Une jeune femme sur deux a déjà fait l’amour sans envie

SexualitéUne vaste étude se penche sur l'intimité des jeunes adultes. Et montre que même chez eux, on a des relations par devoir.

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En Suisse, 53% des jeunes femmes ont déjà accepté d’avoir une relation sexuelle sans en avoir réellement envie. Chez les hommes, cette proportion est de 23%. Ces chiffres ressortent d’une étude sur la sexualité des jeunes, publiée ce jeudi (lire ci-contre). Menée auprès de 7142 personnes âgées de 24 à 26 ans, cette vaste enquête se penche sur l’intimité dans toutes ses dimensions… Et met en évidence cette réalité du rapport consentant mais non désiré, qui n’avait jamais été chiffrée.

«Il faudra encore analyser la question pour savoir quelles jeunes femmes sont concernées et quel est, par exemple, leur contexte de vie», précise Joan-Carles Suris, le médecin qui a dirigé les recherches. Ces femmes indiquent avoir agi ainsi pour garder une bonne relation (40,3% des cas) et par amour (39,7%). Les autres raisons sont que le partenaire s’attendait à avoir des rapports (32,5%) et pour faire plaisir (30,4%).

Ces résultats ne surprennent pas deux chercheuses qui ont étudié l’intimité des jeunes, Annamaria Colombo et Mélanie Riggenbach. En 1972, Brassens chantait sur un ton badin que 95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant… Près de 50 ans plus tard et malgré tous les discours sur la libération sexuelle et le libre arbitre, elles relèvent que certains stéréotypes guident encore les relations entre jeunes adultes.

Pas seulement la responsabilité individuelle

«La tendance actuelle est d’apprendre aux femmes à dire non et si elles ne le font pas, c’est leur problème. Mais on oublie que ce n’est pas seulement une question de responsabilité individuelle. Cela s’inscrit dans un contexte social où l’on a des attentes claires quant aux rôles du garçon et de la fille», s’exclame Annamaria Colombo. Professeure à la Haute École de travail social de Fribourg (HES-SO), elle a codirigé l’étude «Sexe, relations… et toi?» Publiée l’an dernier, cette enquête analyse les cas où des jeunes échangent une expérience sexuelle contre un avantage matériel ou symbolique.

Annamaria Colombo donne l’exemple d’adolescentes qui acceptent de finir la soirée chez des garçons parce qu’elles ont loupé le dernier train, et font ensuite l’objet d’avances. «Certaines jeunes filles pensent après-coup qu’en acceptant l’invitation, elles ont implicitement donné leur consentement à une aventure sexuelle. Cela peut les conduire à faire un compromis, pouvant aller jusqu’à une forme de transaction sexuelle. Or, ce sentiment d’être redevable ne se retrouve pratiquement pas chez les garçons.»

Comment expliquer cette forme de soumission? La chercheuse cite une autre étude réalisée en France. Celle-ci montre que 73% des femmes et 59% des hommes estiment que, par nature, les seconds ont des besoins sexuels plus importants que les premières. Pour elle, cela a une conséquence: «Les femmes se disent que, pour les hommes, ces rapports sont nécessaires et que c’est ce qu’on attend d’elles.»

Leurs grands-mamans devaient remplir leur devoir conjugal. Parmi leurs petites-filles, beaucoup continuent de répondre à un diktat. «On dit qu’il y a eu une libération des mœurs, mais il y a toujours une attente sociale. Certaines filles pensent que, si elles disent non, elles passeront pour coincées», poursuit Annamaria Colombo. Il y aurait une injonction au plaisir et à l’expérimentation, particulièrement forte à l’adolescence, un âge où l’on est censé découvrir le monde.

Être «normales»

Pour la sociologue Mélanie Riggenbach, ce devoir d’antan a été remplacé par une volonté d’être «normales». «Les messages autour de la sexualité se concentrent sur l’importance d’avoir une vie sexuelle active et épanouie. C’est pourquoi lorsque les femmes font face à une asymétrie de désirs au sein de leur couple, elles pensent que ce sont elles le problème et se sentent coupables.»

