il travaille aujourd’hui au CHUV, à Lausanne.

Léo Pomar, Français de 28 ans, a quitté l’Amérique du Sud en 2017. Il travaille aujourd’hui au CHUV, à Lausanne. Image: Vanessa Cardoso

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En 2016, Léo Pomar travaillait comme maïeuticien (ndlr: sage-femme) spécialisé dans l’échographie en Guyane française. À la même époque éclatait l’épidémie de Zika, ce virus transmis par des moustiques bien particuliers dans les zones tropicales. Or, si cette infection est la plupart du temps bénigne, elle présente un danger pour les femmes enceintes, leur bébé risquant notamment de naître avec des malformations cérébrales. À quelle fréquence? Léo Pomar, qui travaille aujourd’hui au CHUV, à Lausanne, fournit la réponse dans un article qui vient d’être publié par «The British Medical Journal», une revue médicale prestigieuse.

Son étude détaille pour la première fois les risques à chaque étape. Léo Pomar a suivi 300 futures mamans infectées par Zika et 305 fœtus (certaines grossesses étaient gémellaires). Le virus a été transmis au bébé dans seulement un quart des cas. Parmi eux, un tiers a eu des complications graves: onze fœtus sont décédés in utero (14% des bébés infectés) et seize (21%) présentaient des malformations sévères du cerveau, des troubles neurologiques ou plusieurs signes infectieux à la naissance. Les nouveau-nés infectés étaient aussi plus nombreux à avoir des maladies moins graves comme la jaunisse, mais 45% d’entre eux n’ont rencontré aucune difficulté. Chez ceux qui n’avaient pas contracté Zika, cette proportion était pratiquement de neuf sur dix.

En 2016, les scientifiques ne savaient pas encore tout cela. Les premières informations en provenance du Brésil annonçaient que, dans 40% des cas, les bébés risquaient une malformation sévère. La peur mondiale était encore amplifiée par les images d’enfants aux têtes trop petites. En Guyane, un département français voisin du Brésil, toutes les femmes enceintes étaient testées: un tiers d’entre elles étaient infectées.

Impuissance

Ces futures mamans atteintes par le virus étaient adressées à Léo Pomar. En tant que référent en diagnostic prénatal, il assurait un suivi mensuel de leur fœtus par échographie spécialisée. «Le plus dur, c’est que nous pouvions uniquement dire aux parents que nous allions surveiller les choses, se souvient-il. Nous devions les conseiller alors que nous ne connaissions pas encore les taux de risque réels.» C’est pour remédier à cette impuissance qu’il a commencé son étude. Toutes les femmes qu’il suivait ont accepté d’y participer.

Au départ, il craignait à chaque examen de découvrir une mauvaise nouvelle. Au final, les risques se sont révélés moins importants que redouté et correspondent à ceux provoqués par d’autres virus durant la grossesse – y compris ceux que l’on peut rencontrer en Suisse. A-t-on été trop alarmiste? «Il était nécessaire d’alerter la population pour qu’elle prenne des précautions, en utilisant de l’antimoustique ou en détruisant les larves de ces insectes, mais les premières études ont affolé les professionnels de santé et les femmes enceintes exposées.»

Informer et rassurer

Le Français de 28 ans a quitté l’Amérique du Sud en 2017. Un peu épuisé, parce qu’il a compilé ses recherches en dehors de ses heures de travail avec l’aide de sa femme, elle aussi sage-femme. Que sont devenus les bébés suivis? «Nous avons stoppé l’observation une semaine après leur naissance. Mais nos connaissances d’autres virus nous laissent penser que, parmi ceux infectés et sains à la naissance, seule une minorité est à risque de développer des anomalies ultérieures (une surdité par exemple).»

Depuis l’an dernier, Léo Pomar travaille au CHUV, où il a analysé ses données avec l’aide de chercheurs en obstétrique lausannois. Il va consacrer sa thèse de doctorat au sujet. Dans le monde, il est l’un des rares maïeuticiens échographistes à être spécialisé en neurologie du fœtus. Un travail rude puisque l’examen confirme parfois une mauvaise nouvelle. «Mais il permet aussi de rassurer les patientes quand il conclut que la particularité est isolée et sans conséquence pour l’enfant à naître.»

«L’épidémie va réapparaître. Toute la question est de savoir où et quand»

Informer et, quand c’est possible, rassurer. Son étude sur Zika vise ces mêmes buts. «Lors des prochaines épidémies, nous pourrons fournir des renseignements plus fiables et soulager certains parents.» Le virus, en effet, est toujours présent dans le monde même si sa circulation est faible actuellement. «L’épidémie va réapparaître, conclut Léo Pomar. Toute la question est de savoir où et quand.»

Créé: 19.11.2018, 17h01

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