Un médicament décrié en France débarque dans nos pharmacies

SantéLa nouvelle formule d’une pilule inquiète les patients atteints de troubles de la thyroïde. Le Conseil fédéral est saisi de la question.

Selon les experts, le changement est bien toléré la plupart du temps. Mais en cas de symptômes, il faut faire une prise de sang pour vérifier le dosage.

Selon les experts, le changement est bien toléré la plupart du temps. Mais en cas de symptômes, il faut faire une prise de sang pour vérifier le dosage. Image: DR

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«C’est hallucinant de reprendre la formule qui n’a pas marché en France», s’exclame Marianne. Comme 3% de la population, cette Suissesse est traitée avec des hormones thyroïdiennes. Si elle est inquiète, c’est parce que la nouvelle version d’un médicament qui permet de la soigner, l’Euthyrox, vient de changer. Commercialisée en Suisse depuis avril, la pilule est modifiée au niveau des excipients (qui donnent le goût, la texture et facilitent la conservation). Or ce changement a créé une vive polémique en France. Entre mars et novembre 2017, plus de 17 000 patients se sont plaints d’effets secondaires tels que maux de tête, douleurs articulaires ou dépression.

À Berne, la présidente romande de la Fédération suisse des patients, Rebecca Ruiz, a déposé au parlement une question sur le sujet. La conseillère nationale (PS/VD) demande au Conseil fédéral comment on s’est assuré que des patients en Suisse ne seront pas touchés par des effets secondaires, quels éléments ont convaincu Swissmedic d’autoriser cette commercialisation et ce qui a été entrepris pour faire face aux questions de personnes inquiètes. Les autorités lui répondront ce lundi.

Les boîtes d’Eurthyrox contenant trois mois de traitement, le changement se fait progressivement en Suisse. Le pharmacien genevois Gérard Bédat appréhende ce passage. «Je redoute que des gens paniquent, confie-t-il. Ils doivent être bien informés.» En France, ce sont justement des problèmes de communication et d’écoute qui semblent être à l’origine de la crise. Les experts assurent que, du point de vue médical, la nouvelle formule apporte un plus, en augmentant notamment la stabilité du traitement. Et que du point de vue scientifique, rien ne permet d’expliquer l’épidémie d’effets secondaires enregistrée dans l’Hexagone.

Le message a mal passé

Le plus souvent, la modification d’excipient est bien tolérée. Mais elle peut changer légèrement l’assimilation du principe actif et engendrer un déséquilibre chez une fraction de patients. En cas de symptômes, une prise de sang est nécessaire pour vérifier le dosage. Or, en France, le message que l’Euthyrox avait changé ne semble pas avoir passé auprès des généralistes, qui n’ont pas tous compris ce qui arrivait à leurs patients. Des malades n’ont donc pas été entendus. «Il y a eu un effet de surprise, conclut Jacques Philippe, responsable du service d’endocrinologie des Hôpitaux universitaires de Genève. Une certaine panique s’est installée, et aux premières personnes souffrant d’un déséquilibre se sont ajoutées d’autres qui ont eu peur.»

La crise a pris une ampleur telle que le gouvernement français a fini par demander d’importer des pilules de l’ancienne formule, en parallèle à la nouvelle. Selon Bernard Goichot, professeur d’endocrinologie à Strasbourg, cette décision est politique et vise avant tout à rassurer la population. Il assure qu’après des explications et des adaptations, tous ses patients ont pu passer à la nouvelle formule du médicament.

La Suisse a-t-elle eu raison de changer de produit? Certains estiment que, par prudence politique, elle aurait pu attendre quelques mois, le temps que la polémique retombe en France. Pourquoi ne pas avoir fait ce choix? Swissmedic ne peut pas s’exprimer et renvoie à Merck, l’entreprise qui produit l’Euthyrox.

Dosage plus précis

«Swissmedic est informée des développements en France et a fourni l’autorisation de mise sur le marché à fin novembre 2017», explique Christiane von der Eltz, directrice générale de Merck en Suisse. Elle ajoute que moins de 1% des patients français ont annoncé des effets secondaires. «Nous continuons de nous fier aux données de notre étude, qui montrent que l’ancienne et la nouvelle formulation d’Euthyrox sont interchangeables sur le plan thérapeutique.» Ce changement, complète-t-elle, a été demandé par les autorités sanitaires de plusieurs pays et garantit aux patients un dosage plus précis.

Pour éviter les tensions, les spécialistes misent sur l’information. Idem chez Merck, qui a notamment rendu visite aux médecins spécialisés du pays, envoyé des lettres d’information aux autres praticiens ainsi qu’à près de 2000 pharmaciens et changé le marquage des nouvelles boîtes. Un site Internet est également à disposition des patients (www.euthyrox.ch). (24 heures)

Créé: 10.06.2018, 11h15

Un traitement très et même trop fréquent

Dans les pays occidentaux, les patients qui prennent une substitution hormonale pour compenser des troubles de la thyroïde sont toujours plus nombreux. Trop, selon plusieurs études.

L’indication la plus fréquente concerne des personnes âgées dont la thyroïde est devenue paresseuse – l’hypothyroïdie infraclinique. Une équipe de chercheurs européens a suivi durant deux ans 737 personnes dans cette situation. La moitié
du groupe a bénéficié d’un traitement, l’autre d’un placébo. Résultat? La substitution hormonale a restauré une fonction thyroïdienne normale, mais cela n’a pas amélioré les symptômes, ni eu aucun autre bénéfice pour la santé. «Les personnes âgées présentant des troubles modérés de la thyroïde ne tirent donc aucun bénéfice d’un traitement», conclut le professeur Nicolas Rodondi,
qui a dirigé l’étude en Suisse.

Tout arrêt nécessite bien sûr une discussion avec son médecin. Et les patients qui prennent un médicament après une ablation de la thyroïde n’ont pas le choix. Mais ces ablations sont-elles toujours nécessaires? En juin dernier, une autre étude concluait que des cancers très débutants de la thyroïde sont souvent surdiagnostiqués en Suisse. Entre 1998 et 2012, le taux d’ablation de la thyroïde a en effet augmenté de 3 à 4 fois. Durant la même période, le taux de mortalité lié à ce cancer n’a que légèrement diminué, ce qui révèle un probable surtraitement.

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