Dans le cadre de son mémoire de Master, cette Neuchâteloise a rencontré dix femmes de 20 à 30 ans qui ont consenti à de tels rapports. «Elles n’envisagent pas un couple sans relations sexuelles. Quand le désir diminue, elles se plient à celui de leur partenaire, d’une part pour répondre à sa demande et d’autre part pour faire exister le couple. Certaines remettent en question leur amour pour leur partenaire, l’acte sexuel étant rarement dissocié du sentiment amoureux.»

Il peut aussi y avoir une volonté d’éviter les disputes, voire une certaine pression. Parfois, les hommes vont se montrer de mauvaise humeur, refuser de parler… Dans la chambre à coucher, ces relations sans désir impliquent des réalités très différentes, pouvant aller jusqu’aux plus terribles. «Dans de très rares cas, il y a de la violence», conclut la chercheuse. On touche alors une autre réalité, également abordée dans l’étude publiée ce jeudi: 16% des jeunes femmes indiquent avoir été victimes d’un abus ou d’un viol, contre 3% des hommes. (24 heures)

Créé: 06.09.2018, 10h01

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Les principaux chiffres

La dernière étude sur la sexualité des adolescents et des jeunes en Suisse datait de 1995. Des chercheurs du CHUV, de l’Université de Lausanne et de l’Hôpital universitaire de Zurich ont voulu remettre les pendules à l’heure. Dans le cadre de leur enquête financée par le Fond national suisse de la recherche scientifique, ils ont interrogé l’an dernier 7142 jeunes adultes âgés de 24 à 26 ans, en leur demandant ce qu’ils avaient vécu depuis une dizaine d’années.

«Globalement, ils vont plutôt bien», diagnostique Joan-Carles Suris, qui a dirigé cette étude. Ce docteur trouve difficile de comparer les résultats avec ceux obtenus dans le passé, la situation étant trop différente. Il compte surtout reproduire cette étude tous les cinq ans pour voir comment les choses évoluent et guider les programmes de prévention. Voici les principaux résultats.

Relations sexuelles 95% des personnes interrogées ont déjà eu un partenaire sexuel et la majorité en ont eu entre 2 et 7. Les jeunes qui n’en ont pas eu disent en majorité n’avoir pas trouvé la bonne personne (filles) ou n’en avoir pas eu l’opportunité (garçons). L’âge moyen du premier contact sexuel se situe juste avant 17 ans. 96% ont déjà expérimenté le sexe oral, 95% la pénétration vaginale et 49% la pénétration anale. 15% des femmes et 13% des hommes rapportent des expériences homosexuelles ou bisexuelles. Moins de 5% des hommes ont déjà utilisé des médicaments pour augmenter leurs performances, essentiellement par curiosité.

Rencontres sur le Net 48% des hommes ont eu un rendez-vous avec une personne rencontrée sur Internet (43% des femmes), 36% (28% des femmes) ont eu une conversation érotique en ligne, 35% (22% des femmes) ont eu une relation sexuelle avec une personne rencontrée sur Internet. Et 96% des hommes contre 63% des femmes ont déjà surfé sur un site pornographique.

Photos, vidéos et messages 50% des jeunes adultes ont déjà envoyé une photo ou une vidéo sexy d’eux-mêmes, et même 73% si on y ajoute les textos. 22% en ont transféré ou montré à d’autres personnes sans consentement.

Contraception 93% se sont protégés lors de leur premier rapport sexuel, principalement avec le préservatif masculin. Près de la moitié des femmes ont déjà eu recours à la pilule du lendemain et 11% d’entre elles ont déjà été enceintes. Presque 30% des grossesses ont été interrompues.

Santé Même si l’utilisation du préservatif est assez élevée, près de 10% des jeunes ont eu une infection sexuellement transmissible, le plus souvent à chlamydia. 45% d’entre eux ont fait un test de dépistage du VIH.

Difficultés Environ une femme sur neuf rapporte un dysfonctionnement sexuel, 17,5% des hommes une éjaculation précoce et le même pourcentage un trouble de l’érection (mais modéré à sévère seulement pour 0,6%).

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